Rob’One : « L’écriture a besoin de la force de l’instru »

Métro parisien

Nouveau titre des Boutardises, inspiré cette fois-ci des turpitudes du détestable rap lyrique. Aucun nom ne sera cité, aucun goût n’aura l’occasion d’être jugé ! Je suis remonté jusqu’à des sources de talent en quatre-vingt quatorzième département, pour dégoter le phénomène qui animera cette chronique : Rob’One, rappeur à la barbe et aux veuches soignés, au stylo plus proche de l’or des mines que de la poudre de mort des fusils des siècles passés (métaphore obscure, certes, mais il me fallait bien imiter le style journalistique et ses entrées-en-matière fulgurantes, j’engage mes confrères à m’excuser).

Rob’One – Freestyle Hantologique : https://www.youtube.com/watch?v=5c762cydw44  

Le Litterarium : Première question, histoire d’ouvrir et te présenter aux Lyonnais, qui es-tu, et qu’est-ce que tu viens faire dans ce game ?

Rob’One : je m’appelle Rob’One, 21 ans, quatre ans de rap, habitant de Chennevières en banlieue parisienne, bac +2 ! Et ce que je viens foutre ici… À la base, je dirais que j’ai énormément écouté du rap et que j’ai toujours aimé écrire en général, et comme l’équipe s’y était mis, et bien j’ai suivi le groupe et je me suis pris au jeu quoi !

Petit Chémar United FREESTYLE : https://www.youtube.com/watch?v=NlDplRASk5I

C’était un petit freestyle grinçant avec l’équipe ! De ton côté, on peut voir que tu balances une sacrée charge de rimes phoniques ; comment tu vois ton écriture, et d’une manière plus générale, l’écriture ?

Comment je vois mon écriture ? Je pense qu’elle paraît travaillée parce qu’évidemment comme elle est constituée majoritairement de multi-syllabes, ça force l’esprit à se concentrer sur une chaîne de sonorités (généralement, allant de 3 à 6 syllabes). Je crois qu’on peut dire d’elle que le travail va beaucoup dans le sens de la forme. Après, il est vrai que quand sur une mesure t’es contraint par les BPM (pour faire simple la vitesse des caisses claires, qui donne la vitesse des lyrics, en quelque sorte) à avoir un maximum de 12-16 syllabes « plaçables » possibles, le sens du texte en pâtit souvent.

11205995_10207169475497657_1486367120397656669_nTout est une question d’objectif, je crois que miser sur des multi-syllabes, c’est énormément jouer sur la redondance des sonorités, ce qui peut être fort appréciable quand c’est bien manié, et ce qui donne une rythmique particulière. Par exemple, je trouve qu’un nombre de syllabes pair donne une fin de phase plus abrupte et plus brutale, au contraire, un nombre de syllabes impair donne plus de rythmique et de « longueur » en fin de phrase, ça peut paraître plus « technique ».

De toute façon, quand on étudie un son, un texte, finalement ce qui est important, c’est la cohérence ; on doit pouvoir commencer par faire rimer douze syllabes ensembles sans donner de « fond » à son texte, et finir par des rimes pauvres tout en gardant une cohérence ; mais personnellement, je vois pas trop comment. Après quand j’observe l’écriture de beaucoup de potes à moi du OVR Crew — je pourrais citer Doc Shadow (qui a sorti un EP Docteur Malade en début d’année 2016, très qualitatif) et Raspa — qui, eux, n’écrivent pas du tout ou extrêmement peu à ma manière, mais qui sont cohérents dans leurs textes et qui jouent beaucoup plus avec un flow raggae/ragga/rap (et certains sons clairement bluffants, de mon point de vue), ou encore Hiercé, avec son rap glauque morbide, son génie c’est que sa structure déstructurée t’amène dans une genre de réalité pesante. Et bien l’écriture, si elle est cohérente rythmiquement et cohérente au niveau de la rime, ça ne peut qu’amener quelque chose — si t’es un peu doué quoi !

Je pense, pour finir, que l’écriture c’est trop vaste pour en parler dans une interview ; j’essaye de faire le tour rapidement sur les points qui me semblent principaux et, en tout cas dans mes dernières expériences textuelles, il y a besoin de la force de l’instru, énormément, parce que ça donne une puissance, une texture et un volume au texte malgré certains passages que certains trouveront bancals (qui en vérité ne le sont pas, mais n’ont pas le « fond visé par le ressenti général du texte »). En fait, dans des solos pas encore sortis à ce jour, que je garde plutôt pour construire quelque chose, mais qui ont commencés par la mouvance « Métro Parisien » (le dernier son que j’ai posté sur la page), et bien je fais moins attention à la rime (même si elle est très présente) et je laisse plus l’instru me guider et guider mon ressenti. Au final ça peut donner l’impression d’une dispersion et d’une sortie du contexte, mais l’instru étant triste, le ressenti en écoutant la globalité du son l’est nécessairement tout autant, et ça touche ; c’est sur ça que j’essaye de développer mon écriture, tout en essayant de respecter le plus le contexte d’écriture dans lequel m’a amené le piano, la guitare…

C’est toujours la mélodie l’inspiration ou tu as d’autres sources ?

