Les mangas de notre enfance

Dragon-Ball-Super-Anime

« Vieillir c’est se rappeler son enfance »
Thomas Bernhard

Plus on vieillit plus on cherche à se rappeler son enfance. Parlons aujourd’hui d’une chose dont la plupart d’entre-nous se rappellent : Les mangas.

On a tous un manga ou un animé qui a particulièrement marqué notre enfance, la plupart du temps parce qu’il passait à la télé. Il y en avait pour tous les âges, certain pour les petites filles d’autres pour les jeunes garçons, et les sujets traités étaient assez variés.

Les mangas sur le sport

Olive-et-TomLe sport est l’un des nombreux sujets abordés dans les mangas, et on ne peut pas parler de sport sans revenir sur l’un des animés les plus emblématiques : Olive et Tom.

On ne compte plus les heures passées devant la télé à regarder le jeune Oliver Atton s’entraîner et jouer au foot avec ses amis pour espérer plus tard devenir un grand joueur connu. Avec son équipe la Newteam, en compagnie de Thomas Price, les matchs et les victoires ont été aussi nombreux que palpitants. Durant les 128 épisodes que compte l’animé, on a pris plaisir à suivre leurs aventures même si on aurait parfois aimé que cela dur plus longtemps. Aujourd’hui, peu sont ceux qui se rappelle de chaque épisode mais s’il y a bien une chose que l’on a tous retenu c’est le générique. On l’a tous chanté dans sa tête sans pouvoir sans débarrasser !

Moins de sport, place à la fantaisie

Sailor moonPour celles et ceux qui n’étaient pas intéressés par le sport et par tous ces garçons en short qui s’épuisaient à courir après un ballon, il existait des dessins animés tels que Sailor Moon, manga du genre magical girl qui a fait rêver plus d’une petite fille. Cette série débuté en 1992, est encore très connue et appréciée de tous grâce notamment à son personnage principal, la jeune Usagi Tsukino. Adolescente maladroite et pleurnicharde dans les premières saisons, elle se révèle une guerrière aux pouvoirs magiques combattant le mal au nom de l’amour et la justice, et est rejointe par de nombreuses alliées, chacune correspondant à une planète du système solaire. Pendant plus de 200 épisodes, des milliers de filles du monde entier vont apprendre à connaître Tsukino, Ami Mizuno ou encore Rei Hino et pourront choisir leur Sailor préférée. Car oui, il y avait neuf Sailor guerrière pour que chaque jeune téléspectatrice puissent choisir laquelle elle voulait être, et on sait toutes que dans les cours de récrée ça se chamaillait pour savoir laquelle serait Sailor Moon et pourvoir dire ainsi cette phrase culte : « Je suis Sailor Moon, et je me bats pour la défense de l’ordre et de la justice ! » Ou encore « Pouvoir du Prisme lunaire, transforme-moi ! »

Mais quand on était lassée par Sailor Moon et ses chats, on pouvait se rabattre sur Nikki Larson, Les Chevaliers du Zodiaque ou Détective Conan car, que l’on soit une fille ou un garçon, ces animé nous faisait tous rire et nous mettaient des étoiles dans les yeux.

Finissons en baston

Pour ceux qui étaient plus tentés par les arts martiaux et les petits bonhommes verts, Dragon Ball était la série idéale. On pouvait y croiser Sen Goku, un garçon un peu naïf doté d’une force extraordinaire ou encore Vegeta le prince des Saiyens. La quête des sept boules de cristal légendaire va amener le jeune Goku à suivre un apprentissage avec des maîtres comme Kamé Sennin ou Maître Kairin et à participer à de nombreux championnats du monde d’art martiaux. Il apprendra au cours de ses aventures à maîtriser la fameux : Kamé Hamé Ha, une technique inventé par Kamé Sennin qui consiste à se concentrer de façon à augmenter sa force pour ensuite projeter une vague d’énergie avec ses mains. Plus jeunes, on aurait tous aimé tester cette technique sur nos professeurs à l’école lorsqu’ils nous annonçaient un contrôle.

one_pieceMais Sen Goku n’étais pas le seul à posséder des pouvoirs que l’on rêvait d’avoir. Le fameux Luffy au chapeau de paille du manga One Piece était assez fort pour rivaliser. Depuis l’année 1999, nous pouvons suivre Luffy et ses compagnons hauts en couleurs dans leurs aventures à la recherche du One Piece, le trésor que Gol D. Roger le roi des pirates a caché quelque part sur grand line. Enfin un animé que tout le monde pouvait regarder, filles comme garçons. Chaque personnage avait son propre caractère et les jeunes femmes de ce shonen plein de combat n’avaient rien à envier aux hommes. De plus, comparé à Dragon Ball dont les suites n’enchantent guère les fans les plus anciens, One Piece continue à perdurer et a su s’implanter fortement chez les nouvelles générations. Avec 80 volumes actuellement sortis et plus de 730 épisodes animés, One Piece est bien partit pour durer encore longtemps. Le Gum Gum de Luffy est devenu incontournable tout comme les saignements de nez de Sanji devant des jolies filles.

Les mangas qui ont marqués notre enfance sont trop nombreux pour tous les citer. Chaque personne a ses préférences mais heureusement grâce à Internet il nous est toujours possible de regarder nos coups de cœur de l’époque, encore et encore.

Léonore Boissy

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Une nouvelle histoire pour demain

« Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. »

proverbe africain

Demain couvertureL’écologie, le développement durable, on nous en parle depuis qu’on est enfant. Les médias, les professeurs, les instituteurs et quelques proches l’évoquent. On connaît, ou du moins on pense connaître, l’état désastreux de notre planète, on sait ce qui est à proscrire, on sait ce qui est néfaste pour l’environnement. Oui on sait. On sait, et pour autant le quotidien nous emporte et reprend finalement le dessus. Le livre Demain, écrit par Cyril Dion (d’après le documentaire du même nom co-réalisé par Mélanie Laurent, sorti en salles en décembre 2015) tente de remettre en question cette image évidente et biaisée du quotidien. Demain n’a pas choisi de se morfondre dans l’accusation, mais s’évertue à proposer une autre vision du monde, des alternatives. Il met en lumière des modes de vie, des quotidiens qui se veulent un peu différents. Il tend à montrer que le changement existe, qu’il est possible, et bien plus que possible, qu’il est enviable. Que notre quotidien n’est finalement qu’une fiction qu’on décide de perpétuer. Il souligne ingénieusement que rien est immuable et que le point de bascule est fragile. Le quotidien de Cyril Dion s’est vu bouleversé en 2012, lorsque le journal Le Monde a publié une étude qui proclamait que la fin de la planète pourrait avoir lieu d’ici 2100. Sont pointés du doigt la pollution, le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, la déforestation… Alors que faire ? Que faire si les mobilisations qui émergent depuis la timide prise de conscience écologique des années 1960 ne changent rien ? 85 ans, c’est si court. Une génération. Nos enfants.

