Les mangas de notre enfance

Dragon-Ball-Super-Anime

« Vieillir c’est se rappeler son enfance »
Thomas Bernhard

Plus on vieillit plus on cherche à se rappeler son enfance. Parlons aujourd’hui d’une chose dont la plupart d’entre-nous se rappellent : Les mangas.

On a tous un manga ou un animé qui a particulièrement marqué notre enfance, la plupart du temps parce qu’il passait à la télé. Il y en avait pour tous les âges, certain pour les petites filles d’autres pour les jeunes garçons, et les sujets traités étaient assez variés.

Les mangas sur le sport

Olive-et-TomLe sport est l’un des nombreux sujets abordés dans les mangas, et on ne peut pas parler de sport sans revenir sur l’un des animés les plus emblématiques : Olive et Tom.

On ne compte plus les heures passées devant la télé à regarder le jeune Oliver Atton s’entraîner et jouer au foot avec ses amis pour espérer plus tard devenir un grand joueur connu. Avec son équipe la Newteam, en compagnie de Thomas Price, les matchs et les victoires ont été aussi nombreux que palpitants. Durant les 128 épisodes que compte l’animé, on a pris plaisir à suivre leurs aventures même si on aurait parfois aimé que cela dur plus longtemps. Aujourd’hui, peu sont ceux qui se rappelle de chaque épisode mais s’il y a bien une chose que l’on a tous retenu c’est le générique. On l’a tous chanté dans sa tête sans pouvoir sans débarrasser !

Moins de sport, place à la fantaisie

Sailor moonPour celles et ceux qui n’étaient pas intéressés par le sport et par tous ces garçons en short qui s’épuisaient à courir après un ballon, il existait des dessins animés tels que Sailor Moon, manga du genre magical girl qui a fait rêver plus d’une petite fille. Cette série débuté en 1992, est encore très connue et appréciée de tous grâce notamment à son personnage principal, la jeune Usagi Tsukino. Adolescente maladroite et pleurnicharde dans les premières saisons, elle se révèle une guerrière aux pouvoirs magiques combattant le mal au nom de l’amour et la justice, et est rejointe par de nombreuses alliées, chacune correspondant à une planète du système solaire. Pendant plus de 200 épisodes, des milliers de filles du monde entier vont apprendre à connaître Tsukino, Ami Mizuno ou encore Rei Hino et pourront choisir leur Sailor préférée. Car oui, il y avait neuf Sailor guerrière pour que chaque jeune téléspectatrice puissent choisir laquelle elle voulait être, et on sait toutes que dans les cours de récrée ça se chamaillait pour savoir laquelle serait Sailor Moon et pourvoir dire ainsi cette phrase culte : « Je suis Sailor Moon, et je me bats pour la défense de l’ordre et de la justice ! » Ou encore « Pouvoir du Prisme lunaire, transforme-moi ! »

Mais quand on était lassée par Sailor Moon et ses chats, on pouvait se rabattre sur Nikki Larson, Les Chevaliers du Zodiaque ou Détective Conan car, que l’on soit une fille ou un garçon, ces animé nous faisait tous rire et nous mettaient des étoiles dans les yeux.

Finissons en baston

Pour ceux qui étaient plus tentés par les arts martiaux et les petits bonhommes verts, Dragon Ball était la série idéale. On pouvait y croiser Sen Goku, un garçon un peu naïf doté d’une force extraordinaire ou encore Vegeta le prince des Saiyens. La quête des sept boules de cristal légendaire va amener le jeune Goku à suivre un apprentissage avec des maîtres comme Kamé Sennin ou Maître Kairin et à participer à de nombreux championnats du monde d’art martiaux. Il apprendra au cours de ses aventures à maîtriser la fameux : Kamé Hamé Ha, une technique inventé par Kamé Sennin qui consiste à se concentrer de façon à augmenter sa force pour ensuite projeter une vague d’énergie avec ses mains. Plus jeunes, on aurait tous aimé tester cette technique sur nos professeurs à l’école lorsqu’ils nous annonçaient un contrôle.

one_pieceMais Sen Goku n’étais pas le seul à posséder des pouvoirs que l’on rêvait d’avoir. Le fameux Luffy au chapeau de paille du manga One Piece était assez fort pour rivaliser. Depuis l’année 1999, nous pouvons suivre Luffy et ses compagnons hauts en couleurs dans leurs aventures à la recherche du One Piece, le trésor que Gol D. Roger le roi des pirates a caché quelque part sur grand line. Enfin un animé que tout le monde pouvait regarder, filles comme garçons. Chaque personnage avait son propre caractère et les jeunes femmes de ce shonen plein de combat n’avaient rien à envier aux hommes. De plus, comparé à Dragon Ball dont les suites n’enchantent guère les fans les plus anciens, One Piece continue à perdurer et a su s’implanter fortement chez les nouvelles générations. Avec 80 volumes actuellement sortis et plus de 730 épisodes animés, One Piece est bien partit pour durer encore longtemps. Le Gum Gum de Luffy est devenu incontournable tout comme les saignements de nez de Sanji devant des jolies filles.

