Ecrire à l’heure du Postmodernisme

chapter one 02Combien de grands auteurs, de grands courants littéraires avons-nous rencontré durant notre scolarité ? Des dizaines, des centaines peut-être, que nous avons aimé apprendre, que nous avons aimé imiter, et qui nous ont finalement formés, inspirés. Nous entendons pourtant dire qu’il faut sortir de l’éternel hommage aux anciens, abandonner  les formes littéraires qui leur ont donné leurs lettres de noblesse.

« Je sais que votre génération est encore toute imprégnée des notions romantiques », clamait la semaine dernière mon professeur d’Analyse du Discours, « mais le passé simple, c’est désuet ! C’est là le grand malheur des études de Lettres. Vous devriez être les étudiants les plus au fait de l’actualité littéraire, mais c’est tout l’inverse qui se produit tant on vous accable de lectures classiques. Voyez, combien d’entre vous ont lu ne serait-ce qu’un seul des romans parus lors de la dernière rentrée littéraire ? C’est bien ça, oui, trois élèves seulement sur une classe de trente. Et on espère faire de vous les écrivains, les journalistes, les scénaristes de demain ! De vous qui êtes paralysés, coincés par des règles dépassées, vous qui vous autocensurez ! Il faut en finir avec l’esthétique de la nostalgie. Osez, vous dis-je ! Osez l’anglicisme et le néologisme ! Osez l’écriture de 2014 ! »

La postmodernité : un flou problématique

ecrire-pour-le-web2014 ou la postmodernité. Le nom de cette nouvelle ère dans laquelle nous prétendons nous inscrire est déjà lourd en présupposés. Le préfixe « post » nous indique que nous savons ce que nous quittons, mais pas où nous entrons. Comment la littérature évolue t-elle ? Mais peut-être est-il dépassé d’envisager les lettres comme une entité à part entière meut par une énergie mystérieuse. Dès lors, vers quoi désirons-nous faire tendre la littérature postmoderne ? Quelle Histoire de la Littérature voulons-nous écrire ? L’écriture postmoderne doit-elle être « plus actuelle que l’actuelle », comme le suppose l’étymologie du mot ou bien radicalement antimoderne ?

Il semble qu’une mutation soit en train de s’opérer sans que la critique, dont les outils demeurent traditionnels, ne parvienne à en prendre la mesure. D’autres voient dans la postmodernité de la littérature une chimère, comme Pierre Lepape l’entendait, niant toute notion de futur dans l’écriture dite postmoderne, lorsque qu’il écrivait dans l’édition du Monde du 6 Octobre 1995 « nos écrivains, désormais convaincus de ne pas pouvoir changer le monde, auraient en quelque sorte, théorisé leur désarroi, en faisant passer l’avenir à la trappe ». Même s’il reste très flou, le terme est brandit comme un étendard sur les couvertures d’œuvres fraichement imprimées. Ne s’agirait-il pas que d’un slogan vide, d’un simple outil de plus-value marchande ? Essayons un instant de mettre de côté nos observations pessimistes sur le milieu de l’édition.

Re-Penser  l’écriture aujourd’hui

librairie_des_nouveauts_3Voici les questions que pourraient se poser les auteurs : comment écrire l’après ? Comment textualiser l’hétérogène sans retomber dans l’avant-gardisme expérimentaliste ? Comment renarrativiser le récit sans retomber dans la psychologisation des personnages ? Quelles sont les écritures alternatives ?

Au lendemain de la première veillée poétique de la saison organisée par le Cercle des Poètes Apparus du Littérarium – où nous avons eu le plaisir d’entendre la Réponse à un poète pédant de Grégory Parreira (le citadin filiforme), véritable pamphlet pour la sauvegarde de l’Alexandrin – et alors que le concours de nouvelles du Littérarium occupe tous les esprits, émerge une interrogation à laquelle tous les jeunes auteurs devraient réfléchir : comment allons-nous écrire 2014-2015 ?

Un Nouveau roman : de l’universel au diversel ?

ecrire_articleLe roman postmoderne, en ce qu’il est impossible à conceptualiser, se caractérise par le principe d’altérité qui imprègne notre quotidien par les questions d’identité collective (ex : leitmotiv de l’identité nationale) et d’identité personnelle (ex : polémique sur la théorie du genre). En effet, le principe d’altérité se matérialise sous les traits  du réseau (social).  Si la modernité a rêvé  l’universel, la postmodernité affirme la discontinuité, la fragmentation, l’hétérogène, en un mot : le diversel. Le roman postmodernisme se veut pluriel, ouvert sur la diversité dans la mesure où il est impossible d’identifier le Postmodernisme, mais où les contours des Postmodernismes sont, eux, apparents.

De l’idée de diversel découle celle de ruptures (sociales, économiques, culturelles…), c’est-à-dire l’idée de crise, que nous connaissons bien par les temps qui courent. Une idée en apparence simple, utilisée au quotidien, et dont le sens Français a pourtant subit une évolution majeure dans l’imaginaire collectif. La crise ne désigne plus chez nous un pic de turbulence ou une brutale dépréciation. La crise nous apparaît désormais comme un processus lent, gradation vers la violence, ou dégradation du niveau de vie, la crise est un état progressif : un horizon.

Voici donc les questions que je vous invite à vous poser avant de prendre la plume (ou le clavier, soyons actuels !). Quel sera votre horizon pour l’édition 2014-2015 du concours d’écriture des étudiants de Lyon 2 du Littérarium ?

Céleste Chevrier

Source : https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/29666/filename/Le_Roman_postmoderne.pdf

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6 réflexions sur “Ecrire à l’heure du Postmodernisme

  1. Pingback: Ecrire à l’heure du Postmodernisme | Le Litterarium

  2. Et voilà, ça semble être une nouvelle tendance, celle des modernistes zélés ! Des professeurs, dans nos berceaux du savoir se permettent de brûler les superbes spécificités, les subtiles richesses d’une langue: quelle tragédie ! Ne les écoutez pas ! Aimez, dégustez !
    Ne cédons pas aux sirènes mercantiles qui tirent les plus infimes pans de nos sociétés vers le fonctionnel et la facilité, cette logique du segment large – purement mercatique- qui paupérise les produits, les existences, les esprits étirant son lissage progressif jusqu’aux pratiques artistiques.
    Ces lignes ne sont pas celles d’un « anti-moderniste », au contraire, jouons avec la langue, ses sons, ses sens, inventons des barbarismes -si ceux-ci servent le sens et le propos- mais ne brûlons jamais les racines de l’arbre. Chaque cœur est libre de choisir son étreinte et c’est avec le cœur qu’il faut se plonger dans une démarche créative, non pas en proie à des soucis de productivité, de fonctionnalité ou de retour sur investissement ! Si l’envie vous pousse vers les pointes et les entrechats, si l’inspiration, sur la toile, vous murmure des scènes du romantisme, du Parnasse, foncez ! Et si vous estimez que certains ornements formels, certains outils avec lesquels la langue fut si merveilleusement ciselée – ces outils que certains voudraient laisser choir au bord de la route en vieilles épaves désuètes -ces sonnets, ces pantoums, cette prosodie, ce « grand niais d’alexandrin », ce passé simple qui déroule un si beau tapis à la narration, si vous estimez que votre propos, l’âme de votre écrit à besoin de ces ornements alors taillez, sculptez le vers, mettez vous une ventrée de passée simple ! Ce ne sont pas les errances d’un siècle qui décident de la création, ce sont les cœurs !

    Merci pour l’utilisation de mon texte comme illustration Céleste, je suis flatté.
    A bientôt.

  3. Quel est le nom du crétin néomane, ce « professeur d’analyse du discours » qui tient un discours aussi infâme, – à moins qu’il s’agisse d’une parodie à prendre ironiquement ?
     » Osez l’anglicisme » => Le jour où il y aura une grande épuration des collabos de Washington, un poteau lui est réservé, à ce traître…

  4. Pingback: Réparer les vivants : la course à la vie | Gazettarium

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