Demain est parti à la recherche de ces gens à travers le monde qui ont décidé d’écrire une autre histoire, qui ont eu le courage de s’émanciper du système pour créer une société à leur image. Le livre, tout autant que le documentaire, nous emporte dans cette nouvelle « fiction collective », cette nouvelle histoire à travers le récit de citoyens, d’hommes et de femmes qui nous ressemblent. Demain transforme un sentiment d’impuissance en un puissant souffle d’espoir.

Rob Hopkins et son billet de 21 Totnes Pound

Rob Hopkins et son billet de 21 Totnes Pounds

Demain est un projet novateur parce qu’il s’interroge en profondeur sur les moyens de parvenir à un changement durable. Il s’interroge sur les racines, sur ce qui nous a conduit à adopter et pérenniser un modèle contre nature. Qu’est ce qui fait que nous sommes enfermés dans une sorte de vision hermétique de notre monde et de notre société, qui nous empêche d’accéder à un mode de vie qui serait en adéquation avec notre environnement, avec les autres, avec nous-même? Cyril Dion affirme que nous sommes le victimes d’une « croissante virtualisation du réel », si bien que nous sommes devenus incapables de « mettre en relation nos actes et les conséquences que nous ne voyons pas, que nous ne sentons pas. » Les conséquences sont des chiffres ou quelques images qui se présentent à nous de manière abstraite et disparate. Qui remettrait en question son mode de vie pour une idée qu’il appréhende difficilement, qui ne lui offre aucune certitude, aucune sécurité ? C’est bien la vision que nous avons de notre quotidien qui empêche toute idée de changement, cette sorte d’image qui modélise les conditions d’organisation de nos vies et qui lui donne un sens. Le problème étant que l’on nous livre qu’une seule illustration. Si le discours environnemental est assené depuis que l’on est enfant, celui-ci paraît bien maigre comparativement au mythe du progrès et de la spirale consumériste qui dicte notre quotidien. Ce sont deux récits qui s’opposent frontalement, et à défaut de savoir ce que l’on peut gagner grâce à l’écologie, on imagine ce qu’on aurait à perdre en s’engageant dans une voie plus soutenable. Comme le souligne Rob Hopkins, l’initiateur du Totnes Pounds, la monnaie locale de la ville de Totnes en Angleterre, les gens imaginent qu’aller vers l’écologie, renoncer au progrès tel qu’on l’entend aujourd’hui, c’est à long terme vivre reclus au fond d’une grotte. Le projet de Demain consiste à retourner ces a priori, et à il s’évertue jeter les bases d’un nouveau récit où le citoyen tient la plume. Tout au long des pages, le lecteur découvre ces hommes, ces femmes, qui par des actions éparses bâtissent ensemble une nouvelle histoire. Assis dans un fauteuil ou dans les sièges d’une salle de cinéma, on se laisse aisément emporté. C’est là tout le charme des histoires bien racontées.

Cependant, si Demain raconte des histoires, il s’évertue surtout à mettre des images sur le réel, sur ces solutions soutenables qui fleurissent partout dans le monde. Le livre retrace les entretiens menés avec les acteurs du monde de demain, comme Pam et Mary à Todmorden dans le Yorkshire, qui se sont lancées malgré leurs doutes et leurs incertitudes dans l’aventure des Incroyables Comestibles, mouvement aujourd’hui international qui vise à développer la culture de fruits et de légumes au sein des villes. Une culture par et pour les habitants, de manière totalement gratuite. Pam Warhust affirme : « C’est ce qu’on fait de mieux, raconter des histoires. C’est ce qui parle au cœur, c’est ce qui fait la différence ».

Démocratie participative en Inde

Démocratie participative en Inde

Il y a également Charles et Perrine au Bec-Hellouin en Normandie qui se consacrent à la permaculture qui leur offre aujourd’hui des rendements à surface égale bien supérieurs à la moyenne de la monoculture des grandes exploitations. Il y a Pocheco, l’usine d’enveloppes au Nord de la France qui place le respect de l’environnement et de l’homme au centre de ses préoccupations. Il y a Rob qui s’est engagé à Totnes pour créer une monnaie locale. Il y a ces citoyens islandais qui en 2009 ont osé renverser le gouvernement et la finance de leur pays et qui se sont battus pour participer à la rédaction d’une nouvelle Constitution participative. Il y a Elango, maire de Kuttambakkam en Inde qui a révolutionné la vie de son village en instaurant un véritable système de démocratie représentative sous le couvert d’une coopération entre les castes. Il y a ces îles renouvelables comme l’Islande et la Réunion qui s’orientent vers une transition énergétique, Copenhague, première capitale neutre en émission de dioxyde de carbone, San Francisco qui s’évertue à donner une seconde vie aux déchets de la ville. Des citoyens, des directeurs d’entreprise, des maires, des États-Unis jusqu’en Inde, en ville et en campagne. Il y a des sourires, des rires, des partages, et cette formidable envie d’agir.

Shane Bernardo, un des piliers d’Erthworks Urban Farm qui vise à produire de la nourriture dans la ville de Detroit pour les plus démunis pense « qu’il nous faut être créatifs pour construire le monde dans lequel nous voulons vivre ». Demain nous offre cette incroyable source d’énergie créatrice. Il nous présente toutes ces actions, tous ces mouvements qui s’épanouissent aux quatre coins du monde, et nous met face à face avec nous même. Il n’y a plus de on sait, mais on a conscience de. Demain nous fait prendre conscience que notre quotidien n’est peut être pas le plus enviable. Il nous montre que s’engager dans une voie plus respectueuse de l’environnement n’est pas synonyme d’austérité, de régression, non. Car ce n’est pas uniquement pour le respect de la nature que ces militants s’engagent, mais aussi pour le respect de l’homme, pour la paix, la solidarité, la coopération, l’échange et le partage, et il semble que ces valeurs découlent naturellement de leurs actions. Demain nous emmène le temps de quelques pages, de quelques heures, en dehors de notre quotidien, un quotidien qui finit presque par devenir un peu étranger. Comme si notre nature nous rappelait à l’ordre. Tant le livre que le film sensibilise le public et donne à chacun les outils pour s’exprimer, pour s’engager, pour changer les choses en nous incluant dans cette grande communauté organique qui déborde de créativité et de richesse. Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin (proverbe africain).

