Poème gagnant de la 3e Veillée poétique (février 2016)

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La troisième Veillée poétique du Litterarium nous a offert de nombreuses surprises. Déjà, grâce à un public toujours plus nombreux et multiculturel, mais également avec des prestations et des poèmes tous plus intéressants et joviaux les uns que les autres, et qui parfois nous ont amené à réfléchir sur nous-même, sur notre société… Quel plaisir ça a été pour l’équipe des Veillées ! La sélection du meilleur poème n’a pas été tâche facile car vous vous êtes surpassés, vous nous avez épatés. Il a tout de même fallut remplir notre rôle, c’est pour ça qu’on nous paye ! (Ah non, ce n’est que par passion que nous faisons cela, à la bonne heure !) Donc, ce 18 février 2016, notre choix s’est tournée vers Jérémie Monribot avec son dialogue sorti tout droit de notre potager : Prendre racine.

À la lecture de ce poème, une multitude de pensées nous est venues. Il faut dire qu’il est haut en couleur ce dialogue. D’abord de nombreux personnages, puis, lorsque nous nous familiarisons avec ce texte, plus que deux personnages. Deux amis, deux amies, deux amours ? Jérémie nous offre un nouveau monde, une sorte de parodie de notre jeunesse. Deux jeunes à l’arrêt de bus (« à l’arrêt d’buis ») qui se rejoignent pour aller à une soirée. Bien que les phrases peuvent être difficiles à comprendre avec tout ce lexique se rapportant aux fruits, aux légumes, à la nature, il y a de biens habiles jeux de mots qui, lorsqu’on les lit à voix haute, nous font fourcher (« J’ai grave la datte pas toi ? »). Avec l’équipe nous nous sommes imaginés dans une sorte de potager à taille humaine avec des personnages à la Guiseppe Arcimboldo ; mais oui, vous savez ! Ce fameux artiste que l’on a pastiché enfant, avec ses portraits à tête de légumes ! Voilà, c’est le monde dans lequel Jérémie nous a envoyé.

Giuseppe_Arcimboldo_-_Rudolf_II_of_Habsburg_as_VertumnusAu delà de la sphère comique, nous y avons vu des sujets plus sérieux. Le plus flagrant était le rapport à la flore, comme une ode à la nature. Ce poème nous projette dans une atmosphère végétale, c’est certain, mais nous offre également une bouffée d’oxygène qu’on a tendance à oublier, à ne pas saisir quand on en a l’occasion. Tout cela avec une légèreté qui nous porte mais ne nous dépayse pas pour autant car nous gardons nos djeuns (c’est vrai qu’il n’y a pas plus vieux que de dire ce mot), nos soirées organisées, nos querelles contre celui ou celle qui est toujours en retard dans le groupe… Un monde finalement, identique au notre.

Le titre est la partie la plus énigmatique de ce poème. « Prendre racine », est-ce qu’il est question ici des racines en tant que rapport à l’identité nationale ? Depuis des décennies déjà ce thème est en vogue, bizarrement c’est ce qui reste à l’honneur, alors que les vêtements et les smartphones ne cessent de muter. Ou est-ce plutôt cette jeune génération qui a l’impression de prendre racine, de ne pas pouvoir dépasser ce nouveau plafond de verre – plus rapporté aux femmes – mais à des personnes à qui l’on demande toujours plus : l’expérience, les diplômes, la sympathie, si possible sans besoin de congé maternité/paternité, et ne réclamant qu’un salaire pauvre. Une génération bloquée donc, qui ne peut plus évoluer, qui ne fait que régresser. Et pourtant. Toute la douceur de ce poème montre qu’à l’heure où l’avenir ferme ses portes, nous ne nous rabaissons pas, nous continuons à vivre et à apprécier ce que la nature nous apporte. Un grand merci à Jérémie Monribot pour cet instant, pour cette ode à la nature, pour cette ode à l’espoir d’une jeunesse loin d’être perdue.

N’oublions pas la charmante Léa Berry pour avoir accompagné notre poète lors de ce dialogue et ainsi nous a offert une prestation complète : attendrissante, comique, touchante, et pleine de saveur.

Bisous à tous, mes « p’tits phalloïdes ».

Perrine Blasselle

Prendre racine de Jérémie Monribot

« Soleil ! Comment ça pousse ?

— Bien biné. Et toi ?

— Moi ortie. Tu verveines toujours ce soir ?

— Oui, j’te rempote à l’arrêt d’buis.

— J’lierre que t’es en chemin ?

— Non j’arroserai un peu en radis.

— Bon mais ‘pêche-toi, c’est pas cyprès ! »

Un peu plus tilleul :

« Bon qu’est-ce que tu feuilles ? Y a 15 minutes que j’t’acacia.

— Je sève, sauge en route !

— Et tu hêtres où exactement ?

— Pot loin, mais j’me dé-chêne !

— Y en navet sérieux, t’es bocage à l’orée !

— Pomme, liège, cèpe ! c’est la dernière figue que je t’if le coup.

— Des mottes mon gars, c’est des mottes en l’air encore.

— Allée if moi conifère un peu !

— J’violette bien maïs toujours panais avec toi.

— Arbre ! J’te vigne, à toute !

— Haie, j’t’ai vigne aussi. »

Un instant plus tilleul à l’arrêt de buis :

« Soleil ! Allée, ça vase, if pas cette laitue. Tu vas pas bouturer pour si peu ?

— Pff, ça vase, ça vase, c’est toi qui le dahlia. Si j’avais pas canifé ton nom sur mon écorce je sèverai pas ici à prendre racine. En plus y cassis à goutter.

— T’orage pas, j’ai pensée au saule, verveine dessous.

— Mouais, mélisse. J’ai grave la datte pas toi ?

— Si j’ai la datte, on y goji ? »

Ils alizées ensuite à la rose trémière :

« Bon sorgho, magnolia et mélèze, une serre pour deux ?

— Oui, si fougère.

— Par citron je vous prie. Je vous lys vous planter. Voilà la planche.

— Mélisse beaucoup !

— Je vous amarante quelque chose à pistil ? Raisin, houblon, coco ?

— Non, juste un arrosoir si fougère.

— Woaw ! Le menu à 15 chloro m’file l’eau à la souche ! Y a une salade de fumier chaud, et des boules de gui au froment. Et toi t’as moisi quelque roche ?

— Moi j’escargote encore sur le désert. Entre la mousse au chanvre et le sorbier glacé.

— Panais pour moi.

— On n’aura qu’à potager.

— Oui belle pensée ! Tu sèves que j’t’amanite ma panthère.

— J’t’amanite ortie mon césar.

— J’t’amanite plus que tout ma grisette.

— J’t’amanite à la mort mon p’tit phalloïde. »

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2 réflexions sur “Poème gagnant de la 3e Veillée poétique (février 2016)

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