Les mangas qui ont marqués notre enfance sont trop nombreux pour tous les citer. Chaque personne a ses préférences mais heureusement grâce à Internet il nous est toujours possible de regarder nos coups de cœur de l’époque, encore et encore.

Léonore Boissy

L’amour inconditionnel d’une grand-mère : Le Sixième jour d’Andrée Chedid

Le 6e jourDans ce court roman intitulé Le Sixième jour (1960), la romancière et poète égyptienne Andrée Chedid, installée à Paris en 1946, raconte l’Égypte de 1948, touchée par une épidémie de choléra. Les grandes villes sont épargnées par la maladie, à la différence des campagnes où plus de dix mille personnes sont tuées par la bactérie. Les familles cachent leurs malades et leurs morts pour échapper aux ambulances qui emportant les corps sans jamais les ramener. Chacun se méfie de son voisin, la délation et la défiance règnent. Saddika, laveuse, a quitté son village avec son mari Saïd quand elle était encore jeune. Dans un quartier populaire du Caire, elle s’occupe de son mari paralysé et de son petit-fils Hassan. Quand l’enfant tombe malade, elle décide de tout faire pour échapper à l’hôpital, et de le cacher en espérant qu’il revienne à lui, le sixième jour de la maladie.

L’espoir salvateur

Pendant tout le récit, le lecteur suit avec émotion et empathie le voyage contre la mort de cette grand-mère courageuse. Chaque jour, Hassan perd des forces, son corps se raidit et sa peau bleuit. Saddika ne perd pourtant pas espoir et continue de croire que le sixième jour, Hassan guérira, que ses joues seront à nouveau pleines de vie et de soleil. Par ses paroles chuchotées à l’oreille, elle tente d’apaiser le malade : « Ni les hommes, ni la mort ne nous rattraperons… L’ombre, c’est la maladie du soleil, et rappelle-toi, le soleil gagne toujours. Toi, tu es mon soleil. Tu es ma vie. Tu ne peux pas mourir… ». Continuer à croire en la vie, tel est le mot d’ordre de Saddika. Le maître de l’enfant a été emporté par l’ambulance. Jamais il n’est revenu enseigner malgré la longue attente de la femme et de son petit-fils. C’est lui qui a parlé du sixième jour : « N’oublie pas ce que je te dis : le sixième jour ou bien on meurt ou bien on ressuscite. » Si la prophétie ne s’est pas réalisée pour l’instituteur, Saddika croit qu’il en sera autrement pour son Hassan, qu’elle aidera coût que coûte à vaincre le mal.

Une poétique de la vie et de la mort

andree-chedidLa maladie est représentée comme un masque, un trompe l’œil qui cache la réalité et obscurcit la vie : « Ces marbrures, cette sueur sont des vêtements d’emprunt. Ce souffle bruyant n’est pas celui de la fin, mais du grand combat ; et rien ne se gagne sans combat. Ces chair, ces os rassemblés ne sont pas vraiment Hassan. Hassan est derrière tout cela, qui veille ». La vie et la mort rassemblés dans un même corps mène un combat acharné. Hassan lutte, mais sa grand-mère pourra-t-elle continuer à le protéger et à lui insuffler du courage ? Les rôles sont inversés, ne suivent pas un schéma classique où les plus jeunes s’occupent de leurs aînés. Dans La Vie devant soi de Romain Gary, Momo, âgé de dix ans, veille sur Madame Rosa, une vieille dame qu’il considère comme sa mère. Dans le roman d’Andrée Chedid l’attachement au personnage de Saddika est renforcée par son âge et les efforts énormes qu’elle doit déployer pour transporter l’enfant, le soigner, l’aimer. En plus de ces efforts physiques, la femme doit aussi se battre contre les hommes qui pourraient la dénoncer.

Dans le centre du Caire où elle se cache en premier lieu, Okkasionne, montreur de singe, se vante d’avoir gagné beaucoup d’argent en dénonçant des cas de choléra. Le saltimbanque s’oppose dans sa personnalité à Abou Nawass, le batelier qui accepte d’embarquer la femme vers la mer, l’unique moyen de guérir Hassan. Alors qu’Okkasionne apparaît bavard, égoïste et prétentieux ; le marin incarne la sagesse silencieuse, et ne semble pas avoir peur de la maladie. Mais même la bêtise humaine se soigne, et Okkasionne évolue au cours d’un voyage dans lequel il est embarqué bon gré mal gré.

Le Sixième jour décrit la beauté et la force de l’amour familial, questionne sur la maladie, sur les choix d’une vie et le courage nécessaire pour les réaliser. L’ombre de Saddika est là pour nous rappeler de croire en nos rêves, même s’ils s’avèrent chimériques.

Adèle Binaisse

Rimbaud le fils de Pierre Michon : l’atelier pictural de la poésie

1991 fût l’année du centenaire de la mort d’Arthur Rimbaud. Elle fût l’année de parution de Rimbaud le fils. Les années qui séparent le vivant du mort ne se comptent plus par ce livre et l’épigraphe de Mallarmé (« Il y a toute une époque entre nous et, aujourd’hui, un pays entier de neige. ») fait resurgir, par l’image poétique, le désir d’une distance abolie à mesure que se forme devant nous le gouffre calme et silencieux qui s’accomplit entre nous et lui. Lui, ce disparu que l’on cherche à retrouver, sa vie que l’on cherche à ranimer, son mythe enfin que l’on essouffle, par-delà les mots dans un geste poétique plutôt que critique, fictionnel plutôt qu’existentiel.

