Les leçons de l’Alchimiste

L’œuvre de Paulo Coelho ne laisse pas indifférent. Soit nous restons de marbre face à ce récit à l’écriture parfois qualifiée de simpliste ; ou bien on est sensible à ce message, et ses livres, comme L’Alchimiste, peuvent transformer notre façon de voir notre propre existence. Le but de cet article est de réfléchir sur quelques enseignements principaux à tirer de la philosophie de Paulo Coelho ou, du moins, d’en proposer une interprétation, car chacun peut lire différemment ce livre truffé de métaphores aux nombreux niveaux de lecture. En effet, outre un récit de voyage dépaysant, il s’agit d’une réelle quête initiatique que mène le personnage de Santiago qui, par la force des choses se retrouve sur le chemin de sa Légende Personnelle.

imagesL’Alchimiste, c’est l’histoire de Santiago, qui a choisi d’être berger plutôt que prêtre, parce qu’il voulait voyager. Il mène ainsi une vie paisible en compagnie de ses moutons, vivant au rythme de ceux-ci. Mais deux nuits de suite, il fait le même rêve, celui qu’un trésor l’attend près des pyramides d’Égypte. Il décide d’aller consulter une voyante qui l’incite à poursuive ce rêve, aussi hypothétique qu’il puisse paraître, et de se rendre en Égypte. Commence alors un long voyage parsemé de rencontres, celle du roi Melchisedec notamment, dont les sages paroles le suivront tout au long de son aventure ; ou celle du marchand de cristaux, faisant ce métier car il « était trop tard » pour en changer, lui qui n’avait jamais rien connu d’autre et était animé par le rêve de se rendre un jour à la Mecque. Un rêve qui lui permettait de supporter son existence, donc un rêve irréalisable. Après avoir travaillé presque un an dans son magasin, parvenant à le faire largement fructifier, Santiago entreprend la traversée du désert à l’aide d’un chamelier, ancien fermier à la vie paisible et dont le destin a basculé lorsqu’une crue du Nil a dévasté son exploitation, l’obligeant à se remettre en question. Il fait également la connaissance d’un Anglais à la recherche d’un alchimiste, passant sa vie à apprendre cette discipline dans les livres sans jamais en saisir le vrai sens faute d’expérimentations. Il rencontre enfin l’amour, incarné par Fatima, puis le fameux alchimiste qui l’amène jusqu’au bord du terme de sa quête.

Tout au long de ce voyage, dans un récit simple et efficace mais surtout rempli de sagesse, le personnage évoluera, nous livrant de précieux enseignements de vie. Voici donc quelques-unes des leçons de vie spirituelles dont la profondeur se creuse à mesure que le récit avance, nous donnant peut-être les clés du bonheur.

Le choix nous appartient

« Il devait se décider, choisir entre quelque chose à quoi il s’était habitué et quelque chose qu’il aimerait bien avoir. »
Dans notre vie, nous sommes parfois confrontés à des crises ou à des prises de conscience. Se pose alors cette effrayante question : faut-il rester dans le confort d’une vie connue, sécurisante, en répétant inlassablement le passé aussi insatisfaisant soit-il, ou bien prendre le risque de tout perde jusqu’au dernier moyen, de se confronter à l’inconnu, afin d’écouter cette petite voix intérieur qui crie que nous passons peut-être à côté de l’essentiel ?

C’est cette deuxième alternative que le berger choisira de suivre, contrairement au marchand de cristaux qui, prétendant se satisfaire de ce qu’il a, se plaint souvent et a des rêves de voyages. En réalité, il a très peur de découvrir qu’il pourrait avoir une vie bien plus riche, car cela lui créerait un conflit intérieur, l’obligeant à remettre en question sa « paresse ». Mais le berger parvient malgré tout à le faire changer un peu car « certaines fois, il est impossible de contenir le fleuve de la vie » : personne, et cela sera souvent répété dans le récit, ne peut faire taire longtemps la voix de son cœur.

Il n’y a aucun malheur, que des expériences qui nous permettent d’avancer dans la connaissance de soi

sans-titre (1)« Il eut soudain le sentiment qu’il pouvait regarder le monde soit comme la malheureuse victime d’un voleur, soit comme un aventurier en quête d’un trésor »
Doit-on nécessairement subir les épreuves, des imprévus qui tombent sur notre route et qui changent le cours de ce que l’on avait prévu à l’origine ? S’il est bien plus facile de s’apitoyer sur son sort, à regretter que les choses n’aillent pas dans notre sens, l’auteur, lui, nous propose de considérer que ces épreuves peuvent aussi être interprétées comme des signes de changement, d’enrichissement, d’évolution. C’est cela même qui donne, au final, un sens à notre existence.

C’est ainsi, grâce aux épreuves parfois fort désagréables, que Santiago va pouvoir évoluer et se rapprocher de sa « Légende Personnelle ». Il n’y aurait donc jamais de malheurs, mais uniquement des occasions de s’enrichir.

