Who’s afraid of Virginia Woolf ?

Virgina WolfLes fantômes intriguent notre imaginaire. Nous fantasmons leur présence furtive, anticipant d’avance le sentiment de peur délicieusement angoissant, que l’on souhaite ressentir et que l’on appréhende tout à la fois. Dans cette nouvelle de Virginia Woolf, A Haunted House, nous nous voyons comme dans un rêve éveillé revêtir le costume du hardi visiteur s’aventurant dans une sombre bâtisse délabrée par le temps. Les nerfs à vifs, le cœur tout tremblant d’excitation nous tâtonnons jusqu’au moment où, enfin, ils apparaissent au détour d’un couloir, figures floues et pâles, disparaissant aussitôt pour se replonger dans la recherche frénétique d’un trésor dont nous ignorons tout.

Whatever hour you woke there was a door shutting. From room to room they went, hand in hand, lifting here, opening there, making sure–a ghostly couple.”

Le décor traditionnellement fantastique est posé. Attendez une minute, il ne s’agit pas d’un couple de fantômes, mais plutôt, si l’on souhaite traduire, d’un couple fantôme. Morts ou vivants que sont-ils donc ? Des spectres du passé revenus effrayer les vivants ? Pourquoi reviennent-ils ? Pour soigner d’anciennes blessures ? Virginia Woolf pose, par touches subtiles, les questions que nous lecteurs nous nous posons, sur le temps, la vie et la mort. Il ne s’agit plus d’une simple histoire de fantômes.

L’exploration du temps travaille l’œuvre de Virginia Woolf, et tout comme ses romans (The Lighthouse, The Waves…) cette nouvelle esquisse l’émotion douce amère qui nous étreint lorsque l’on se remémore le passé. Pour elle, le passé, marqué par la folie et la mort, est aussi puissant que l’océan. Le temps passe, dure, se soulève et s’affaisse, comme le roulement infini des vagues. Il s’agit donc de rompre la frontière entre le passé et le présent, la vie et la mort. De suggérer ce flux continu, par l’effacement des lois naturelles et temporelles. Paradoxalement, cette continuité s’exprime dans le jeu de l’écriture à travers une narration éclatée. À travers la succession de points de vue qui s’imbriquent et s’organisent autour d’un besoin précis. Le besoin d’exorciser la mort. Le besoin de raviver les cendres du passé, et le faire ressurgir, petit à petit, des limbes de l’oubli. De faire de la matière morte une matière vivante.

22-premier

La nouvelle surprend, car malgré sa concision elle forme un tout très dense et compact. Réside la difficulté à trouver une chute, un point d’accroche qui pourrait orienter le lecteur dans les méandres du sens et du temps. Il est happé tout entier par ce kaléidoscope poétique qui projette la vie dans des éclats de lumières et d’émotions. Là réside son plaisir.

« Here we slept, » she says. And he adds, « Kisses without number. » « Waking in the morning– » « Silver between the trees– » « Upstairs– » ‘In the garden– » « When summer came– » ‘In winter snowtime– » « The doors go shutting far in the distance, gently knocking like the pulse of a heart.

De l’oubli, les vagues de souvenirs refont surface. Ces souvenirs aussi doux que l’éclat argenté des rayons de lune sont autant d’images éparses, de sensations fugaces qui viennent réchauffer le cœur, comblant le vide causé par l’oubli. « Oh, is this your buried treasure? The light in the heart. » Peut-être est-ce cela, ce trésor tant recherché. Simple pourtant. La joie d’avoir vécu.

Anh-Minh Le Moigne

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