Encore la poésie ?

Pierre MichonLa vie de Rimbaud s’écrit contre le mythe du génial poète, contre la poésie même. Le récit ne raconte jamais l’histoire, elle l’imagine autrement, possible. Pierre Bourdieu écrit dans L’Illusion romanesque en 1969 : « Il est significatif que l’abandon de la structure du roman comme récit linéaire ait coïncidé avec la mise en question de la vision de la vie comme existence dotée de sens, au double sens de signification et de direction. » La linéarité des événements de la vie ne coïncident pas avec la fiction qui, bien au contraire, éparpille avec stratégie les faits, les dires des témoins, pour accuser la nécessité d’un réalisme forcé, d’une vraisemblance incontournable. Le style assume et recouvre l’âpreté d’une histoire familiale marquée par l’indigence. L’infâme s’intensifie par le luxe et la présence d’une « belle » écriture. Cette écriture cherche à éblouir pour obscurcir le mythe, pour le tordre encore et encore. Le mythe n’apparaît plus, il n’est plus qu’Écriture seulement. La Vulgate ne sera pas réécrite, une Évangile peut-être.

Le Rouge et le Noir. Sur ses « mains rougies de blanchisseuses » ou sur ses « doigts noirs » s’attarde le regard qui n’entrevoit qu’une silhouette floue et colorée. L’enfant d’abord fait irruption entre la mère – sorcière et le mort, fantôme discret. Inconsolé toujours, l’amour qu’il n’a pas reçu devient définitivement sa pulsion de vie, ce qui l’anime et le force au plus profond de lui-même. Le gamin déjà incommode ne peut rien attendre de la vie ni même de la poésie. Pourtant, il veut tout d’elle et la désire. La poésie est pour lui un jeu, la vie n’est plus une erreur, ou peut être que si finalement, elle est l’erreur même. La poésie est le premier édifice de l’histoire familiale : « ce fils était Arthur Rimbaud, dont les actes notables n’étaient que de beaux vers ; et c’est avec les doigts noirs que j’ai dits mais cette fois, trafiquant dans le fils, aux fils accrochés, dans le fils cadenassés, que les plus beaux vers furent filés, deux à deux tenus : oui, on peut penser que l’alexandrin séculaire fut prodigieusement exalté puis détruit sans retour vers 872 par une femme triste qui grattait, cognait et délirait dans un enfant. »

La peinture aussi

Arthur RimbaudL’œuvre est une galerie de portraits peints. Pas seulement des visages et des silhouettes, des corps mais surtout des détails insignifiants et minimes captent allègrement le regard qui s’attarde tour à tour sur un regard boudeur, des doigts maigres. Parfois, la galerie de portraits imaginaires devient un couloir empilant des noms à la suite des autres, un panthéon de noms célèbres et fameux, au-dessus des noms trônent les bustes durs et froids de marbre glacé, figures solides et éternelles, représentants de la bonne poésie, la poésie républicaine, les vies illustres.

Contre la légende obscure, le mythe lisse que l’on répète, la peinture permet à nouveau de recadrer la vie de Rimbaud différemment, en lui offrant une autre scène que celle déjà connue. Telle une scène de genre, le détail minuscule fait désormais œuvre. L’imbrication de ces détails fourmillants n’apporte aucun savoir. Peut-on apprendre quelque chose alors ? Le savoir importe peu face au plaisir et au désir de raconter la vie mais ce n’est pas sa durée qui est ainsi décrite, ce n’est pas l’événement qui fait sens et qui structure le roman. Au contraire, seul le cadre subsiste et seul le choix d’un détail particulier que l’on encadre focalise toute attention. Cette suspension effective du Temps détruit donc tous les « on dit », toutes les images vraies ou fausses dans une technique de superposition picturale. L’œuvre de Michon est peinture toute entière puisqu’elle accumule des moments et morceaux d’une vie avant de les superposer. La scène picturale inaugure l’existence rageuse et rêvée d’un homme sans identité presque, soumis à la précarité, à l’approximation et à l’intensité d’une vie irréelle.

« Tout le monde connaît cet instant précis d’octobre. C’est la vérité peut-être, dans une âme et dans un corps. On ne voit que le corps. Tout le monde connaît le cheveux mal en ordre, l’œil peut être bleu blanc qui ne nous regarde pas, clair comme le jour, et porté par-dessus notre épaule gauche, où Rimbaud voit une plante en pot qui monte vers octobre et brûle du carbone, mais pour notre porté, ce regard vers la vigueur future, la démission future, la Passion future, la Saison et Harar, la scie sur la jambe à Marseille ; et pour lui sans doute comme pour nous porté aussi sur la poésie, ce spectre conforme qui conformément se vérifie dans le cheveu mal en ordre, l’ovale angélique, le nimbe de bouderie, mais qui hors toute conformité est aussi là-bas derrière l’épaule gauche, et quand on se retourne elle est partie. On ne voit que le corps. Et dans les vers, est ce qu’on voit l’âme ? Le vent passe dans toute cette lumière. »

La picturalité de l’écriture gracieuse déteint l’image photographique et maintient vivace l’homme de chair et de sang au lieu de creuser son tombeau en restaurant le froid et magnifique mythe.

Anh-Minh Le Moigne

Rob’One : « L’écriture a besoin de la force de l’instru »

Métro parisien

Nouveau titre des Boutardises, inspiré cette fois-ci des turpitudes du détestable rap lyrique. Aucun nom ne sera cité, aucun goût n’aura l’occasion d’être jugé ! Je suis remonté jusqu’à des sources de talent en quatre-vingt quatorzième département, pour dégoter le phénomène qui animera cette chronique : Rob’One, rappeur à la barbe et aux veuches soignés, au stylo plus proche de l’or des mines que de la poudre de mort des fusils des siècles passés (métaphore obscure, certes, mais il me fallait bien imiter le style journalistique et ses entrées-en-matière fulgurantes, j’engage mes confrères à m’excuser).

Rob’One – Freestyle Hantologique : https://www.youtube.com/watch?v=5c762cydw44  

Le Litterarium : Première question, histoire d’ouvrir et te présenter aux Lyonnais, qui es-tu, et qu’est-ce que tu viens faire dans ce game ?

Rob’One : je m’appelle Rob’One, 21 ans, quatre ans de rap, habitant de Chennevières en banlieue parisienne, bac +2 ! Et ce que je viens foutre ici… À la base, je dirais que j’ai énormément écouté du rap et que j’ai toujours aimé écrire en général, et comme l’équipe s’y était mis, et bien j’ai suivi le groupe et je me suis pris au jeu quoi !

Petit Chémar United FREESTYLE : https://www.youtube.com/watch?v=NlDplRASk5I

C’était un petit freestyle grinçant avec l’équipe ! De ton côté, on peut voir que tu balances une sacrée charge de rimes phoniques ; comment tu vois ton écriture, et d’une manière plus générale, l’écriture ?

Comment je vois mon écriture ? Je pense qu’elle paraît travaillée parce qu’évidemment comme elle est constituée majoritairement de multi-syllabes, ça force l’esprit à se concentrer sur une chaîne de sonorités (généralement, allant de 3 à 6 syllabes). Je crois qu’on peut dire d’elle que le travail va beaucoup dans le sens de la forme. Après, il est vrai que quand sur une mesure t’es contraint par les BPM (pour faire simple la vitesse des caisses claires, qui donne la vitesse des lyrics, en quelque sorte) à avoir un maximum de 12-16 syllabes « plaçables » possibles, le sens du texte en pâtit souvent.

11205995_10207169475497657_1486367120397656669_nTout est une question d’objectif, je crois que miser sur des multi-syllabes, c’est énormément jouer sur la redondance des sonorités, ce qui peut être fort appréciable quand c’est bien manié, et ce qui donne une rythmique particulière. Par exemple, je trouve qu’un nombre de syllabes pair donne une fin de phase plus abrupte et plus brutale, au contraire, un nombre de syllabes impair donne plus de rythmique et de « longueur » en fin de phrase, ça peut paraître plus « technique ».

De toute façon, quand on étudie un son, un texte, finalement ce qui est important, c’est la cohérence ; on doit pouvoir commencer par faire rimer douze syllabes ensembles sans donner de « fond » à son texte, et finir par des rimes pauvres tout en gardant une cohérence ; mais personnellement, je vois pas trop comment. Après quand j’observe l’écriture de beaucoup de potes à moi du OVR Crew — je pourrais citer Doc Shadow (qui a sorti un EP Docteur Malade en début d’année 2016, très qualitatif) et Raspa — qui, eux, n’écrivent pas du tout ou extrêmement peu à ma manière, mais qui sont cohérents dans leurs textes et qui jouent beaucoup plus avec un flow raggae/ragga/rap (et certains sons clairement bluffants, de mon point de vue), ou encore Hiercé, avec son rap glauque morbide, son génie c’est que sa structure déstructurée t’amène dans une genre de réalité pesante. Et bien l’écriture, si elle est cohérente rythmiquement et cohérente au niveau de la rime, ça ne peut qu’amener quelque chose — si t’es un peu doué quoi !

Je pense, pour finir, que l’écriture c’est trop vaste pour en parler dans une interview ; j’essaye de faire le tour rapidement sur les points qui me semblent principaux et, en tout cas dans mes dernières expériences textuelles, il y a besoin de la force de l’instru, énormément, parce que ça donne une puissance, une texture et un volume au texte malgré certains passages que certains trouveront bancals (qui en vérité ne le sont pas, mais n’ont pas le « fond visé par le ressenti général du texte »). En fait, dans des solos pas encore sortis à ce jour, que je garde plutôt pour construire quelque chose, mais qui ont commencés par la mouvance « Métro Parisien » (le dernier son que j’ai posté sur la page), et bien je fais moins attention à la rime (même si elle est très présente) et je laisse plus l’instru me guider et guider mon ressenti. Au final ça peut donner l’impression d’une dispersion et d’une sortie du contexte, mais l’instru étant triste, le ressenti en écoutant la globalité du son l’est nécessairement tout autant, et ça touche ; c’est sur ça que j’essaye de développer mon écriture, tout en essayant de respecter le plus le contexte d’écriture dans lequel m’a amené le piano, la guitare…

C’est toujours la mélodie l’inspiration ou tu as d’autres sources ?