C’est lorsqu’on n’a plus rien que tout peut se manifester

Tout au long de son voyage, le personnage principal – mais aussi les autres protagonistes qui ont suivi leur « Légende Personnelle » – a dû renoncer à une grande partie de ses biens. Il abandonne ainsi ses moutons, ses biens les plus précieux, pour pouvoir se donner les moyens de vivre ses rêves. De son côté, le chamelier s’est ouvert à la spiritualité lorsqu’il a tout perdu subitement.

Pourquoi est-ce important ? Parce que les personnages, en renonçant à tout cela, n’ont plus rien à perdre, et peuvent se concentrer sur leur essence. Ils n’ont, dès lors, plus d’autre choix que d’écouter leur instinct.
C’est d’ailleurs dans les moments de découragement – comme lorsque le berger se fait voler tout son argent le premier jour de son voyage alors qu’il est totalement seul, loin de tout – qu’apparaissent des ressources enfouies permettant d’avancer. Ainsi réalise-t-il que ses moutons, ses livres ou encore le roi lui ont tous apporté des enseignements dont il n’avait jusqu’alors pas pris conscience.
C‘est, en fait, la peur de perdre qui empêche les hommes d’accomplir leur destinée. La possession matérielle est un frein à notre quête personnelle.

« Tout est une seule et unique chose »

Cette phrase redondante s’explique au fur et à mesure que le récit avance.
L’auteur veut nous introduire au langage universel. Il s’agit des lois qui muent chacun des éléments et des individus qui composent l’univers, et qui agissent sur eux comme une structure sous-jacente, donnant une âme et un sens à toute chose.
L’Âme du Monde serait donc l’essence du monde, cette chose pure qui nous relie tous, qui tient sur une table d’émeraude, et qui lie les éléments, les animaux, les phénomènes, etc. dans un dessein commun. Le réel but de chacun serait de servir à une œuvre commune, aussi appelée « Grand Œuvre ».

D’après Coelho, ce langage semble être biaisé, détourné par les vices que les humains ont mis devant : les tentations, l’ego, la vanité, le matériel. On pourrait le rapporter à nos existences d’aujourd’hui, en considérant, par exemple, que l’impatience et le désir, nous éloignent du langage universel et nous rendent malheureux. Ainsi, nous nous voilons la face, remplissant notre temps par des addictions, un travail intense ou par un flot de divertissements abrutissants, nous persuadant que cela nous suffit. Mais ces lois sont derrière tout et régissent toute chose. Et tant que l’on ne s’aligne pas sur ces lois – qui nous apparaissent par les signes qui se mettent sur notre chemin – on ne pourra se sentir entier.
Les alchimistes auraient accès à ce langage universel.

Suivre son cœur pour accomplir sa Légende Personnelle

sans-titreCe qui nous connecte à l’Âme du monde est l’amour. Le berger l’apprend aussitôt qu’il rencontre Fatima, la femme de sa vie. L’amour est ce qui nous motive à suivre notre légende personnelle. C’est pour ça que c’est aussi bon que déstabilisant.
Si on le voit souvent comme une menace, comme un élément perturbateur dans notre vie, il faut écouter son cœur car c’est l’élément présent en chacun de nous qui nous relie à l’Âme du monde. Aussi mystérieux soit-il « l’univers n’a besoin d’aucune explication pour continuer sa route dans l’espace infini ». Ainsi, on n’a pas besoin de comprendre la « force mystérieuse » qui vient du cœur, que l’on pourrait plus couramment nommer « intuition ». Elle s’explique en elle-même. Elle est là, c’est tout, derrière toute chose. Elle les muent. C’est l’origine inhérente à toute chose de l’univers. Il ne faudrait plus chercher à façonner sa vie, mais se laisser façonner par elle.

Seul le chemin compte

À la fin du récit, Santiago a évolué. Peu à peu, nous découvrons que le trésor à l’origine de son voyage n’est qu’un prétexte pour suivre le chemin de sa Légende Personnelle. En termes familiers, le trésor représente ce que l’on pourrait appeler le destin, « mekhtoub » en arabe.
Paulo Coelho nous fait comprendre que l’important est le chemin, que le destin est fait pour être changé, et que le futur nous permet uniquement de savoir comment agir dans le présent. Ainsi l’exprime très bien le devin que Santiago rencontre alors qu’il est dans le désert : « si tu améliores le présent, ce qui viendra ensuite sera également meilleur ». Seul le présent existe.

Ainsi, dès lors qu’on accomplit sa légende personnelle, on peut mourir en paix. On n’a plus peur du temps ni de la mort, puisque ce qui compte, le but ultime de l’existence, c’est le chemin que l’on suit au présent.

En conclusion, Paulo Coelho nous livre des leçons fondamentales sur l’existence, qui parleront sans doute à ceux qui se questionnent sur le sens de la vie. Pour Coelho, il faut vivre au service de notre intuition/cœur/Légende Personnelle pour servir à l’âme du monde, seul moyen pour être heureux. Le tout est de bien comprendre les signes qui se présentent sur notre chemin.

Eléonore Di Maria

Publicités

Une réflexion sur “Les leçons de l’Alchimiste

  1. Pingback: Les leçons de l’Alchimiste | Le Litterarium

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s