Les Voyages extraordinaires

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« Je vous plains alors, Monsieur Fogg, car l’isolement est une triste chose. Quoi ! Pas un cœur pour y verser vos peines. On dit cependant qu’à deux la misère elle-même est supportable encore ! » Jules Verne, Le tour du monde en 80 jours.

Cette citation ne vous dit sans doute rien mais le titre de l’ouvrage ainsi que son auteur doivent sûrement vous dire quelque chose.

En effet, qui n’a jamais entendu parler de Jules Verne, cet écrivain français du 19è siècle connu pour ses romans d’aventures et de science-fiction. Avant de parler de ses œuvres et de leurs nombreuses adaptations cinématographiques, parlons un peu de ce grand homme.

Jules Verne

De son vrai nom Jules-Gabriel Verne, il est né en 1828 et est mort en 1905. Son premier roman, Cinq semaines en ballon, paraît en 1863 ; Verne débute ainsi sa collection des voyages extraordinaires qui se caractérise par des intrigues où aventures et rebondissements sont nombreux tout comme les descriptions techniques, géographiques et historiques. Ce premier roman connaît un si grand succès en France et à l’étranger que Verne travaillera pendant 40 ans sur les romans de cette collection. Les intrigues de ses romans se déroulent généralement durant la deuxième moitié du 19è siècle, elles sont toujours très documentées (Verne passe du temps sur ses recherches) et prennent en compte les technologies disponibles à l’époque de la narration. Verne est passionné par la science et cela se ressent dans ses œuvres car on peut découvrir certaines machines qui sont en avance sur leur temps comme le fameux Nautilus de Vingt mille lieues sous les mers ; cela donne un certain coté fantastique à ses œuvres.

L’œuvre de Jules Verne est populaire dans le monde entier, avec un total de 4 702 traductions, il vient au deuxième rang des auteurs les plus traduits en langue étrangère après Agatha Christie. Il est ainsi en 2011 l’auteur de langue française le plus traduit dans le monde. L’année 2005 a été déclarée « année Jules Verne », à l’occasion du centenaire de la mort de l’écrivain. Ce qui nous montre que l’œuvre d’un auteur peut perdurer longtemps après sa mort, Jules Verne en est un exemple parfait !

Ses œuvres et leurs adaptations

Les romans de Jules Verne sont beaucoup trop nombreux pour que l’on puisse parler de tous dans cet article (62 romans et 18 nouvelles), nous nous contenterons donc de présenter les plus connus, qui ont d’ailleurs eu droit à leur adaptation cinématographique plus ou moins récente.

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Commençons notre voyage au bord du Nautilus avec le capitaine Nemo. Vingt mille lieues sous les mers est paru en 1869 et permet l’exploration d’un endroit encore peu connu à l’époque : les fonds marins. En effet, dans ce roman que l’on peut présenter comme étant un roman initiatique, les héros pénètrent au cœur de l’inconnu à la recherche d’un prétendu monstre marin qui n’est autre que le vaisseau sous-marin plus connu sous le nom de Nautilus. Jules Verne s’appuie sur les connaissances scientifiques de son époque pour décrire au mieux le milieu marin dans lequel sont plongés ses personnages. Verne surprend par son imagination foisonnante et par l’anticipation technologique dont il fait preuve dans cette œuvre, notamment en imaginant la possibilité de descendre aussi profondément dans les mers et les océans avec ce sous-marin.

C’est en 1907 que ce roman connaît sa première adaptation cinématographique avec un film muet de Georges Méliès (Le Voyage dans la lune) et fut adaptés 6 autres fois par la suite. La plus connue de ces adaptations est cependant le film américain réalisé en 1954 par Richard Fleischer pour Walt Disney Production où l’on peut notamment voir Kirk Douglas dans le rôle de Ned Land et James Mason dans celui du capitaine Nemo.

Après avoir vogué sous la mer, partons en direction du centre de la Terre avec la prochaine œuvre de Jules Verne intitulé : Voyage au centre de la Terre. Ce roman d’aventures sorti en 1864 nous emmène à la découverte des profondeurs terrestres en compagnie du professeur Lidenbrock et de son neveu Axel. Ce roman mêle le scientifique à l’aventure et nous présente des sciences encore peu connues comme la paléontologie et la géologie.

Son adaptation cinéma la plus connue est sans doute celle de 2008 avec notamment en acteur principal Brendan Fraser (vu dans la Momie) et Josh Hutcherson (Hunger Games) qui raconte non pas le voyage de Lidenbrock et son neveu mais celui d’un professeur d’université et de son neveu Sean partis en quête de réponses sur la mort du père de ce dernier. Ils suivent néanmoins l’itinéraire emprunté par les personnages du livre. Ce film connait une suite en 2012 mais le centre de la Terre ayant déjà été visité lors du précédent film, c’est sur l’île mystérieuse que Sean ainsi que son beau-père Hank (alias Dwayne Johnson) atterrissent pour vivre l’une des plus folles aventures qu’ils aient jamais vécu.

Le fameux tour !

Nous finirons notre voyage au côté des personnages de Jules Vernes avec un petit tour du monde.

24329Le tour du Monde en 80 jours est publié en 1872 et, à l’inverse de l’ouvrage précédent où les événements se déroulent dans un endroit impossible, dans ce roman les personnages entreprennent un tour du monde qu’ils devront finir en 80 jours sous peine d’une sanction de la part du ministère des sciences d’Angleterre. Ce tour du monde est rendu possible par la révolution des transports qui marque au 19è siècle : la révolution industrielle, qui amène de nouveaux moyens tels que le bateau à vapeur et les chemins de fer. Cela raccourcit les distances ou plutôt le temps qu’il faut pour les parcourir. Ce voyage est effectué par Phileas Fogg accompagné de son valet chambre Passepartout.

Son adaptation cinématographique la plus célèbre est sans doute celle réalisée en 2004 avec dans le rôle de Passepartout le fameux Jackie Chan et Steeve Coogan dans celui de Phileas Fogg. Cette adaptation est bien sûr à visée comique mais reste tout de même fidèle à l’œuvre de Verne, même si on peut se douter que des combats d’arts martiaux seront au rendez-vous.

C’est ici que se termine notre voyage dans les œuvres de Jules Verne. En espérant que vous, lecteurs, serez curieux et irez voir ces films et chercherez ces autres adaptations quelques peu inattendues qui n’ont malheureusement pas pu être traitées ici !

Léonore Boissy

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De la perméabilité de l’être humain

Le mot d’ouverture, par Jacques Darras

« Whitman échappe aux lectures partielles donc partiales. Pour comprendre la qualité d’« elusiveness » (insaisissable fugacité) qu’il s’attribuait à lui-même ou, suivant sa propre image, cette « furtivité de vieille poule dissimulant son œuf dans le creux d’une haie », il faut s’essayer soi-même à l’exercice du commentaire. Dans les Feuilles d’Herbe tout file, tout coule, tout fuit, tout est conçu de telle façon qu’aucun fil n’est réellement décelable sur lequel on pourrait tirer, démaillant d’un coup la toile. