Le jugement du début de la fin : Une tragi-comédie historique !

Maison d'elliot

Les 22 et 23 novembre à Couzon au Mont-d’or et le 30 novembre aux Asphodèles de Lyon, la Maison d’Elliot présentait sa dernière création, Le jugement du début de la fin. Première pièce écrite par Clémentin Dubrenyi (pseudonyme unique pour deux co-auteurs) et première mise en scène pour Clément Szebenyi. Ce spectacle renoue avec la tradition de la Maison d’Elliot qui était de créer des comédies décalées. Après Le Frère aîné de Vampilov et Les ombres de Peter Pan d’après J.M. Barrie, la Maison d’Elliot nous présente une création drôle et pleine de folie.

« Au départ, l’idée était de faire une pièce drôle avec un sujet sérieux et on s’est dit : « Tiens pourquoi pas la mort ? Ah ouais ! Ouais la mort c’est marrant ! » » Clémentin Dubrenyi

Le procès de l’humanité

SocrateLa pièce organise le jugement de l’être humain et de ses pêchés. Un homme, Stanley Lambda, meurt et se retrouve malgré lui le représentant de la race humaine. Comme son nom de famille l’indique, Stan est un personnage banal qui n’a rien fait de particulier, il n’a fait que vivre sa vie, il est comme tout un chacun.

Pourtant, il a été choisi pour nous représenter, il est mort pour se faire juger. Mais où et par qui ? La Mort, après un long monologue sur le cycle de la vie toujours identique, vient chercher un Stan qui ne comprend pas qu’il est mort et encore moins ce qui lui arrive. Nous non plus, nous ne le savons pas, nous le comprenons lorsqu’il est sur la barque de Charon et que la Mort se prend pour un pirate. Elle ne lui parle pas et le laisse sur le rivage. C’est ici qu’il rencontre quatre habitants qui vont lui apprendre qu’il sera jugé pour tous les pêchés des hommes, ce qui révolte Stanley qui ne se sent pas représentatif de la race humaine. Se pose alors une question : un seul homme peut-il représenter toute l’humanité ?

Des personnages hauts en couleurs

« On s’est bien marré, on s’est même parfois auto-censuré, en se disant : « Oula ! Non, là on va trop loin, on va les perdre« .

On avait commencé à répéter cet été, beaucoup de personnes ont eu un déclic très tard dans l’année et là c’était du pain béni. On s’est vraiment beaucoup amusé. » Clémentin Dubrenyi

CesarLa réponse à cette question sera la base de la prise de conscience de Stanley qui sera aidé dans cette tâche par Socrate, présenté comme un alcoolique, aimant la bonne chère et dont le passe-temps favori est de nourrir les pigeons. Clémentin Dubrenyi nous ont confié qu’au moment de l’écriture, ils voulaient donner une dimension philosophique à la pièce et que le personnage de Socrate leur a semblé évident. Comme la philosophie aide à mieux comprendre le sens de la vie, le philosophe aide l’homme perdu à mieux comprendre ce qui lui arrive. Ce Socrate est d’ailleurs construit comme un hommage à leur professeur de philosophie, dont ils se sont inspirés pour façonner ce personnage qui guide les âmes perdues vers la connaissance.

Les juges du malheureux Stan sont un Jules César bling-bling, un Louis XVI pompeux, parlant haut et avec un égo surdimensionné, un Jésus-Christ misanthrope et une Jeanne d’Arc complètement obnubilée et pénétrée par Dieu.

Tous ces personnages sont hilarants : Jules César cherchant à s’affirmer devant l’oubli dont il est victime, Louis XVI essayant de tout contrôler en bon monarque absolu et en perpétuelle opposition avec son homologue romain. Jeanne D’arc paraît comme une adolescente un peu trop pieuse qui parle avec Dieu par télépathie, et on sent que si pour certains les voix de Dieu sont impénétrables, Jeanne d’Arc y pénètre… Jésus-Christ, à l’inverse, fait une espèce de crise d’adolescence : il se rebelle contre le statut de messie que lui a imposé son père et passe son temps à remettre en question ses propres miracles et sa propre pensée, qu’il aurait prononcée pour rigoler et surtout en étant bourré… Les co-auteurs ont voulu inscrire les personnages dans notre époque. Bien que morts, les personnages ont continué à vivre dans cet autre monde et ont donc évolué, comme Jésus-Christ qui est le contraire de ce qu’il était ou Louis XVI qui a une minerve et César qui porte des Ray Ban.

Le procureur de ce procès, en la personne de Margaret Thatcher, affiche sa détermination et sa rigueur à condamner l’accusé qui est défendu par un Martin Luther King chantant du gospel et ayant fait un rêve…

Tous ces personnages sont caricaturés et burlesques, mais le plus incroyable reste Sigmund Freud, joué magistralement par Aymeric Raffin qui fait du père de la psychanalyse un vieux pervers drogué, complètement fou, bon pour l’asile. Les co-auteurs nous ont confié qu’à l’écriture, ils n’avaient mis aucune didascalie pour laisser une grande liberté de jeu et d’interprétation aux comédiens et que, lorsqu’ils ont pensé à utiliser le personnage de Freud, ils l’ont écrit en pensant à ce comédien car ils savaient qu’il saurait transcendé le personnage, ce qu’il fait avec brio. C’est justement Freud, qui fait le portrait psychologique d’un Stanley Lamba subissant totalement ce qui lui arrive et qui se retrouve affublé d’un complexe œdipien.

Alors que tous les personnages sont porteurs de comique, Stan prenant tout au sérieux est lui, à l’inverse, complètement tragique.

Une écriture subtile

Jugement« Tout ce rapport avec la dialectique, c’est un moment qu’on aime beaucoup et qui nous rappelle les moments qu’on a eu avec notre Socrate à nous qui était notre professeur de philosophie au lycée. On voulait partager cela aussi, tout en faisant rire, ça permettait de transmettre des idées et de donner un avis sur quelque chose. » Clémentin Dubrenyi

Le jeu d’acteurs, très exubérant, est hilarant et le contraste entre les personnages historiques morts caricaturés et un Stanley portant un énorme fardeau favorise le tragi-comique incarné par le personnage de la Mort. Cette « dame en noir » semble très stricte et sérieuse, puisqu’elle est la reine des lieux, organisatrice du procès. Et pourtant, de temps en temps, une certaine folie s’empare d’elle, la rendant attendrissante et drôle.

L’écriture alterne toujours le comique et le tragique : malgré l’ambiance pesante du procès, le comique n’est jamais totalement absent. On n’en oublierait presque que le procès des pêchés de l’humanité est une question sérieuse.

Les co-auteurs ont réussi leur pari en trouvant un équilibre entre les deux. De plus, le texte est parsemé de références aux écrits des personnages. Malgré le ton léger, on découvre la doctrine philosophique de Socrate et la psychanalyse est vulgarisée par Freud lui-même. La religion est gentiment dévalorisée par son plus grand représentant, Jésus, et par l’hystérie et le fanatisme de Jeanne d’Arc. La caricature, bien qu’assumée et totalement perceptible, reste très subtile. Clémentin Dubrenyi a réussi la prouesse d’écrire une pièce sérieuse, comique et caricaturale, tout en équilibre. On jongle toujours entre les trois et c’est cet équilibre qui participe au dynamisme de cette pièce portée par des acteurs phénoménaux.

Rémy Glérenje

Pour plus d’infos : http://www.lamaisondelliot.fr

Facebook : La maison d’Elliot

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2 réflexions sur “Le jugement du début de la fin : Une tragi-comédie historique !

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