Depuis que le mouvement est lancé, des initiatives fleurissent dans la France entière. Demain utilise des histoires pour en raconter une, il s’adresse directement au pouvoir créatif de l’homme dans l’intention de reconstruire les bases d’un monde plus respectueux de la planète et des hommes. Il laisse dans son sillage de nombreuses réflexions sur ce que nous faisons de notre imagination, de nos rêves, de nos vies. Il nous fait prendre conscience que dans un sens où dans l’autre, tout est une question de temps, qu’un récit sans créativité n’a jamais fait une belle histoire, qu’il est encore tant de laisser libre cours à notre imagination avant que l’intrigue ne muselle irrévocablement et tristement nos prétentions.

Pauline Fricot

D.U.F.F ou la lutte sociale adolescente

« Tu sais, c’est scientifiquement prouvé : dans un groupe, il y a toujours un maillon faible. La fille brave. Le boulet. La DUFF : dodue utile et franchement fade ». Mais comment savoir si cette DUFF c’est nous ? Question toute simple dont la réponse est parfois dur à attendre.

51agn4+LRPL._SX323_BO1,204,203,200_Dans le roman de Kody Keplinger intitulé intelligemment DUFF, Bianca Piper, dix-sept ans, l’héroïne va être confrontée à la dur réalité d’être l’amie dodue, utile, mais franchement fade. En effet, Bianca n’est pas la fille la plus jolie ni la plus populaire du lycée mais elle est maligne, a un esprit mordant et un grand sens de l’humour. Sauf qu’en apprenant par le garçon qu’elle déteste qu’elle est la DUFF de ses amies, elle décide de sortir de l’ombre : la révolution contre les impitoyables règles sociales du lycée commence !

Le titre du livre est assez révélateur du thème abordé (l’estime de soi) : l’histoire se déroule pendant la période du lycée, le moment de notre vie où l’on se cherche – et se forge – une identité. Pour beaucoup, le lycée correspond à trois années de conneries entre potes ou de délire entre filles ; mais pour d’autres cela ramène à une période sombre, difficile à vivre, qu’ils arpentaient à reculons. Ainsi, Bianca vie une période assez dur, devant gérer ses cours, son problème de DUFF et surtout le divorce de ses parents transformant la vision qu’elle a de son père. Pourtant, elle ne perd pas pied, cherchant de quoi se changer les idées et briser ces étouffantes règles sociales.

L’auteur parvient facilement à nous plonger dans cette histoire qui pourrait être la nôtre. Son style est fluide et bien écrit, la façon avec laquelle il a su montrer l’évolution des sentiments des personnages sans trop en faire est appréciable. Les personnages sont attachants, chacun avec son caractère propre, leurs relations sont réalistes, sans compter avec l’humour, les flirts, les coups de gueules … Le livre se lit d’une traite.

Une adaptation déroutante

the-duff-bande-annonce-trailer-mae-whitmanUn film adapté du livre est sortie en 2015 mais même si le titre reste le même, l’histoire n’a pas beaucoup de point commun avec le roman.

Dans ce film, on retrouve bien sûr les mêmes personnages mais l’histoire est plus axée sur la recherche identitaire. Le réalisateur Ari Sandel a reprit beaucoup de sujets polémiques comme l’utilisation abusive des réseaux sociaux par les jeunes (Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram…) ainsi que les conséquences de publications visant à humilier les autres peuvent avoir sur les personnes qui les subissent. Le cyber harcèlement est un sujet sensible pour tout le monde. En revanche, les problèmes que pouvait avoir Bianca dans le livre avec son père son dans le film inexistant : le personnage paternel n’est plus présent, remplacé par une mère dynamique qui a su remonter la pente de son divorce.

Beaucoup de choix scénaristique peuvent déplaire à celles et ceux qui ont lu le livre. Cependant, même si ce film est un exemple parfait de Teen-movie (des acteurs plus âgés que leurs rôles…) les jeux d’acteurs et l’humour très bien dosé fonctionnent parfaitement.

Au final, que l’on lise le livre, que l’on regarde le film ou que l’on fasse les deux on ne peut pas s’arrêter avant la fin et on finit bien sûr avec un sourire jusqu’aux oreilles et l’envie de recommencer.

Léonore Boissy

Une histoire hors du temps

Que feriez-vous si un jour vous étiez capable de voyager dans le temps mais que vous ne pouviez avoir aucun contrôle sur ce don ?

ABC-Making-Time-Traveler-Wife-SeriesC’est l’histoire que vit le héros du film Hors du temps (The Time Traveler’s Wife), adaptation cinématographique du roman Le temps n’est rien d’Audrey Niffenegger, et réaliser par Robert Schwentke. Ce film nous raconte l’histoire d’Henry DeTamble (Éric Bana) et de Claire Abshire (Rachel McAdams) qui entament une relation amoureuse perturbée par la capacité du premier qui, grâce à certains gènes, peut voyager dans le temps. En effet, Henry n’a aucun contrôle sur ce qui lui arrive et est ainsi envoyé dans le temps pour quelques minutes ou parfois quelques jours et toujours dans des endroits qui ont un lien avec un moment ou une personne de sa vie. C’est ainsi qu’il rencontre plusieurs fois sa futur femme dans différent moment de son passé et qu’il s’observe lui-même dans certaines étapes de sa propre vie.

Claire, elle, tombe amoureuse d’Henry à l’âge de six ans, lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois dans une prairie où elle allait jouer. Elle sait depuis le premier jour qu’ils sont fait l’un pour l’autre et essaiera, après leur mariage, de faire sa vie avec celui qu’elle aime par-dessus tout malgré les voyage répété d’Henry et le doute permanent qui plane entre eux : Va-t-il revenir en vie de son dernier voyage ?

Au fur et à mesure de leur relation d’autres questions vont venir perturber leur couple : Est-il possible d’avoir une famille ? Et si oui, l’enfant aura-t-il les mêmes capacités que son père ? Ces questions rythment leur vie en permanence et seul Henry peut obtenir les réponses. Il les aura mais fera le choix de ne rien dire à Claire pour ne pas la perdre.