En premier plan, je dirais que c’est toujours la mélodie qui me guide sur un sujet, et bien généralement, j’écris, ça rime ; ou alors j’ai une idée de rime, et je construis autour avec ce que je connais, ce qui sonne au mieux ; la plupart du temps en tout cas.

Rob’One – Métro Parisien – La Cousinade OVR Crew : https://www.youtube.com/watch?v=_Ufpe_Xkt9k

Beaucoup d’instinct donc. C’est assez intéressant cette prédominance de la forme sur le fond chez toi, sans qu’on l’exclue pour autant. Aujourd’hui on est, en tout cas dans les productions qui ressortent du rap underground, plus dans une version d’un rap assez « conscient ». Tu t’inscris plutôt dans le contre-mouvement. Tu jettes quel regard sur la scène, en général ?

La scène du moment, si t’entend par là les rappeurs actuels que j’écoute, je trouve que ça se diversifie vachement et, par mon expérience de l’écriture et ma scansion des textes (« l’émotion c’est la conscience donc pour de bon c’est la forme », texte non-titré), je m’intéresse à tout et peu de choses me déplaisent ; de toute façon à l’heure actuelle, le rap c’est de l’imaginaire, la réflexion que tu veux bien porter sur un texte te mène à apprécier la plus grosse des merdes existante, ou à détester le meilleur des textes conscients parce que tu le trouves trop fade. Alors, évidemment, il y a des choses que je préfère, mais il n’y a pas grand-chose que je déteste vraiment, ça sonne assez vague mais en fait, sur chaque bon texte, ben j’apprends, et j’y trouve mon compte. Par exemple, sur des sons moins « oldschool/conscient » que les enculés de puristes vont critiquer en masse sur Facebook (Booba, c’est l’exemple parfait avec ses derniers sons), je peux trouver mon compte intellectuellement. À partir du moment où une phrase me fait réfléchir. Par exemple « vivement l’été pourvu qu’il neige » : j’en ai discuté avec un ami à moi, pour lui c’est trop vaste et donc ça revient à rien dire, pour moi c’est intéressant, je peux arriver à en conclure des choses.

OVR Crew

OVR Crew

Il faut aussi rappeler que tu n’es pas complètement isolé : tu fais à la fois partie du collectif OVR et de La Cousinade. Tu nous en parles vite fait ?

Pour ce qui est du collectif, le OVR Crew, nous on aime plus le qualifier de « possee » ou collectif, parce qu’effectivement c’est composé d’énormément de gens, je crois qu’on doit être presque une quinzaine, y en a que je ne connais même pas, et de plusieurs groupes, comme La Cousinade, composée de Wiguili Jo et moi (celui avec qui j’ai commencé à rapper), la GRB Sekt, composée de tous les mecs de Marolles (94), Shimyo, Sidi M (Meskin auparavant), Remoub, et Lakayass, si je ne me trompe pas. Tout ça c’est un état d’esprit, on kiffe tous se donner et faire du son, généralement ça se passe chez Shimyo (dans sa chambre), qui a du matos pour enregistrer, pour mixer, pour créer des instrumentales, il a un bon gros passé artistique, ça nous guide vachement ainsi que toutes les influences de rap qu’on a chacun. Étant donné le nombre, c’est dur d’avoir des projets tous ensemble, mais personnellement je suis en train d’élaborer un truc, sans date précise, j’essaie de faire de mon mieux sur chaque son pour pas être déçu. Doc Shadow est sur un nouvel EP qui va s’intituler Bonne nuit les pantins, et Raspa compte sortir, je crois, son troisième projet qui va s’appeler Raspa fait son cinéma, qui n’aura pas forcément beaucoup de titres, mais qui annonce un album conséquent, enregistré totalement en studio et qui s’appellera Écoute ça ma gueule.

C’est dans la boîte !

Doc Shadow x RobOne x Remoub x Raspa x Shimyo x Wiguili Jo Le Sens Du Carnage (OVR) : https://www.youtube.com/watch?v=YY3GDqYrgNY

Et, évidemment, sans oublier l’ambiance d’ivrognerie, sur laquelle Rob’One insiste, qui fait varier les degrés du délire. Il décrit volontiers, avec un sourire aux lèvres, le collectif comme un groupe de gosses mécontents, lesquels actualisent un des fameux diptyques de la création banlieusarde : la substance et le seum. Il vous donne rendez-vous sur la chaîne d’Hiercux Poivrax pour découvrir la tambouille.
En attendant, on se revoit un de ces jours…

Alexandre Boutard

Le rêve, une seconde vie

« Le rêve est une seconde vie ». Ce sont les premiers mots d’Aurélia, l’œuvre de Gérard de Nerval, sorte de journal intime où l’auteur met en récit sa vie, ses rêves, où le lecteur même se laisse doucement bercer, se perd. Ce que les médecins appellent maladie ou folie, il l’appelle élégamment « épanchement du songe dans la vie réelle ».

