La ferme des animaux : la fable utopiste de George Orwell

la-ferme-des-animaux-986742Avant d’écrire la dystopie 1984 et son célèbre « Big Brother », George Orwell avait déjà, trois ans plus tôt, prouvé sa préoccupation pour les régimes totalitaire dans La ferme des animaux. Dans cet apologue, publié entre la fin des dictatures européennes et l’aube de la guerre froide, c’est la dictature bolchévique de 1917 qu’Orwell image, même si cela n’est pour lui qu’un exemple d’une histoire qui se répète.  

Comme Jean de La Fontaine l’avait fait avant lui, George Orwell personnifie les animaux afin de critiquer la société de son époque. Les animaux de la ferme, on les aime bien. Ils sont braves, serviables, attendrissants, on allait les voir quand on était petit, on montait sur le cheval, on nourrissait les cochons. Quel choc de les voir devenir l’objet de la terreur, de la perversion humaine ! On reconnaîtra ainsi, à travers les cochons et les poules, la figure de Karl Marx, de Trotski, ou encore de Lénine. Dans cette dictature des animaux, Orwell prend le soin d’incorporer les ingrédients du cheminement idéologique conduisant au totalitarisme. Un discours démagogique d’extrême-gauche, utopiste, suivi du culte de la personnalité, la disparition progressive des libertés, l’endoctrinement, l’exclusion des marginaux, ou encore la répression militaire du peuple.

Du décalage entre les beaux discours idéalistes et les dérives de la réalité, c’est le pessimisme d’un Orwell marqué par son temps qui transparaît.

« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »

Quelque part, dans La ferme des animaux, c’est aussi la paresse du peuple qui est critiquée. Parce qu’il est plus facile de ne rien faire que de se confronter au système, les animaux, buvant les discours mensongers, acceptent sans broncher de voir leurs libertés peu à peu bafouées. Refusant d’apprendre à lire, ils n’ont pas les moyens de vérifier que les textes sont réinterprétés, et les règles modifiées. Ils ne peuvent que se raviser, faute d’arguments, lors que quelque chose leur paraît louche. Ne remettant alors pas vraiment les choses en question, ils tombent finalement de haut lorsqu’ils réalisent qu’il est déjà trop tard. Ceux qui sont au pouvoir sont ceux qui sont instruits. L’auteur nous invite ainsi, implicitement, à nous méfier de l’ignorance qui nous conduit à accepter l’inacceptable.

George-Orwell-001Plus encore qu’une satire de son époque, Orwell nous met en garde contre les dérives du pouvoir. Tout comme dans 1984, il parodie à l’extrême les formes que peuvent prendre le pouvoir, s’il n’est pas limité. Pour lui, dès lors qu’il est accepté par le peuple, le pouvoir est voué à s’étendre peu à peu, bien au-delà des attentes du départ. Invisible, plus fort que tout, il pervertit alors l’esprit et les valeurs des individus, telle une force sombre supérieure, à l’image de l’anneau de Gigès (ou du Seigneur des Anneaux, ça marche aussi). Il échappe non seulement au peuple, mais également au tyran, qui, sous son emprise, embarqué dans une spirale infernale, ne contrôle plus vraiment ce qu’il fait.

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres n’est pas une victime ! Il est complice. »

Cette fable est finalement une leçon intemporelle, que l’on peut replacer à notre époque. Nous soucions-nous assez du pouvoir, et des chemins qu’il prend ? Regardons-nous toujours la réalité en face, même lorsqu’elle dérange, lorsqu’elle menace notre confort ? Affirmons-nous suffisamment nos convictions, nos valeurs et nos libertés face aux formes de pouvoir qui nous entourent et nous menacent en permanence ?

En quelques pages d’un récit ludique, captivant et attendrissant, l’auteur parvient à nous faire prendre conscience de tout le mécanisme des dictatures totalitaires, et nous amène à une profonde réflexion sur la force incommensurable que peut exercer le pouvoir sur les hommes.

Eléonore Di Maria

Lire aussi : Orwell : le frivole et l’éternel

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2 réflexions sur “La ferme des animaux : la fable utopiste de George Orwell

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