Au générique du film, on peut avoir apparaître le nom de Brad Pitt. En effet, l’acteur avait acheté les droits d’adaptation du roman avant même sa sortie en librairie. Ce film a donc été produit par l’intermédiaire de sa boîte de production Plan B Entertainment en association avec New Line Cinema. Et c’est le célèbre scénariste Bruce Joel Rubin (célèbre notamment pour avoir remporté l’oscar du meilleur scénario pour le film romantique Ghost) qui est appelé par les producteurs.

originalEt petite anecdote, pour les besoins du film une séquence supplémentaire a dû être tournée bien après la fin officielle de tournage, il s’agissait d’une scène qui concernait Éric Banna et Rachel McAdams. Mais ce premier avait entre-temps dû se raser les cheveux pour interpréter Nero dans le film Star Trek. L’équipe de tournage a donc été dans l’obligation d’attendre que les cheveux de l’acteur repoussent ainsi que la saison qui conviendrait au tournage des plans additionnels. C’est pour cela que la sortie du film initialement prévue en 2008 a été repoussée jusqu’à l’été 2009.

En conclusion, ce film tout en sensibilité et en émotion met en scène une très belle et émouvante histoire d’amour qui vaut la peine d’être vu. On se croit facilement à l’alchimie que dégage ce couple en lutte permanente contre tout ce qui essaye de les séparer. On espère avec eux, on désespère avec eux, et durant toute la durée du film, on se demande si ce bel amour impossible va finalement réussir à s’épanouir pleinement, s’ils arriveront enfin à vivre ensemble de la manière dont ils le désirent, normalement, sans contraintes ni départs précipités. Ce drame très poétique ravira les fleurs bleues en quête de belles histoires d’amours.

Léonore Boissy

Pasolini : le chant de l’abyme

« Scandaliser est un droit. Être scandalisé est un plaisir. Et le refus d’être scandalisé est une attitude moraliste. » Devant le journaliste français qui l’interroge, Pier Paolo Pasolini ne mâche pas ses mots. Il ne l’a jamais fait. Il vient de terminer Salo ou les 120 journées de Sodome. Le lendemain, il sera mort. C’est ainsi que débute le beau film qu’Abel Ferrara a consacré à cet homme qui paya de sa vie son droit sacré au blasphème moderne.

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Pasolini par Ferrara

Rassurons d’emblée ceux que les biopics convenus lassent ou exaspèrent : le film de Ferrara n’a pas l’ambition, ni la volonté, d’embrasser toute la vie du poète italien de façon linéaire. Son récit se concentre sur les derniers jours de sa vie, comme si ces ultimes instants recelaient en eux-mêmes toute sa puissance tragique et artistique.

Alternant les scènes de vie familiale avec les interviews politiques, Ferrara s’aventure également, à la manière des récits en cascade des Mille et une nuits, dans le champ de l’imaginaire en illustrant son roman inachevé Pétrole et les premières esquisses du film Porno-Teo-Kolossal racontant le voyage d’Epifanio et de son serviteur Nunzio à travers l’Italie à la recherche du Paradis, guidés par une comète divine. Enchâssant la fiction dans la réalité (et même la fiction dans la fiction), Ferrara trace une ligne de vie viscérale entre Pasolini et ses œuvres : « Pasolini n’était pas un esthète, mais un avant-gardiste non inscrit, affirme Hervé Joubert-Laurencin. Il n’a pas vécu sa vie comme un art mais l’art comme une vie, il n’était pas « décadentiste » mais « réaliste », il n’a pas « esthétisé la politique » mais « politisé l’art ». »

Et sa voix politique, frontale mais toujours respectueuse, a eu un retentissement phénoménal dans les années 1960/1970 en Italie et en Europe, en se heurtant au conservatisme politique et au puritanisme moral. La beauté de son cinéma politique résidait dans le regard cru qu’il portait sur les choses, notamment les plus triviales. Devant sa caméra elles ne se transformaient pas en verbiage théorique. Les choses restaient des choses, d’un réel trop éclatant, trop beau, trop vrai : « Je n’ai pas honte de mon « sentiment du beau ». Un intellectuel ne saurait être qu’extrêmement en avance ou extrêmement en retard (ou même les deux choses à la fois, ce qui est mon cas). C’est donc lui qu’il faut écouter : car la réalité dans son actualité, dans son devenir immédiat, c’est-à-dire dans son présent, ne possède que le langage des choses et ne peut être que vécue. » (Lettres luthériennes)

Vent debout face à la houle

9782020359382Pasolini était un homme du refus. Mais pas circonstancié et tiède : « Pour être efficace, le refus ne peut être qu’énorme et non mesquin, total et non partiel, absurde et non rationnel. » (Nous sommes tous en danger) C’est tout ou rien. Pasolini était CONTRE. Contre la droite cléricale-fasciste et démocrate-chrétienne mais aussi contre les illusions de son propre camp, celui du gauchisme (cette « maladie verbale du marxisme ») et de ses petit-bourgeois d’enfants.

Il était contre les belles promesses du Progrès qui font s’agenouiller les dévots de la modernité triomphante, ces intellos bourgeois marchant fièrement dans un « sens de l’Histoire » qu’ils supposent inéluctable et forcément bénéfique. « La plupart des intellectuels laïcs et démocratiques italiens se donnent de grands airs, parce qu’ils se sentent virilement « dans » l’histoire. Ils acceptent, dans un esprit réaliste, les transformations qu’elle opère sur les réalités et les hommes, car ils croient fermement que cette « acceptation réaliste » découle de l’usage de la raison. […] Je ne crois pas en cette histoire et en ce progrès. Il n’est pas vrai que, de toute façon, l’on avance. Bien souvent l’individu, tout comme les sociétés, régresse ou se détériore. Dans ce cas, la transformation ne doit pas être acceptée : son « acceptation réaliste » n’est en réalité qu’une manœuvre coupable pour tranquilliser sa conscience et continuer son chemin. C’est donc tout le contraire d’un raisonnement, bien que souvent, linguistiquement, cela en ait l’air. […] Il faut avoir la force de la critique totale, du refus, de la dénonciation désespérée et inutile. » (Lettres luthériennes)

