Émancipation passagère pour les étudiants de Lyon 2

Voici la recension du recueil issu du troisième concours d’écriture du Litterarium, Émancipation passagère, initialement paru sur le site de L’Envolée Culturelle.

Les petits riens par Benjamin Tremblay

DSCF1017Georges est un le personnage principal de cette nouvelle. Il ressemble à une pomme de terre tellement sa rondeur est surprenante. Ses parents, pour échapper à cette ignominie infligée par Dieu, tentent par divers moyens et subterfuges, d’éliminer coûte que coûte cette dérangeante rondeur. Malheureusement pour Georges rien n’y fait ! Pour cacher au monde extérieur, cet enfant d’apparence anormale, il est envoyé dans un pensionnat dirigé par des sœurs. La vie de Georges va basculer dans la béatitude du bien pour se terminer dans l’incompréhension et la noirceur de l’âme humaine.

Cette nouvelle est un régal d’écriture pour un sujet difficile, pourtant traité avec une justesse pleine de poésie. La description de Georges, par l’auteur, est d’une subtilité incroyable ! Il se sert des mathématiques et de la géométrie pour accentuer cette apparence de rondeur par des écrits comme « l’incarnation terrestre de la perfection du cercle. Pureté mathématique, le diamètre de Georges était constant de bout en bout, et qui aurait eu une règle… » ou encore « l’écho pratique des compas du créateur… » L’auteur nous emporte, par son récit, dans les normes définies par la société du normal et le refus d’accepter l’anormal. L’apparence compte plus que l’intérieur et on doit éliminer à tout prix ces éléments perturbateurs. Le personnage de l’auteur est le reflet de la vie actuelle dans les relations entre parents et enfants, mais aussi le portrait de notre humanité en ce qu’il y a de pire. La peur de l’anormal est un fléau qui n’évite malheureusement pas le danger pour les êtres sains dépourvus de toute méchanceté.

La poétique du phacochère par Jana Remond

Couverture_Emancipation passagèreC’est l’histoire d’une rencontre amoureuse. Cette femme vierge de toute passion amoureuse et déchirure sentimentale se jette à corps perdu dans l’histoire de l’homme de sa vie. Seulement, elle seule y croit ! Pour lui, rien n’est moins sûr ! L’acharnement de la femme à le relancer, va payer et, au bout de deux ans, il finit par flancher et entamer une relation avec elle. Elle dure trois jours car l’homme de sa vie rencontre la femme de sa vie aux détours d’un chemin.

Cette nouvelle nous propulse dans les méandres d’une obsession amoureuse. L’auteure nous fait vivre cette histoire dans chaque recoin du désarroi, de la détresse et le tourment qui habite cette femme. Une enfant se découvre femme et poursuit un rêve quasiment inaccessible pendant deux ans avant d’arriver à ses fins. La description de ce sacerdoce est écrite dans un rythme soutenu, tenant en haleine le lecteur. Ce dernier oscille entre compassion et colère et nous transporte dans la difficulté de vivre tout simplement. L’auteur nous force à nous regarder dans notre miroir : n’avons-nous pas, un jour, agi de façon égoïste en ne pensant qu’à notre éphémère plaisir ? Mais la vie n’est-elle pas faite ainsi ? Seul l’innocent peut croire le contraire car l’amour ne se dirige pas ! Il est une donnée totalement imprévisible…

Judith Fisher par Leila Amand

DSCF1027Judith Fisher vit avec son compagnon Pascal et Lilith. Elle mène une vie pas très passionnante et essaie de se persuader du bienfondé de son existence. Les deux personnes qui gravitent autour d’elle ne sont guère attachantes et ne lui témoignent aucune attention. Du coup, elle se console en s’occupant de ses cactus. Un beau matin, elle découvre qu’elle est enceinte Visiblement la future paternité affecte encore davantage le comportement de son compagnon Pascal. L’issue de cette histoire sera fatale mais pour qui ?

L’auteure nous plonge dans une vie de couple des plus banales où la routine, l’incompréhension et la peur du lendemain se sont invités. Au fil des pages, Judith apparaît comme une personne voulant faire le bonheur de son entourage en s’oubliant totalement. L’insertion de l’élément perturbateur est bien construite et force le lecteur à s’interroger sur la condition de femme. Les mots, bien choisis par l’auteur, nous font ressentir la difficulté de vivre en couple. Judith et ses cactus sont mis sur le même plan : au début du récit, ils vivent puis peu à peu s’éteignent et finissent fracassés sur le sol comme le personnage principal. Puis comme dans la vie, une porte se referme et s’ouvre sur une autre en laissant derrière elle son lot de perdants.

Divers et avarié par Samuel Heyndrickx

DSCF1013Cette nouvelle raconte une histoire où se rencontre plusieurs personnages : un pigiste de faits divers, un gendarme, un gérant d’épicerie et son remplaçant et deux gamins en costumes. Il est question de rêve et de mort. Une fiction où s’entrecroisent les personnages et leur histoire commune. Une histoire surprenante avec une conclusion inattendue !

L’auteur nous embarque aisément dans le sillage de ses personnages et dans l’enchevêtrement de leurs histoires communes. Il fait parler chaque protagoniste de sa fiction à tour de rôle dans un ordre très malicieusement orchestré. Chaque récit amène le suivant et bien évidemment le point de vue diffère selon la personnalité et le rôle du conteur. Le génie de l’auteur est de ne pas faire parler les deux gosses qui s’apparentent à la mort et laisse au lecteur le choix de les placer dans l’histoire entre rêve et réalité.

Petit petit bois de mercure par Adrien Papin

DSCF1014« Petit Petit Bois de Mercure » est un type qui n’est pas très bien considéré car il vend des fleurs à la sauvette à la terrasse des cafés en été. L’hiver, il fait la manche où vole, enfin il se débrouille comme il peut. Il dort dans la rue et ne parle pas notre langue et envoie quelques sous à sa famille restée au pays. Un jour il va faire une grosse bêtise…

L’auteur nous raconte l’histoire d’un type que le lecteur pourrait rencontrer sur sa route. Il nous interpelle en appelant notre excitation  pour connaître la suite du récit par : « ça vous existe ? » le lecteur devine le regard du bienpensant qui se détourne à la vue du mendiant et imagine très bien que la grosse bêtise n’est en fait que l’envie d’être à l’abri et manger un peu sans rien payer. Un problème de société décrit avec un fond de dérision. Il vaut mieux en rire, parfois, qu’en pleurer.

La venue de la fonte par Maruszka Meinard

DSCF1018Cette nouvelle nous décrit la fin de notre terre et des êtres humains. Un homme va survivre et découvrir un jour qu’un enfant a survécu. Ce récit nous parle également de parole et du langage de l’homme.

L’auteure nous fait vibrer au son de la destruction de Dame Nature. On entend souvent parler de la fin de notre ère mais nous avons du mal à l’imaginer. L’auteure fait mouche grâce à ses mots et ses comparaisons sur la destruction des éléments si chers à notre cœur. Le lecteur arrive à sentir la gravité de la perte de la parole puisque comment décrire les sensations si la gorge n’émet plus de sons ? Notre terre est une denrée rare et l’humanité est un vrai délice pour la vie. L’auteur, à travers sa nouvelle, nous montre le chemin du respect de notre environnement et notre espèce humaine. Le message passe dans une belle expression de poésie des éléments perdus.

Françoise Engler

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