Les Mille et une Nuits ou le flamboiement sans fumée

Frontispiece_of_Burton's_Arabian_Nights,_volume_1De son nom original, Alf Lailah Oua Lailah, ce recueil anonyme de contes populaires est ce que l’on nomme, dans la simplicité même, un chef d’œuvre absolu, au même titre que L’Odyssée d’Homère ou le Don Quichotte de Cervantès.

Tous les petits enfants sont très tôt initiés aux contes d’Aladin et la lampe merveilleuse, d’Ali Baba et les quarante voleurs ou de Sindbad le Marin. Ce recueil littéraire porte donc souvent une connotation juvénile. Mais Les Mille et une Nuits sont bien plus que des contes pour enfants : pieuses, tragiques, sensuelles, cruelles et érotiques.

Ce monument de la littérature imaginative arabe a eu pour prototype un recueil persan, le Hazar Afsanah. À ce livre, aujourd’hui perdu, sont empruntés le dispositif des Mille et une Nuits – c’est-à-dire le dispositif de Schahrâzâde – et le sujet d’une partie des histoires. Les conteurs qui s’évertuèrent sur ces thèmes les transformèrent au gré de la religion, des mœurs et de l’esprit arabes, ainsi qu’au gré de leur fantaisie.

D’autres légendes, d’origine nullement persane, d’autres encore, purement arabes, se constituèrent dans le répertoire des conteurs. Le monde musulman sunnite tout entier, de Damas au Caire et de Bagdad au Maroc, se réfléchissait enfin au miroir des Mille et une Nuits.

Ce n’est donc pas une œuvre consciente, une œuvre d’art proprement dite, mais une œuvre dont la formation lente est due à des conjonctures très diverses et qui s’épanouit en plein folklore islamite.
Une œuvre arabe, malgré le point de départ persan, et qui, traduite de l’arabe en persan, turc, hindoustani, se répandit dans tout l’Orient.

Comme une offrande au Dieu de la Joie, voici deux extraits de cette merveille immortelle, dans la traduction de Joseph Charles Mardrus. Laissez les Djinn guider vos pas sur infini velours du ciel étoilé.

Extrait de la 376ème nuit

les-mille-et-une-nuits« On raconte qu’une nuit Haroun Al-Rachid s’étant couché entre deux belles adolescentes qu’il aimait également, dont l’une était de Médine et l’autre de Koufa, ne voulut pas exprimer sa préférence, quand à la terminaison finale, spécialement à l’une au détriment de l’autre. Le prix devait donc revenir à celle qui le méritait le mieux.

Aussi l’esclave de Médine commença par lui prendre les mains et se mit à les caresser gentiment, tandis que celle de Koufa, couchée un peu plus bas, lui massait les pieds et en profitait pour glisser sa main jusqu’à la marchandise du haut et la soupeser de temps en temps.

Sous l’influence de se soupèsement délicat, la marchandise se mit soudain à augmenter de poids considérablement. Alors l’esclave de Koufa se hâta se s’en emparer et de la cacher dans le creux de ses mains ; mais l’esclave de Médine lui dit : « Je vois que tu garde le capital pour toi seule, et tu ne songe même pas à m’abandonner les intérêts ! »

Elle repoussa sa rivale et s’empara du capital à son tour en le serrant soigneusement dans ses deux mains.

Alors l’esclave ainsi frustrée, qui était fort versée dans la connaissance des traditions du Prophète, dit : « C’est moi qui doit avoir droit au capital, en vertu de ces paroles du Prophète : « Celui qui fait revivre une terre morte en devient le seul propriétaire ! » Mais l’esclave de Médine, qui ne lâchait pas la marchandise, n’était pas moins versée dans la Sunna que sa rivale et lui répondit : « Le capital m’appartient en vertu de ces paroles du Prophète : « Le gibier appartient, non point à celui qui le lève, mais à celui qui le prend ! » Lorsque le Khalifat eut entendu ces citations, il les trouva si justes qu’il satisfit également les deux adolescentes cette nuit-là. »

Extrait de la 679ème nuit

sindbad-1« Et d’un mouvement rapide, elle rejeta ses voiles et se dévêtit tout entière pour apparaître dans sa native nudité. Béni soit le ventre qui l’a portée ! C’est alors seulement que Nour put juger la bénédiction qui était descendue sur sa tête !

Et il vit que la princesse était une beauté douce et blanche comme un tissu de lin, et qu’elle répandait de toutes parts la suave odeur de l’ambre, telle la rose qui sécrète elle-même son parfum originel.

Et il la pressa dans ses bras et trouva en elle, l’ayant explorée dans sa profondeur intime, une perle encore intacte. Et il se mit à promener sa main sur ses membres charmants et son cou délicat, et à l’égarer parmi les flots et les boucles de sa chevelure, en faisant claquer les baisers sur ses joues, comme des cailloux sonores dans l’eau ; et il se dulcifiait à ses lèvres, et faisait claquer ses paumes sur la tendreté rebondissante de ses fesses.

Et elle, de son côté, elle ne manqua pas de faire voir une partie considérable des dons qu’elle possédait et des merveilleuses aptitudes qui étaient en elle ; car elle unissait la volupté des Grecques aux amoureuses vertus des Egyptiennes, les mouvements lascifs des filles arabes à la chaleur des Ethiopiennes, la candeur effarouchée des Franques à la science consommée des Indiennes, l’expérience des filles de Circassie aux désirs passionnés des Nubiennes, la coquetterie des femmes du Yamân à la violence musculaire des femmes de la Haute-Egypte, l’exiguïté des organes des Chinoises à l’ardeur des filles du Hedjza, et la vigueur des femmes de l’Irak à la délicatesse des Persanes.

Aussi les enlacements ne cessèrent de succéder aux embrassements, les baisers aux caresses et les copulations aux foutreries, pendant toute la nuit, jusqu’à ce que, un peu fatigués de leurs transports et de leurs multiples ébats, ils se fussent endormis enfin dans les bras l’un de l’autre, ivres de jouissances… »

Sylvain Métafiot

À lire : le billet de Pierre Assouline sur la littérature arabe

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2 réflexions sur “Les Mille et une Nuits ou le flamboiement sans fumée

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