C’est aussi son rejet de la nouvelle langue technique qui aplatit tout sur son passage, écrasant les particularismes culturels et linguistiques, réduisant en poussière le discours humaniste et faisant du slogan le nouveau port-étendard d’un monde mort sur lequel l’individu narcissique danse jusqu’à l’épuisement. Et la gauche, qui ne veut pas rester hors-jeu, s’engouffre dans cette brèche en prêtant allégeance à la civilisation technologique, croyant, de façon arrogante, qu’elle apportera Salut et Renouveau sans percevoir qu’elle détruit tout sentiment et toute fierté chez l’homme. Les regrets pointent : « L’individu moyen de l’époque de Leopardi pouvait encore intérioriser la nature et l’humanité dans la pureté idéale objectivement contenue en elles ; l’individu moyen d’aujourd’hui peut intérioriser une Fiat 600 ou un réfrigérateur, ou même un week-end à Ostie. » (Écrits corsaires)

Si Pasolini était épris de cette belle passion triste qu’est la nostalgie, c’était non pas celle, réactionnaire, d’un Âge d’or fantasmé, mais celle d’une époque où le peuple avait le sens de la mesure, la dignité chevillée au corps et le ventre plein. Celle d’une Italie créatrice et glorieuse. Quand les petites gens n’avaient pas la pauvre ambition de devenir les puissants qu’ils combattaient : « J’ai simplement la nostalgie des gens pauvres et vrais, qui se battaient pour renverser ce patron, mais sans vouloir pour autant prendre sa place ! Puisqu’ils étaient exclus de tout, personne ne les avait même colonisés. […] Dis-moi, maintenant, si le malade qui songe à sa santé passée est un nostalgique, fût-il idiot ou misérable avant d’être atteint ? » (Nous sommes tous en danger) Quelque chose d’humain semble fini et Pasolini pleure un monde en ruine.

L’abrutissement de masse du monde bourgeois

Ferrara filme Pasolini comme le dernier homme d’une Terre dévastée, cette Italie tant aimée et tant haïe. L’ultime représentant d’une Humanité désormais asservie par l’aliénation de la mentalité bourgeoise qui dépasse le cadre de la classe sociale. « Par bourgeoisie, je n’entends pas tant une classe sociale qu’une pure et simple maladie. Une maladie très contagieuse ; c’est si vrai qu’elle a contaminé presque tous ceux qui la combattent, des ouvriers du Nord aux ouvriers immigrés du Sud, en passant par les bourgeois d’opposition, et les « solitaires » (comme moi). Le bourgeois – disons-le par un mot d’esprit – est un vampire, qui n’est pas en paix tant qu’il n’a pas mordu le cou de sa victime pour le pur plaisir, naturel et familier, de la voir devenir pâle, triste, laide, sans vie, tordue, corrompue, inquiète, culpabilisée, calculatrice, agressive, terrorisante, comme lui. » (Contre la télévision)

Porno-Teo-Kolossal

Porno-Teo-Kolossal

La télévision étant, pour lui, le bras armé de cette aliénation de masse. « La télévision, loin de diffuser des notions fragmentaires et privées d’une vision cohérente de la vie et du monde, est un puissant moyen de diffusion idéologique, et justement de l’idéologie consacrée de la classe dominante. » (Contre la télévision) Pasolini découvre, horrifié, la propagande moderne du divertissement de masse dont la bêtise n’a d’égale que la vulgarité, sous couvert d’un manichéisme moral mis au goût du jour : «  Il émane de la télévision quelque chose d’épouvantable. Quelque chose de pire que la terreur que devait inspirer, en d’autres siècles, la seule idée des tribunaux spéciaux de l’Inquisition. Il y a, au tréfonds de ladite « télé », quelque chose de semblable, précisément, à l’esprit de l’Inquisition : une division nette, radicale, taillée à la serpe, entre ceux qui peuvent passer et ceux qui ne peuvent pas passer. […] Et c’est en cela que la télévision accomplit la discrimination néo-capitaliste entre les bons et les méchants. Là réside la honte qu’elle doit cacher, en dressant un rideau de faux « réalismes ». » (Contre la télévision)

Mais cet avilissement général est aussi de la responsabilité des hommes politiques qui acceptent tacitement de voir leur parole simplifiée, leur image dégradée, leur rôle discrédité. « L’écran de télévision est la terrible cage de l’Opinion publique – servilement servie pour obtenir un asservissement total – qui tient prisonnière toute la classe dirigeante italienne : la mèche blanche d’Aldo Moro, la jambe courte de Fanfani, le nez retroussé de Rumor, les glandes sébacées de Colombo, sont un spectacle représentatif qui tend à spoiler l’humanité de toute humanité. » (Contre la télévision)

C’était vrai du temps de Pasolini, ça l’est encore plus de nos jours. Un simple coup d’œil sur la prodigieuse machine consensuelle à fabriquer du bouffon qu’est Le Grand Journal de Canal + suffit à s’en convaincre. Un bref regard sur un quelconque programme de télé-réalité dont le but, toujours le même, est d’humilier les participants en flattant le spectateur suscite le dégoût.

Pour le romancier italien, seule une prise du conscience des téléspectateurs, un sursaut salvateur du peuple, contre cet instrument mesquin et vulgaire permettra de sortir le pays de sa torpeur générale. Il ne se faisait pourtant guère d’illusion : « Quand les ouvriers de Turin et de Milan commenceront à lutter aussi pour une réelle démocratisation de cet appareil fasciste qu’est la télé, on pourra réellement commencer à espérer. Mais tant que tous, bourgeois et ouvriers, s’amasseront devant leur téléviseur pour se laisser humilier de cette façon, il ne nous restera que l’impuissance du désespoir. » (Contre la télévision)

Le fascisme au carré de la société de consommation

pier-paolo-pasoliniSi le fascisme avait détruit la liberté des hommes, il n’avait pas dévasté les racines culturelles de l’Italie. Réussissant le tour de force de combiner l’asservissement aux modes et aux objets à la destruction de la culture ancestrale de son pays, le consumérisme lui apparut comme, pire que le fascisme, le véritable mal moderne à combattre. Un mal qui s’est immiscé dans le comportement de tous les Italiens avec une rapidité folle : en l’espace de quelques années, l’uniformisation était telle qu’il était désormais impossible de distinguer, par exemple, un fasciste d’un anti-fasciste. Il n’y a plus que des bourgeois bêtes et vulgaires dans un pays dégradé et stérile.