Portrait NervalAurélia, c’est le lieu où rêve et réalité se mêlent pour ne former qu’un tout, une symbiose, une unité. Nerval retrace ses songes et se met à nu, plongeant dans les tréfonds de son être afin d’en saisir l’essence, si bien qu’Aurélia sonne comme un traité scientifique, « Aurélia ou Le rêve et la vie ». Nerval, à l’instar d’un médecin, se propose d’analyser l’existence dans ce qu’elle a de plus mystérieux, de plus fascinant, de plus inaccessible. Dans la veine de Swedenborg dans Memorabilia ou de Dante dans La Divine Comédie, il donne à voir l’invisible et se donne pour mission d’aller puiser dans les racines de l’homme pour tenter d’explorer l’âme humaine dans toute sa complexité. S’engage alors une longue quête initiatique.

Nerval n’envisage pas le rêve comme une forme distincte de sa vie puisque les songes ont imprégné les moindres parcelles de son existence durant presque un an. Aurélia, cette figure féminine aimée et tristement perdue, devient le prétexte de ses rêves et de la reconsidération des conditions de son existence. « Chaque homme a un double », et le rêve est l’expression de cet autre qui s’exprime. Nerval envisage ses rêves comme une chance de saisir son autre lui-même, partie intégrante de son être sans lequel il ne peut pleinement se comprendre. Or, peut-il y avoir un moyen plus efficace pour analyser l’âme humaine que de la saisir lorsqu’elle se libère de tout contrôle ? Chez Nerval, ce n’est pas tant les pensées qui confirment les songes que les rêves qui confirment la réalité, qui l’expliquent. Ils nous font parvenir à un état d’hyper-conscience qui permet de comprendre en profondeur les affres du réel. Nerval soulève également une autre problématique à travers la compréhension de soi par la retranscription de ses rêves ; Comment écrire et transmettre le rêve ? La poésie nervalienne s’inscrit dans le mouvement, dans l’insaisissable, l’ineffable, et elle invite de manière constante à la rêverie. Si Nerval s’engage dans une quête de lui-même, il emporte également le lecteur dans un mouvement d’introspection. Nerval plonge dans les enfers car l’homme ne peut se saisir pleinement sans catabase.

La Folie, Władysław Podkowiński, 1893

La Folie, Władysław Podkowiński, 1893

Bien plus que cela, la catabase qu’il effectue permet d’accéder aux prémices du monde, d’accéder à son origine. Le rêve nervalien creuse, explore le réel afin d’accéder aux mystères et aux secrets de l’univers dans ce qu’il appelle ses « heures suprêmes ». Le rêve permet à l’auteur d’accéder au centre de la terre, et de saisir l’essence même de la Création humaine et artistique, « où l’histoire humaine était écrite en traits de sang ». « C’était l’histoire de tous les crimes, et il suffisait de fixer les yeux sur tel ou tel point pour voir s’y dessiner une représentation tragique ». Nerval confie qu’il n’a aucun espoir en l’avenir, cette « génération descendante ». C’est finalement lorsque l’auteur croise le chemin de Saturnin, un malade aveugle, sourd et muet, qu’il retrouve la raison. L’auteur est confronté à lui-même, à l’aveuglement et mutisme à l’égard du présent. Cette contemplation lui permet de sortir progressivement de son état de transe. Après avoir réalisé une profonde introspection il s’observe enfin dans l’autre, à l’instar d’un miroir qu’on brandit fébrilement devant soi. « Une étoile a brillé tout à coup et m’a révélé le secret du monde et des mondes ».

Nerval encourage le lecteur à le suivre dans sa quête initiatique, et lui permet d’accéder à un monde nouveau, d’accéder à l’origine. L’auteur devient cette image de Saturnin, que l’on observe, avec qui on ne peut communiquer, échanger, mais qui transmet une sorte de vérité sur nous-même, sur le monde. « Le songe n’est pas le seul à s’épancher dans la vie réelle, la lecture aussi » écrit Gérard Macé dans la préface. Aurélia est la preuve que la littérature a elle aussi quelque chose à dire dans l’analyse de l’homme, que celui-ci est un être profondément complexe qui s’explique tant par son passé que par l’histoire universelle. Comme le souligne Nerval, « le rôle d’un écrivain est d’analyser sincèrement ce qu’il éprouve dans les graves circonstances de la vie », la littérature transmet des vérités sur l’âme humaine, ce que la science ne peut saisir. La littérature, c’est se contempler et contempler le monde en l’autre.