En premier plan, je dirais que c’est toujours la mélodie qui me guide sur un sujet, et bien généralement, j’écris, ça rime ; ou alors j’ai une idée de rime, et je construis autour avec ce que je connais, ce qui sonne au mieux ; la plupart du temps en tout cas.

Rob’One – Métro Parisien – La Cousinade OVR Crew : https://www.youtube.com/watch?v=_Ufpe_Xkt9k

Beaucoup d’instinct donc. C’est assez intéressant cette prédominance de la forme sur le fond chez toi, sans qu’on l’exclue pour autant. Aujourd’hui on est, en tout cas dans les productions qui ressortent du rap underground, plus dans une version d’un rap assez « conscient ». Tu t’inscris plutôt dans le contre-mouvement. Tu jettes quel regard sur la scène, en général ?

La scène du moment, si t’entend par là les rappeurs actuels que j’écoute, je trouve que ça se diversifie vachement et, par mon expérience de l’écriture et ma scansion des textes (« l’émotion c’est la conscience donc pour de bon c’est la forme », texte non-titré), je m’intéresse à tout et peu de choses me déplaisent ; de toute façon à l’heure actuelle, le rap c’est de l’imaginaire, la réflexion que tu veux bien porter sur un texte te mène à apprécier la plus grosse des merdes existante, ou à détester le meilleur des textes conscients parce que tu le trouves trop fade. Alors, évidemment, il y a des choses que je préfère, mais il n’y a pas grand-chose que je déteste vraiment, ça sonne assez vague mais en fait, sur chaque bon texte, ben j’apprends, et j’y trouve mon compte. Par exemple, sur des sons moins « oldschool/conscient » que les enculés de puristes vont critiquer en masse sur Facebook (Booba, c’est l’exemple parfait avec ses derniers sons), je peux trouver mon compte intellectuellement. À partir du moment où une phrase me fait réfléchir. Par exemple « vivement l’été pourvu qu’il neige » : j’en ai discuté avec un ami à moi, pour lui c’est trop vaste et donc ça revient à rien dire, pour moi c’est intéressant, je peux arriver à en conclure des choses.

OVR Crew

OVR Crew

Il faut aussi rappeler que tu n’es pas complètement isolé : tu fais à la fois partie du collectif OVR et de La Cousinade. Tu nous en parles vite fait ?

Pour ce qui est du collectif, le OVR Crew, nous on aime plus le qualifier de « possee » ou collectif, parce qu’effectivement c’est composé d’énormément de gens, je crois qu’on doit être presque une quinzaine, y en a que je ne connais même pas, et de plusieurs groupes, comme La Cousinade, composée de Wiguili Jo et moi (celui avec qui j’ai commencé à rapper), la GRB Sekt, composée de tous les mecs de Marolles (94), Shimyo, Sidi M (Meskin auparavant), Remoub, et Lakayass, si je ne me trompe pas. Tout ça c’est un état d’esprit, on kiffe tous se donner et faire du son, généralement ça se passe chez Shimyo (dans sa chambre), qui a du matos pour enregistrer, pour mixer, pour créer des instrumentales, il a un bon gros passé artistique, ça nous guide vachement ainsi que toutes les influences de rap qu’on a chacun. Étant donné le nombre, c’est dur d’avoir des projets tous ensemble, mais personnellement je suis en train d’élaborer un truc, sans date précise, j’essaie de faire de mon mieux sur chaque son pour pas être déçu. Doc Shadow est sur un nouvel EP qui va s’intituler Bonne nuit les pantins, et Raspa compte sortir, je crois, son troisième projet qui va s’appeler Raspa fait son cinéma, qui n’aura pas forcément beaucoup de titres, mais qui annonce un album conséquent, enregistré totalement en studio et qui s’appellera Écoute ça ma gueule.

C’est dans la boîte !

Doc Shadow x RobOne x Remoub x Raspa x Shimyo x Wiguili Jo Le Sens Du Carnage (OVR) : https://www.youtube.com/watch?v=YY3GDqYrgNY

Et, évidemment, sans oublier l’ambiance d’ivrognerie, sur laquelle Rob’One insiste, qui fait varier les degrés du délire. Il décrit volontiers, avec un sourire aux lèvres, le collectif comme un groupe de gosses mécontents, lesquels actualisent un des fameux diptyques de la création banlieusarde : la substance et le seum. Il vous donne rendez-vous sur la chaîne d’Hiercux Poivrax pour découvrir la tambouille.
En attendant, on se revoit un de ces jours…

Alexandre Boutard

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