Oussama, ce héros ou du théâtre pour penser

Photo © Geoffroy Bourdais

Photo © Geoffroy Bourdais

Du 9 au 12 juin, les deuxième années de l’École Arts en scène vous invite à réfléchir à l’Espace 44 (Lyon 1er) autour de la pièce de Dennis Kelly, bien nommée Oussama, ce héro. Un titre provoc’ pour une pièce politique, engagée, qui nous dépeint les travers d’une société contemporaine, anglaise d’abord, universelle enfin.

L’Espace 44 ouvre ses portes tous les ans aux élèves de l’école et leur permet de monter des projets sur des pièces de leur choix afin de promouvoir l’écriture contemporaine.

C’est ainsi que Dennis Kelly fut choisi par les deux metteurs en scène : Sébastien Weber et Laurène Mazaudier. Un auteur anglais contemporain qui écrit avant tout sur ce qu’il voit et perçoit de la société dans laquelle il vit ; la mienne ; la vôtre. Du racisme ordinaire à la monstruosité humaine, l’auteur explore des thématiques profondes et poignantes, reflet d’un mal-être globalisé, banalisé dans nos sociétés occidentales.

Du « théâtre coup-de-poing »

Né au Royaume-Uni dans les années 1990, le théâtre « In-Yer-Face » trouve ses héritiers dans le théâtre d’aujourd’hui et notamment dans l’œuvre de Dennis Kelly.

« In-Year-Face », mouvement qui se veut « rentre-dedans » dont l’objectif est de choquer le public à travers une expression verbale et scénique violente, vulgaire, brute. Oussama, ce héros, jouée pour la première fois dans son intégralité à Londres en 2005, s’inscrit donc dans ce mouvement théâtrale qui a pour volonté de créer le malaise chez le spectateur, un théâtre intense et cru qui vous prend aux tripes et vous pousse à gamberger.

L’actuel au cœur de l’écriture

Oussama, ce héros regorge de thématiques actuelles qui résonnent dans nos oreilles d’enfants du siècle. C’est à travers elles que Dennis Kelly nous ouvre les portes de la réflexion, nous incite à nuancer les notions de bien et de mal, à prendre du recul et à méditer sur notre condition d’homme, et surtout d’homme politique.

Des sujets contemporains qui font écho à notre actualité : la peur, l’information médiatisée, l’insécurité, le terrorisme, le fanatisme, sont autant de concepts et de notions que l’on retrouve à travers les cinq personnages de la pièce.

Des monstres ordinaires

Dennis Kelly

Dennis Kelly

Résidents d’une banlieue anglaise glauque où les garages et les poubelles sont brûlés, les protagonistes deviennent le reflet de la complexité du comportement humain. Si au début de la pièce il est aisé de catégoriser les « gentils » et les « méchants », un événement perturbateur viendra déconstruire cette vision manichéenne que l’on adopte instinctivement.

À travers les personnages de Louise (Claire Brodiez), jeune fille paranoïaque cloîtrée dans son angoisse pathologique, son frère Francis (Maxime Grimardias) qui traque le pervers du quartier dans une quête quasi-psychotique, le couple Mark 50 ans (Florent Lanquentin) et Mandy 16 ans (Camille Denau) participants d’une « télé-réalité » et Gary (Léo Bianchi), jeune garçon de 15 ans déphasé et sans repères, l’auteur tente de nous révéler la monstruosité humaine, une monstruosité ordinaire et cachée qui se révèle dans des situations extrêmes.

On assiste ainsi à une réelle évolution des personnages. En situation de crise, l’homme dévoile ses personnalités refoulées, alors il n’y a plus de « gentils, il n’y a plus de « méchants », il y a « l’humain. ».

À la recherche de repères

Le personnage de Gary, représente le mal-être d’une jeunesse en « déficit de croyance ». Il est un gosse perdu, marginal, sans guides ni repères, à la recherche d’une chose en laquelle croire, dans une société qui ne le comprend pas, mais qu’il tente à tout prix de comprendre.

Alors qu’on lui demande de faire un exposé sur un héros contemporain, sa recherche le mène à un résultat pour le moins inattendu qui soulève une vraie question : qu’est ce qu’un héros ?

