Quand le cinéma s’invite au théâtre

Premiere image

Un soir de décembre 2013, une foule de spectateurs chanceux découvrent The Animals and Children took to the streets, conte musical complètement déjanté joué par la compagnie 1927 au Théâtre de la Renaissance, à Oullins. On nous avait promis de nous emmener « dans un univers onirique, ludique et fantastique entre Buster Keaton et Tim Burton », et à peine assis sur nos sièges, on comprend de quoi il s’agit. En deux mots (plutôt cinq) : on vous met dans l’ambiance. La lumière s’éteint et le film commence.

Le décor est un simple écran, seule une voix-off en anglais rompt le silence de la salle, on lève la tête et on lit les surtitres, on se croirait au cinéma. Les comédiens arrivent sur la scène et AAAH ! Les visages blancs, grimaçants, effrayants. Plus qu’un simple jeu entre acteurs, ils s’amusent avec les images qui leurs répondent.

Les premières notes du piano annoncent le début de notre voyage spatio-temporel : on se retrouve 80 ans en arrière, dans un immeuble du Bayou, miteuse banlieue délabrée aux habitants plus bizarres et insolites les uns que les autres.

Une ambiance « creepy » et des dialogues chantés qui nous rappelle le Sweeney Todd du grand Burton.

Deuxieme imageC’est dans cet univers, où l’humour noir règne en maître, que se dessine au fil du spectacle un scénario mélangeant à la fois les caractéristiques d’un film des années trente et d’une pièce tragique à l’ancienne. Le personnage principal est un concierge à la mine maussade, qui n’ouvre jamais la bouche, véritable antihéros, accablé par son triste destin, fatalement condamné à rester coincé dans son pauvre immeuble du Bayou.

Si tu nais dans le Bayou, tu meurs dans le Bayou.

Toute la morale de la pièce se trouve dans cette phrase. Le Bayou est un quartier maudit dont personne ne peut s’échapper, complètement délaissé par un maire, cliché du méchant par excellence. Personnage sans visage, caressant machiavéliquement son chat, tentant désespérément de faire taire les voix contestataires qui s’élèvent dans les rues de la misérable banlieue. Car si la majorité des personnages a abandonné l’idée de changer les choses, d’autres luttent et résistent en secret. Et ces résistants, aussi inattendus soient-ils, sont les enfants.

The Children took to the streets.

Troisieme imageUne armée d’enfants qui n’a trouvé qu’une solution pour s’exprimer : la destruction et le chaos. Mais leur cause est juste : qu’on les entende une bonne fois pour toute ! Une situation des plus actuelles. La banlieue s’agite, solution radicale : on drogue les insurgés. Victoire des autorités, les révoltés deviennent zombies : l’espoir d’un quelconque changement est anéanti, les enfants ont perdu leurs voix à jamais. Satisfaction générale ! Le maire a gagné, les habitants sont soulagés.

Une fin dramatique qui nous est imposée après nous avoir laissés penser que l’on avait le choix. Car on nous propose une fin alternative : fin idéale ou fin réaliste? Alors tout le public crie pour une fin idéale. Eh non ! Dans le Bayou, rien n’est idéal.

Finalement, après soixante-dix minutes de plaisir, pour nos yeux et nos oreilles, on sort de la salle et l’on se dit « j’achèterais bien le DVD. »

Juliette Descubes

 Pour avoir un aperçu de la pièce :  http://www.youtube.com/watch?v=xlgHQZAdWsE

Publicités

Une réflexion sur “Quand le cinéma s’invite au théâtre

  1. Pingback: le litterarium

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s