La longue plainte de Pasolini est celle d’un homme qui assiste, impuissant, au génocide culturel de son pays : « Aucun centralisme fasciste n’est parvenu à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle réactionnaire et monumental, mais qui restait lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysannes, sous-prolétariennes, ouvrières) continuaient imperturbablement à s’identifier à leurs modèles, car la répression se limitait à obtenir leur adhésion en paroles. De nos jours, au contraire, l’adhésion aux modèles imposés par le centre est totale et inconditionnée. On renie les véritables modèles culturels. L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la « tolérance » de l’idéologie hédoniste voulue par le nouveau pouvoir est la pire des répressions de toute l’histoire humaine. » (Écrits corsaires)

L’injonction hédoniste et la fausse tolérance ont également souillé la naïveté des cœurs tendres. Les hommes et les femmes sont devenus des machines se fracassant les unes contre les autres. « Le consumérisme a définitivement humilié la femme en créant d’elle un mythe terroriste. Les jeunes garçons qui marchent presque religieusement dans la rue en tenant, d’un air protecteur, une main sur l’épaule de la jeune fille, ou en lui serrant romantiquement la main, font rire ou bien serrent le cœur. Rien n’est plus insincère qu’un tel rapport réalisé concrètement par le couple de la société de consommation. » (Lettres luthériennes) La fausse libération sexuelle est en réalité une obligation sociale, créant un désarroi chez ceux qui ne se conforment pas à la panoplie du parfait petit consommateur de corps. Le couple est désormais maudit.

Pasolini refuse ce bonheur factice dont l’unique cause est la satisfaction immédiate des besoins matériels, l’achat compulsif et jovial dans une société au bord du gouffre, la grande fête des magasins accueillants : « Tout le monde est malin et, par conséquent, tout le monde a sa bonne tête de malheureux. Être malin est le premier commandement du pouvoir de la société de consommation : être malin pour être heureux (hédonisme du consommateur). Résultat : le bonheur est entièrement et totalement faux, alors que se répand de plus en plus un malheur immédiat. » (Lettres luthériennes)

Le crépuscule d’un homme haï par tous

ecrits_corsaires-23880« Je suis complètement seul. Et, de plus, entre les mains du premier qui voudra me frapper. Je suis vulnérable. Soumis à tous les chantages. Je bénéficie peut-être, c’est vrai, d’une certaine solidarité, mais elle est purement virtuelle. Elle ne peut m’être d’aucune aide dans les faits. » (Contre la télévision) Prophète de sa propre destinée, Pasolini a succombé à la haine de ses contemporains.

Il fut assassiné la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie, près de Rome, par une bande de misérables lâches, ces « ragazzi di vita », héros de ses romans et de ses films, qu’il côtoyait régulièrement. Assassiné par ceux qu’il aimait. Ferrara, qui a toujours été fasciné par la chute des figures mythiques, ne nous épargne pas la cruauté de ces derniers instants d’horreur. Ceux d’un homme battu à mort parce que porteur de la marque infamante du scandale. Il avait 53 ans.

À la suite de cette ignominie, certains n’hésitèrent pas à brandir cette justification puante selon laquelle « il l’avait bien cherché, ce sale PD ». Une excuse d’assassins que, sous couvert d’un puritanisme moral, on entend encore de nos jours pour justifier les pires crimes (viols, lynchages ou attentats). Pour légitimer la violence physique des bourreaux, il faut commencer par accuser « la violence symbolique » et « oppressante » des victimes. Soit la barbarie qui considère, in fine, le meurtre comme une réponse appropriée à un poème, un film ou un dessin. Une perte de sens de la mesure ahurissante. Une logique proprement fasciste.

Profondément pessimiste, Pasolini était descendu en Enfer, au-delà de l’horizon, et nous avait mis en garde : « Je ne crois pas que l’homme puisse être libre. Il ne faut jamais rien espérer : l’espérance est une chose horrible que les partis ont inventée pour garder leurs militants. » Mais il a paradoxalement chanté le plus beau des conseils à Gennariello dans ses Lettres luthériennes, celui qui mérite notre attention en tout lieu et en tout temps, celui qui fait danser la grâce avec la rage : « Ne te laisse pas tenter par les champions du malheur, de la hargne stupide, du sérieux joint à l’ignorance. Sois joyeux. »

Sylvain Métafiot

Article initialement publié sur Le Comptoir

Les Thanatonautes ou l’apprentissage de la mort

À raison d’un livre par an en moyenne, Bernard Werber nous offre des sagas toutes plus captivantes les unes que les autres, nous transportant dans des mondes si proches mais si lointains. Mademoiselle Descubes nous en a donné un premier aperçu en mai dernier avec son article sur Les Fourmis. Aujourd’hui, nous ne nous intéresserons pas au monde souterrain, mais à un monde encore méconnu de tous : celui de la mort.

les-thanatonautes-187On reprend du début. « Thanatos », en grec signifie la divinité de la mort et « nautès » désigne les navigateurs. En somme, ces hommes seraient des navigateurs, ou explorateurs, de la mort. C’est bien joli d’étaler sa science pour expliquer l’étymologie d’un mot un peu plus compliqué que les autres, mais qui sont-ils exactement ces Thanatonautes, me diriez-vous ? Et comment peuvent-ils visiter la Grande Faucheuse ? Pour le savoir, Werber nous transporte quelques années dans le futur. Attention ; 6, 5, 4, 3, 2, 1… Décollage !

Nous sommes en 2062. L’Homme a toujours voulu tout connaître, tout savoir et tout voir. Après avoir exploré chaque recoin de la Terre, il a cherché plus loin et s’en est pris à la Lune. Mais après ? Allait-il en rester là ? Il l’aurait sûrement fait, si un groupe de chercheurs français n’avait pas souhaité atteindre l’ultime destination de tout être humain : le continent des morts.

La mort comme objet scientifique

Les pionniers de la recherche sur la terra incognita comprenaient Amandine, une douce infirmière ayant un penchant certain pour tous ceux qui défient la mort ; Félix Kerboz, un prisonnier qui encourt une peine de deux cent quatre-vingt-quatre ans de réclusion criminelle, mais surtout le premier thanatonaute ; et enfin deux grands amis : Michael Pinson, chirurgien-anesthésiste et Raoul Razorbak chercheur au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique). La bande se retrouve à faire des expériences pour visiter ce continent métaphysique. Mais sur quoi se fondent-ils pour prétendre y accéder sans perdre la vie ?

