Rencontre avec la solitude : Dans les forêts de Sibérie

Dans nos vies si communes et pourtant si oppressantes, qui n’a jamais aspiré à d’autres horizons ? Quitter une vie confortable et bien rangée pour s’adonner à l’inconnu, être en harmonie avec la nature. On blâme souvent, à tort ou à raison, les phénomènes de mondialisation, de société de consommation, de confort excessif, mais a-t-on le courage de tout quitter, de concrétiser ses pensées ? On se surprend à rêver d’une autre vie, sans chose matérielle ou superflue, d’un retour aux sources : profiter de l’instant, s’isoler, ne dépendre de personne.

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Sylvain Tesson, un aventurier doublé d’un écrivain qui a foulé une myriade de terres sauvages, nous offre la possibilité de vivre cette expérience sans quitter notre train-train quotidien à travers son livre Dans les forêts de Sibérie. L’auteur a décidé de ne plus se laisser porter par le vent, mais de s’enraciner dans un environnement sauvage, seul, à l’écart du monde civilisé. Ces six mois de vie passés sans aucun contact avec la civilisation ni aucun média ont été retranscrits au jour le jour par l’amoureux de la nature. Ce journal Dans les forêts de Sibérie a été publié en 2011, et un film éponyme inspiré de ce carnet de voyage a été réalisé en 2016.

C’est  un ermitage de 6 mois qui commence en février. Tesson s’isole dans un cabanon : « La Cabane des Cèdres du Nord » dans les forêts de Sibérie, au bord d’un lac gelé, à 120 kilomètres du plus proche village, et à des journées de marche de la première cabane d’un autre partisan de la solitude. Leur volonté est en fait la fuite, explique l’écrivain postérieurement à la publication de son livre.

 « Le fait que plus de 50 % de l’humanité  vive en ville annonce une forme de cauchemar. Et faire aujourd’hui un pas de côté pour aller vivre dans une cabane est une forme de lutte. Quand Napoléon revenait de la campagne de Russie avec son Maréchal de Caulaincourt, il disait dans le traîneau qui le ramenait à Paris, qu’il y avait deux sortes d’hommes : ceux qui obéissent (il évoquait la totalité de l’humanité) et ceux qui commandent (il parlait de lui). Mais à mon avis, il y a une troisième catégorie : ceux qui fuient ! Ceux-là ne veulent pas changer le monde mais ne veulent pas non plus subir ou obéir ou commander ou nuire. Personne ne nous a dit, enfant : « Prenez la clé des champs : partez sur les montagnes, les routes, les mers et dans les bois. Partez, fuyez » ! Mais je trouve cela très beau. La cabane est le royaume absolu de l’échappée, c’est ce que j’essayais de dire dans mon livre et qu’on comprend très vite dans le film : Teddy est une véritable cocotte-minute qui n’en peut plus de cette vie débile. La fuite est un principe qui n’est jamais exprimé par les voyageurs parce que ce n’est pas très noble et que cela implique peut-être une forme d’égoïsme ou de lâcheté. Mais on peut être lâche sans nuire aux autres. Chez les habitants des cabanes ou les gens qui ont vécu en exil, il y a évidemment une forme d’égoïsme mais c’est un égoïsme qui peut ensuite trouver sa vertu dans le fait qu’il essaye de ne pas nuire. »

Ce livre, qu’on pourrait définir comme un livre contemplatif, donne profondément envie de vivre une expérience semblable — l’aventurier passe des heures devant sa fenêtre, armé d’un bon cigare, d’un bol de thé ou d’un verre de vodka — ; il offre des paysages époustouflants et une proximité avec la nature incomparable.

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Ce périple, planifié et très organisé (l’aventurier avait tout le matériel nécessaire, il avait des relations qui l’ont emmené près de la cabane, et il avait acheté préalablement plusieurs mois de provisions), avec une liste des choses qu’il a prévu pour son ermitage, donne l’impression que partir est facile, si on met de côté les quelques dangers et les désagréments qu’une odyssée de ce genre peut impliquer. Le froid, dans ce journal, occupe d’ailleurs une place centrale, mais là où on pourrait penser que c’est un fardeau, Tesson le présente comme une denrée précieuse, en voie d’extinction sur une planète surchauffée et surpeuplée. La pureté du froid s’exprime en ce qu’une tempête de neige ensevelit tout, et efface tous les dommages causés par l’homme. Mais malgré son affection pour le temps glacial, sa cabane, son poêle lui forment un cocon, un refuge dans un environnement où les températures avoisinent les -35°, et où la chaleur est luxe suprême. Dans ce sens, l’auteur se dépense considérablement à couper du bois, s’il ne s’occupe pas à pêcher ou à lire.

Dans un extrait, Tesson raconte que, dans sa cabane dans cette forêt enneigée, il ne regrette ni ses biens, ni les siens. Ces propos témoignent de l’impact que cette expérience laisse au plus profond de son être. Du point de vue du lecteur, cette œuvre comparable à Into the Wild de John Krakauer, permet d’appréhender le monde dans lequel on vit, et de penser notre existence différemment.

Noémie Bounsavath

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2 réflexions sur “Rencontre avec la solitude : Dans les forêts de Sibérie

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