Poème gagnant de la 2e Veillée Poétique (décembre 2015)

À l’aube de la fête des Lumières et en hommage aux victimes des attaques du 13 novembre, vous aviez été nombreux et nombreuses à vous joindre à nous afin de veiller en poésie sur le thème de la lumière. Ce 3 décembre 2015, un texte avait retenu notre attention plus que les autres. Dissimulé derrière un titre plein d’humilité, Lumière, Vincent Villanueva nous avait offert tout un monde non pas à entendre, mais à voir.

gustav-klimt-3-ages-femmeC’est dans un style très emprunté au cinéma que nous découvrions cet auteur pour la première fois. Au rythme de vingt-quatre images par seconde, sans ponctuation pour démêler les mots, le poète nous laissait une « fenêtre » ouverte sur une « scène éphémère de [son] intimité ». Son écriture visuelle nous permet de fixer plus durablement sur nos rétines volages ces micros-événements du quotidien frappés d’éternité. Des reflets bleutés des bas en nylon, évocation sensuelle de la traîne de poussières que laissent les comètes sur leur passage, aux raies de lumière qui traversent les stores pour venir poignarder l’obscurité, rien n’échappe à l’œil de Vincent Villanueva.

Une autre qualité littéraire très remarquée se situe dans l’hymen charnel des contraires réalisé à mots couverts. Il s’agit en effet d’une poésie de la suggestion baignée dans la moiteur des secrets d’alcôve. La femme, notamment, y est toujours bifide. À la fois émettrice et réceptrice de lumière, la figure féminine incarne à elle seule les trois âges de la femme. Lorsqu’elle abaisse ses paupières (l.3) c’est simultanément à la manière d’une jeune fille chaste et d’une amante en extase. Elle abrite en son sein le cosmos et fond, ensemble, la masturbation stérile et l’acte d’amour fécond.

La vue n’est pas le seul sens sollicité puisque les bruissements de l’amour sont aussi pré-textes à la composition d’une véritable bande originale. Du premier « battement » de cœur, à la fois celui du nouveau-né et de l’amant, à la « cadence » du va-et-vient sensuel, en passant par « l’accord principal », sincère osmose de deux souffles, la scène s’adresse aussi à nos oreilles. Cette poésie « sans un mot » nous rappelle que nous ne voyons pas qu’avec nos yeux.

Si vous êtes comme nous avides de nouvelles expériences textuelles, nous vous invitons à nous retrouver le jeudi 18 février à 19h sur le campus berge du Rhône de l’Université Lumière Lyon 2 pour une nouvelle Veillée Poétique (lien de l’événement).

Céleste Chevrier

usage de la photo annie ernaux

Lumière de Vincent Villanueva

La lumière de tes bas dans la chambre nue si allongée tue l’obscurité
Tu te caresses la clarté de tes doigts danse avec moi
L’ombre de tes cils découpe l’agile visage de son langage nuit sage sans dérapage
Par la fenêtre du matin me vient ce dessin
Un battement d’existence dans l’obscurité matinale
La cadence de l’accord principal
Le soleil de février humide et chaud
Un premier éclair partagé sans un mot

Il apparaît délicat sur la pointe du matelas
La lumière éclaire sans se retourner
La scène éphémère de notre intimité

L’intense de la chair, cet espace de velours
La naissance d’un monde entre le feu de l’amour

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Une réflexion sur “Poème gagnant de la 2e Veillée Poétique (décembre 2015)

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