C’est là toute la richesse de ce livre. Après deux ans et demi de recherches sur la mort, l’auteur s’est lancé dans son écrit. Alors il se fonde sur tout : le livre des morts égyptien, celui des morts tibétain, la mythologie sud-africaine, mésopotamienne, australienne, celte, rosicrucienne… Bien entendu, les écritures bibliques, coraniques, la Thora ou le Zabur sont utilisées. Mais aussi les philosophies bouddhiste, chinoise ou encore persane. Rien ne semble avoir échappé à l’auteur.

Des tabous et des hommes

020« C’est là d’ailleurs que j’entendis pour la première fois la fameuse expression: « Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. » Je n’avais que huit ans mais je ne pus m’empêcher de penser : « Alors là, tout autour, il ne reste que les mauvais ? » »
Michael Pinson nous prend sous son aile à travers ses questionnements et ses idées sur le sujet intangible qu’est la mort. Il s’exprime sur ce qu’on n’a jamais osé dire tout haut, ce qu’on n’a jamais osé penser. Au fur et à mesure que l’histoire avance, on en apprend un peu plus sur cette inconnue. On voit à quel point l’Homme a pris à cœur ce sujet depuis des milliers d’années. Cela peut paraître logique, puisque ce voyage est le dernier de chaque être humain. Chacun le voit donc à sa façon : il peut être une libération, une crainte ou un passage vers une vie postérieure. Quoi qu’il en soit, la mort fait partie des questions existentielles de l’Humanité.

En pleine lecture, on est surpris par le discours cohérent des chercheurs. L’emploi de termes scientifiques parfois même liés à la mythologie nous déroute : « Et si c’était la solution ? ». Comme par exemple cet extrait qui prend ses sources dans le Livre des morts Tibétain :
« Chapitre 155 – MYTHOLOGIE TIBETAINE
Vibration : Tout émet, tout vibre. La vibration varie selon le genre.
Minéral : 5 000 vibrations par seconde.
Végétal : 10 000 vibrations par seconde.
Animal : 20 000 vibrations par seconde.
Humain : 35 000 vibrations par seconde.
Âme : 49 000 vibrations par seconde.
Au moment de la mort, le corps astral se sépare du corps physique car il ne peut supporter l’abaissement des vibrations de son enveloppe charnelle.
Enseignement du Bardo Thödol
Extrait de la thèse La Mort cette inconnue, par Francis Razorbak. »

Levons l’ancre

3453012969_984f9c50fdN’ayant rien de plus concret sur ce qu’il y a après la vie, on accepte leur vision de la mort. La manière dont est tourné le récit nous permet de concevoir que l’âme se rattache à son corps par une espèce de cordon ombilicale et vogue à la vitesse de la pensée dans l’univers pour atteindre un territoire en forme d’entonnoir.
Nous sommes présents du début à la fin, nous ressentons leurs angoisses avant chaque décollage, leurs frayeurs à chaque contretemps. Finalement, il y a un peu de ces explorateurs de la mort en nous.

En fin de compte, c’est comme si nous lisions un livre d’Histoire, que nous étions en 2062 et que nous disions à notre camarade de classe : « Tu arrives à t’imaginer qu’il y a cinquante ans, personne ne savait ce qu’il y avait après la mort ? ». Au fil des pages on se surprend à se questionner sur l’après, à accepter que nous ne sommes que de passage. Mais bizarrement, ce livre sur la mort nous fait aimer la vie.

Perrine Blasselle

Soleil d’encre et fleurs de papier : un conte pour vous faire rêver

Septembre. Vous quittez les bancs de sable doré pour ceux de l’université. C’est un retour peu enthousiasmant malgré les quelques rayons de soleil qui pouvaient encore vous faire oublier les rideaux en plastique bleu de la fac. Vous pensiez pouvoir encore relire vos cours assis dans l’herbe autour d’un mauvais café ? Erreur ! Il fait gris, il fait froid. Vous buvez force de jus d’orange et autres pressés d’agrumineuses variées mais vous ne constatez aucune amélioration ? Vous êtes maussades et fatigués ? Une seule solution : Lire. Et quitte à choisir, lisez les aventures de Sindbad. Parce qu’avec Sindbad, y’a pas d’bad.

Les arabesques du voyage 

Cantique-des-Oiseaux1Sindbad n’est autre qu’un riche marchand originaire de Bagdad connu pour dresser de somptueux banquets. Au cours de l’un d’eux, il se lance dans le récit détaillé de ses aventures qui s’élèvent au nombre de sept voyages. La configuration rappelle l’ambiance de nos banquets médiévaux. Les festins sont largement arrosés, bien entendu, et les langues se délient, on livre plus facilement ce qu’on a sur le cœur. Le récit est riche des descriptions de Bagdad et de celles des pays visités par Sinbad. Depuis la beauté des jardins jusqu’aux parfums, il est facile d’imaginer alors quels ravissements la ville devait offrir aux notables. Ici on sait recevoir, on sait manger, on sait boire. C’est toute la culture orientale digne de ce nom qui est condensée dans cette capitale des plaisirs. Elle est comme ce chez-soi coquet qui s’oppose à l’ailleurs barbare anthropophage où l’on est seul contre une nature piégeuse et fourbe. L’Ailleurs est une épreuve qui semble renforcer l’amour que l’on a de son pays et des siens et permet ainsi d’enrichir les récits de voyages. D’ailleurs Sindbad le marin fait honneur à cette tradition narrative :

« Ô maîtres, écoutez le récit de ce qui m’est arrivé au cours de sept voyages que j’ai entrepris. Je m’en vais vous détailler les peines et les difficultés que j’ai supportées, les milles situations auxquelles j’ai été confronté, les morts terribles et détestables qui ont failli m’anéantir et auxquelles j’ai échappé. Ce sont là histoires bien étranges, aventures stupéfiantes et merveilleuses… »

Digne d’une bande annonce américaine, voici un exergue qui annonce la couleur. On veut nous divertir, nous surprendre. Le pari semble ardu pour des lecteurs d’ aujourd’hui saturés de blockbusters. Il faut donc faire l’effort d’exercer son imagination. Ramassé sur votre couette, il n’existe plus rien que l’eau froide de la mer qui se ride ponctuellement sous l’impulsion d’un coup de nageoire. Enfouis sous le sol de votre chambre et menaçant de renverser votre lit, les monstres marins semblent être endormis. Idiot, vous vous irritez lorsque le même schéma narratif se répète et vous exultez lorsque le récit prend des tours inconnus. Vous vous prenez au jeu et il vous en faut toujours plus. Mais pour votre plus grand bonheur les chapitres s’allongent. Raconter ces voyages est également le moyen d’informer ceux qui ne sont pas partis, des nouvelles du monde extérieur. En témoigne les longues descriptions factuelles qui peignent des fresques aussi merveilleuses qu’exotiques. Où est la part de fantasme et de réalité ? Les deux s’entremêlent pour permettre le rêve.