« Trouver un héros, un vrai héros vivant, faire un exposé sur un héros contemporain, mais il faut que ce soit quelqu’un de réellement héroïque, un héros qui soit une source d’inspiration pour des millions de gens. Un individu déterminé qui sacrifierait richesse, vie et bonheur pour ce en quoi il croit et alors je fouille autour de moi, oui, j’essaye, j’essaye vraiment très fort, je ne vois personne, rien, des célébrités, des hommes politiques, des sportifs, oui, mais pour être honnête, il n’y a rien, rien, rien et, soudain, j’en trouve un ; BINGO ! Ça coule de source l’inspiration, j’ai eu l’éclair de génie et alors je suis là devant toute la classe je lis à voix haute le titre de mon exposé : « Oussama, ce héros ». »

Interview de Léo Bianchi, comédien, interprète de Gary

Gary semble être un personnage très complexe, comment définirais-tu son état d’esprit ?

Léo : Gary c’est un personnage curieux, même hyper curieux. Il n’a reçu que très peu d’éducation de la part de ses parents, il est donc sans cesse à la recherche d’informations pour comprendre le monde qui l’entoure, pour cela il regarde énormément la télé. Il analyse tout ce qu’il voit et entend, il passe vraiment pour un garçon étrange auprès de ses camarades, qui le rejettent complètement. Loin d’être fou, loin d’être con, il est avant tout un gamin de 15 ans incompris.

Et ce gamin de 15 ans, il évolue au fil de la pièce ?

Gary est un gamin qui n’a pas d’attaches, pas de parents, pas d’amis. Son évolution elle se fait dans sa recherche de quelque chose en lequel croire et il finira par trouver la personne d’Oussama Ben Laden. Il représente bien les jeunes d’aujourd’hui qui ne savent plus en quoi croire et qui ne se voient pas d’avenir dans cette société. La question qu’il finit par se poser c’est : est-ce que là-bas, en Afghanistan, je serai accepté à ma juste valeur ? Il s’interroge vraiment à partir, à fuir. Finalement, c’est dans l’extrême qu’il pense trouver un sens à son existence.

Outre le message provoquant, pourquoi peut-on considérer cette pièce comme du « théâtre coup-de-poing ?

C’est une pièce qui met mal à l’aise le lecteur/ spectateur. On y trouve des situations très glauques et des personnages malsains qui se retrouvent dans des scènes de violence très brutes. L’écriture de Dennis Kelly est très crue, comme si elle n’avaient pas de limites. L’écriture elle-même est violente finalement, je pense notamment à une scène de torture où l’on peut lire une description très détaillée. C’est une pièce dérangeante.

Qu’est ce qui est dérangeant ?

Ce qui est dérangeant c’est que les personnages tous très humains. Dans les films d’horreur par exemple, les « méchants » sont vraiment méchants. Là on a des personnages nuancés dont on peut se rapprocher, en faite ça pourrait être toi. Somme toute, la pièce n’est pas plus violente que certains films mais elle paraît beaucoup plus réaliste, il n’y a pas de surplus, pas d’effets spéciaux et c’est en cela qu’elle gêne.

En une phrase, pourquoi on doit venir voir cette pièce ?

On pense que le théâtre ne doit pas juste être un divertissement mais qu’il est bien d’aller au théâtre pour réfléchir. On a entre 19 et 29 ans et avec cette pièce on espère toucher des gens de notre âge sur des points d’actualités, des jeunes qui n’ont pas l’habitude d’aller au théâtre. On espère faire découvrir aux gens un théâtre alternatif aux pièces traditionnelles et classiques. On souhaite aussi montrer d’autres aspects artistiques que le théâtre : il y aura du graff en live et des instruments pour l’ambiance sonore !

La classe a également un deuxième projet : la pièce Blessures au visage de Howard Barker sera jouée par l’autre partie de la promo du 14 au 17 juin à l’Espace 44 également.

http://www.espace44.com/

https://www.artsenscene.com/

Juliette Descubes

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Une réflexion sur “Oussama, ce héros ou du théâtre pour penser

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