Pauline Fricot

Poème gagnant de la 3e Veillée poétique (février 2016)

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La troisième Veillée poétique du Litterarium nous a offert de nombreuses surprises. Déjà, grâce à un public toujours plus nombreux et multiculturel, mais également avec des prestations et des poèmes tous plus intéressants et joviaux les uns que les autres, et qui parfois nous ont amené à réfléchir sur nous-même, sur notre société… Quel plaisir ça a été pour l’équipe des Veillées ! La sélection du meilleur poème n’a pas été tâche facile car vous vous êtes surpassés, vous nous avez épatés. Il a tout de même fallut remplir notre rôle, c’est pour ça qu’on nous paye ! (Ah non, ce n’est que par passion que nous faisons cela, à la bonne heure !) Donc, ce 18 février 2016, notre choix s’est tournée vers Jérémie Monribot avec son dialogue sorti tout droit de notre potager : Prendre racine.

À la lecture de ce poème, une multitude de pensées nous est venues. Il faut dire qu’il est haut en couleur ce dialogue. D’abord de nombreux personnages, puis, lorsque nous nous familiarisons avec ce texte, plus que deux personnages. Deux amis, deux amies, deux amours ? Jérémie nous offre un nouveau monde, une sorte de parodie de notre jeunesse. Deux jeunes à l’arrêt de bus (« à l’arrêt d’buis ») qui se rejoignent pour aller à une soirée. Bien que les phrases peuvent être difficiles à comprendre avec tout ce lexique se rapportant aux fruits, aux légumes, à la nature, il y a de biens habiles jeux de mots qui, lorsqu’on les lit à voix haute, nous font fourcher (« J’ai grave la datte pas toi ? »). Avec l’équipe nous nous sommes imaginés dans une sorte de potager à taille humaine avec des personnages à la Guiseppe Arcimboldo ; mais oui, vous savez ! Ce fameux artiste que l’on a pastiché enfant, avec ses portraits à tête de légumes ! Voilà, c’est le monde dans lequel Jérémie nous a envoyé.

Giuseppe_Arcimboldo_-_Rudolf_II_of_Habsburg_as_VertumnusAu delà de la sphère comique, nous y avons vu des sujets plus sérieux. Le plus flagrant était le rapport à la flore, comme une ode à la nature. Ce poème nous projette dans une atmosphère végétale, c’est certain, mais nous offre également une bouffée d’oxygène qu’on a tendance à oublier, à ne pas saisir quand on en a l’occasion. Tout cela avec une légèreté qui nous porte mais ne nous dépayse pas pour autant car nous gardons nos djeuns (c’est vrai qu’il n’y a pas plus vieux que de dire ce mot), nos soirées organisées, nos querelles contre celui ou celle qui est toujours en retard dans le groupe… Un monde finalement, identique au notre.

Le titre est la partie la plus énigmatique de ce poème. « Prendre racine », est-ce qu’il est question ici des racines en tant que rapport à l’identité nationale ? Depuis des décennies déjà ce thème est en vogue, bizarrement c’est ce qui reste à l’honneur, alors que les vêtements et les smartphones ne cessent de muter. Ou est-ce plutôt cette jeune génération qui a l’impression de prendre racine, de ne pas pouvoir dépasser ce nouveau plafond de verre – plus rapporté aux femmes – mais à des personnes à qui l’on demande toujours plus : l’expérience, les diplômes, la sympathie, si possible sans besoin de congé maternité/paternité, et ne réclamant qu’un salaire pauvre. Une génération bloquée donc, qui ne peut plus évoluer, qui ne fait que régresser. Et pourtant. Toute la douceur de ce poème montre qu’à l’heure où l’avenir ferme ses portes, nous ne nous rabaissons pas, nous continuons à vivre et à apprécier ce que la nature nous apporte. Un grand merci à Jérémie Monribot pour cet instant, pour cette ode à la nature, pour cette ode à l’espoir d’une jeunesse loin d’être perdue.

N’oublions pas la charmante Léa Berry pour avoir accompagné notre poète lors de ce dialogue et ainsi nous a offert une prestation complète : attendrissante, comique, touchante, et pleine de saveur.

Bisous à tous, mes « p’tits phalloïdes ».

Perrine Blasselle

Prendre racine de Jérémie Monribot

« Soleil ! Comment ça pousse ?

— Bien biné. Et toi ?

— Moi ortie. Tu verveines toujours ce soir ?

— Oui, j’te rempote à l’arrêt d’buis.

— J’lierre que t’es en chemin ?

— Non j’arroserai un peu en radis.

— Bon mais ‘pêche-toi, c’est pas cyprès ! »

Un peu plus tilleul :

« Bon qu’est-ce que tu feuilles ? Y a 15 minutes que j’t’acacia.

— Je sève, sauge en route !

— Et tu hêtres où exactement ?

— Pot loin, mais j’me dé-chêne !

— Y en navet sérieux, t’es bocage à l’orée !

— Pomme, liège, cèpe ! c’est la dernière figue que je t’if le coup.

— Des mottes mon gars, c’est des mottes en l’air encore.

— Allée if moi conifère un peu !

— J’violette bien maïs toujours panais avec toi.

— Arbre ! J’te vigne, à toute !

— Haie, j’t’ai vigne aussi. »

Un instant plus tilleul à l’arrêt de buis :

« Soleil ! Allée, ça vase, if pas cette laitue. Tu vas pas bouturer pour si peu ?

— Pff, ça vase, ça vase, c’est toi qui le dahlia. Si j’avais pas canifé ton nom sur mon écorce je sèverai pas ici à prendre racine. En plus y cassis à goutter.