«  Il m’a encore été donné de voir, toujours dans cette même presqu’île, des buffles dépourvus d’oreilles, et bien d’autres choses encore ; car les montagnes, les vallées et les promontoires de cette région regorgent de bizarreries et de merveilles que l’on serait bien en peine de trouver dans les contrées où nous habitons. »

Toute la richesse de ces contrées orientales est contenue dans une narration à tiroirs qui se courbe et se dentelle pour répondre aux exigences de liberté d’un récit qui s’enchâsse à l’infini. L’histoire cadre est celle de la rencontre entre les deux homonymes dans lequel viennent s’emboîter les récits de voyages de Sindbad le marin. Enfin, à l’intérieur même de ces récits de voyages, d’autres légendes sont narrées par des étrangers. Le narrateur Sinbad décrit des paysages merveilleux tantôt en prose, tantôt en vers. Ces schémas narratifs propres aux contes des milles-et-une-nuits n’ont pas perdu de leurs ressorts dramatiques. Peut-être est-ce grâce à la figure de Sindbad qui, comme le lecteur, refuse l’ennui.

Sindbad, un homme parmi les hommes en quête d’aventures

Maqamat_haririDeux homonymes vivant dans deux situations totalement différentes se rencontrent. À la manière d’une médaille symbolique des revers de la fortune nous avons d’une part, Sindbad le portefaix, homme pauvre qui mène une vie de labeur détruisant son corps et son esprit, et d’autre part son opposé en la personne de Sindbad, riche marin dont la vie est faîte d’opulence et de loisirs.

L’histoire débute lorsque Sinbad décide d’aller se reposer un moment après avoir travaillé longtemps sous la chaleur. Ses pas le conduisent dans un quartier cossu. Il passe alors sous les fenêtres d’une maison où semble se tenir une réception. Devant tant de luxe, il pousse une complainte contre le sort qui distribue injustement la fortune aux hommes. Le chef de la maison, l’entendant depuis la fenêtre, le convie à la réception, l’occasion pour lui de se lancer dans un récit long et dense de ses aventures afin de justifier sa situation :

« Et bien mon frère, as-tu jamais entendu dire que quelqu’un au monde ait eu à surmonter pareilles difficultés, ait enduré autant d’épreuves, se soit heurté à autant d’obstacles, ait souffert les mêmes tourments ? N’est-il pas juste, après cela, que quelques joies me soient réservées, qu’en permanence me soit accordé le repos, en échange des fatigues et des humiliations qui ont été mon lot, et qu’il me soit enfin permis de demeurer ici, chez moi, jusqu’à ma mort ? »

Si le premier voyage qu’entreprend le marin est nécessaire pour reconstituer son héritage dilapidé dans des futilités, il est aussi le début d’un engrenage sans fin. Comme s’il avait gouté à une drogue rare, l’Ailleurs le fascine mystérieusement et l’ensorcèle. Il ne peut y échapper, lui dont le nom semblerait signifier « l’homme attiré par la Chine » (de l’arabe « Sîn-dabâne »). Chacun des six autres voyages n’est donc que le fruit de son bon vouloir. Il cherche le danger ou plutôt le grand frisson : « Un poisson  gigantesque fondait sur le bateau, telle une vivante montagne ! Notre frayeur était indescriptible […] Et pourtant, dans le même temps ce poisson nous fascinait, émerveillés que nous étions devant une si glorieuse créature du dieu Très-Haut ! »

Il lui faudra désormais parcourir les mers, et ce malgré les tourments, malgré le risque de frôler la mort de près (c’est-à-dire à chaque voyage) qui le pousse à prier Dieu de toute ses forces afin d’être sauvé des périls et promettant que jamais au grand jamais il ne reprendrait la mer. Ce qui ne l’empêche pas de repartir :

« Ayant longuement profité des plaisirs de la table avec mes amis, m’étant abondamment adonné à toutes les joies et délices de l’existence, j’en vins tout naturellement à oublier les épreuves épouvantables et les périls que j’avais affronté, les douloureux tourments que j’avais subit jusqu’ici. Mon âme charnelle inclinait une fois de plus du côté des biens de ce monde et l’ambition de les posséder réapparut en moi, de même que se fortifiait mon désir d’aller de nouveau m’exposer aux dangers du voyage. J’accordai à mon âme ce qu’elle réclamait et oubliai les souffrances que m’avait occasionnées naguère mon entêtement. »

Contrairement à ce que peut dire Montaigne, le voyage ici ne rend pas plus sage. Il transforme Sindbad en enfant capricieux désirant toujours plus. Il est votre petit cousin, qui après l’histoire du soir vous regarde les yeux brillants en claironnant « Encore ! ». Sindbad n’est pas devenu plus tempéré. Il ne philosophe pas sur sa condition. En y regardant de plus près, on découvre une autre facette du personnage bien plus ambiguë et bien moins humaine. Certes, le marin est un homme comblé par le sort qui s’occupe de dépenser son argent en maints plaisirs mais il pratique également l’aumône et offre généreusement de l’argent au portefaix. Certes, il ne part jamais indéfiniment et il lui tarde de revoir sa patrie mais « il inspirait à son entourage autant de crainte respectueuse que de vénération » et finalement, il ressemble davantage à un vieux marchand « carriériste » pour qui le voyage est d’abord synonyme de commerce et d’enrichissement.

Les aventures de Sindbad le marin est un récit qui s’enroule et se déroule autour d’un schéma simple : la rencontre de deux hommes et les récits de voyages de l’un des deux. Un récit dans lequel vous vous perdez allègrement, dans lequel vous prenez peur jusqu’à manquer de vous noyer. Puis finalement vous buvez la tasse, vous posez le livre, vous le reprenez entre un cours d’histoire et un oreiller et comme par magie, vous devenez vous-même Sindbad et son équipage. Et quand le livre est finit, il vous tarde, à vous aussi, de prendre le large.

Margot Delarue