La Grande course de Flanagan, de Tom McNab

L’année débute avec son lot de bonnes résolutions. En première place du top, l’éternelle résolution post-fêtes à retrouver la ligne avant l’été. Combien d’entre-nous ont repris le chemin de la salle de sport et rechaussé ses vieilles baskets ? Combien resterons fidèles à cette courageuse décision ? Bien peu, hélas… Mais pour ceux qui auraient simplement besoin d’un petit regain de motivation, pour ceux qui préfèrent les marathons littéraires à la course à pieds, voici votre chance : 630 pages (édition J’AI LU) à parcourir, un voyage de 5 063 km à travers les États-Unis des années 1929. Cadence rythmée exigée.

Un voyage de 5 0063 km à travers les États-Unis des années 1929

course5 063km en trois mois, à raison de 80 km par jour, de Los Angeles à New-York, c’est le défi fou lancé par Charles C. Flanagan, sorte d’homme d’affaire opportuniste et audacieux. Plus de 2000 participants venus des quatre coins de la planète se réunissent sur la ligne de départ. Des hommes, de 17 à 70 ans, expérimentés ou débutants, issus pour la plupart des classes sociales les plus basses, tentent leur chance dans l’espoir de repartir avec la centaine de milliers de dollars promis à l’arrivée. Pour beaucoup cette course est leur unique et dernière chance de survivre à cette période de crise. Des hommes, mais aussi des femmes (cent vingt et une pour être précis) qui devront souffrir des remarques sexistes des organisateurs, des participants et des journalistes. Des athlètes pleins de rêves donc, qui croient s’affronter les uns les autres avant de recevoir, étapes après étapes, de grandes leçons sur le sport qui leur apprendront que chacun n’est mis en compétition qu’avec deux choses : soi-même et la nature qui freinera souvent leur avancée à travers les États-Unis.

600 pages pour parlez de pauvres gars en train de courir, n’est-ce pas un peu trop ?

Un peu long et répétitif ? Queneni ! Tom McNab a signé avec la publication de ce livre celle d’un véritable best-seller traduit en une quinzaine de langues. Cette course retrace les destins croisés des participants. Leurs luttes, leurs doutes sont ponctués d’aventures aux tonalités burlesques. Dès le départ de la course, le scepticisme des journalistes est manifeste, notamment celui d’un certain Carl Liebnitz qui doute très sérieusement des « aptitudes [de Flanagan] à mener une entreprise aussi complexe » qu’il décrit comme un assemblage « hétéroclite » comprenant « certains des meilleurs coureurs de fond du monde, […] un fakir hindou, seize aveugles, trois manchots, vingt grands-pères, [ainsi que ] soixante et un végétariens ». Un scepticisme partagé par les scientifiques peu convaincus à l’idée que des hommes, qui plus est des hommes pauvres et sous alimentés, puissent parcourir une si grande distance. Cette course manque de crédit aux yeux des individus « sérieux » en raison de la mise en scène quelque peu douteuse de Flanagan qui cru bon de joindre à ses coureurs un cirque composé de « Mme La Zonga, de Fritz l’âne parlant, d’une équipe de base-ball composée de chimpanzés » ainsi qu’un groupe de nains montés sur des poneys…

De magouilles en rebondissement, un scénario hollywoodien

marathonEnfin, si Flanagan respire la magouille (un parcours personnel des plus intrigants, une affection particulière pour les jeux d’argent et le whisky) il ne représente pas la plus grande figure de la corruption présente dans l’ouvrage. Puis, non contents de voir leur route mue en véritable parcours du combattant due à l’intervention de personnalités haut placées et bien décidées à faire arrêter la course, les athlètes devront composer avec la présence du FBI et du truand Al Capone sur leur talons.

Pourtant, en dépit de l’ambiance de foire de cette fabuleuse ménagerie, ne doutez pas de trouver dans ces pages les plus beaux témoignages d’esprit sportif ainsi que de grandes histoires d’amitié. Ce livre est, malgré sa longueur qui pourrait essouffler les meilleurs lecteurs, une véritable bouffée d’air frais, une ode à l’espoir, à l’effort, à l’humilité et à l’entraide. Des valeurs qui, par les temps que nous traversons méritent d’être soulignées. C’est donc avec un sens du rythme digne du film Gatsby le Magnifique que l’écrivain Tom McNab nous propulse à travers l’espace et le temps pour nous guider sur le tortueux parcours qui pour des raisons profondes nous poussent, non à lire, à avaler les pages comme d’autres qui courent et avalent les kilomètres.

Céleste Chevrier

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Une réflexion sur “La Grande course de Flanagan, de Tom McNab

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