— T’orage pas, j’ai pensée au saule, verveine dessous.

— Mouais, mélisse. J’ai grave la datte pas toi ?

— Si j’ai la datte, on y goji ? »

Ils alizées ensuite à la rose trémière :

« Bon sorgho, magnolia et mélèze, une serre pour deux ?

— Oui, si fougère.

— Par citron je vous prie. Je vous lys vous planter. Voilà la planche.

— Mélisse beaucoup !

— Je vous amarante quelque chose à pistil ? Raisin, houblon, coco ?

— Non, juste un arrosoir si fougère.

— Woaw ! Le menu à 15 chloro m’file l’eau à la souche ! Y a une salade de fumier chaud, et des boules de gui au froment. Et toi t’as moisi quelque roche ?

— Moi j’escargote encore sur le désert. Entre la mousse au chanvre et le sorbier glacé.

— Panais pour moi.

— On n’aura qu’à potager.

— Oui belle pensée ! Tu sèves que j’t’amanite ma panthère.

— J’t’amanite ortie mon césar.

— J’t’amanite plus que tout ma grisette.

— J’t’amanite à la mort mon p’tit phalloïde. »

Des armes contre la censure : Library Wars

Dans les Satires, Juvénal nous dit : « La censure épargne les corbeaux et s’acharne sur les colombes. » En effet, la censure est une limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun.

librar11Alors imaginez : nous sommes en 2019 dans un Japon en plein conflit. Le gouvernement exerce une censure abusive sur les médias mais les bibliothèques résistent et constituent le seul rempart de la liberté d’expression. Un combat s’engage donc entre les bibliothèques, aidées de leurs propre armée, et un gouvernement qui n’hésite pas à tuer pour faire régner sa loi. Dans le manga japonais Library Wars de Kiiro Yumi, cette situation est devenue une réalité pour tous les habitants du Japon. Le gouvernement à crée la Loi d’amélioration des médias et imposé un Comité d’amélioration desdits médias chargés de sélectionner et de confisquer toutes les publications considérées comme dangereuses et ayant une influence négative sur la population. Une censure légalisée en somme. Mais le gouvernement se heurte aux directeurs des bibliothèques qui s’allient et parviennent à faire voter la Loi de sauvegarde des bibliothèques permettant de créer le Corps des bibliothèques, une organisation paramilitaire qui dispose d’une légitimé officielle contre le Comité d’amélioration des médias. La guerre des bibliothèques commence.

Dans ce manga, l’auteur dénonce les atteintes à la liberté d’expression mais aussi à la liberté d’opinion. Il nous amène à nous interroger sur la façon et les moyens à utiliser pour défendre ces libertés. Bien que les personnages de l’histoire soient organisés en faction paramilitaire et prennent les armes, ils évitent au maximum de s’en servir, privilégiant les approches juridiques et politiques. Si la liberté d’expression vaut qu’on se batte pour elle, l’utilisation des armes ne doit se faire qu’en ultime recours. Mais, en dépit du sérieux du sujet traité, l’auteur utilise un ton humoristique, voire satirique, car au-delà de la situation dans laquelle se trouvent les bibliothèques, ce manga nous raconte surtout la vie d’Iku Kasahara une jeune femme une peu naïve et impulsive qui va souvent subir les remontrances de son supérieur et instructeur, le lieutenant Dojo.

2015-JFF-Film-Library-Wars-The-Last-Mission-1-900x500Depuis qu’elle est au lycée, Iku souhaite rejoindre le corps des bibliothèques afin de suivre les traces d’un homme mystérieux qui lui a permis de sortir indemne d’une confrontation avec des agents d’amélioration des médias. C’est en le cachant à ses parents qu’elle parvient enfin à ses fins et devient par la suite, grâce à ses incroyable capacités physiques, la première à entrer dans le GIB (la brigade d’élite du corps des bibliothèques). Au sein de cette organisation, cette jeune femme va apprendre à se dépasser aussi bien physiquement que moralement car ses sentiments et sa force mentale seront mis à rude épreuve lors de sa formation. Les épreuves seront nombreuses mais elle saura les affronter grâce à une équipe d’amis haut en couleurs composé bien entendu du lieutenant Dojo, un sadique au cœur tendre, du lieutenant Komaki, meilleur ami de Dojo et son exact opposé, l’agent Tezuka, un des meilleurs élément de l’équipe, Shibasaki, sa meilleure amie, et du commandant du Corps des bibliothèque, Genda.

Le manga a eu un telle succès au Japon qu’une adaptation en film est sortie le 27 avril 2013, une suite est sortie deux ans plus tard le 5 novembre 2015. Il a même obtenu le prix Seiun du meilleur roman japonais de science-fiction en 2008.

Pour conclure, il serait intéressant de préciser que ce manga est un très bon mélange de shojo (manga pour fille) et de shonen (manga pour garçon) qui ne décevra personne tant au niveau de l’histoire que de l’action et pour celles et ceux qui auraient du mal à lire à la façon japonaise (de droite à gauche), une adaptation en animé est disponible en plus du film.

Léonore Boissy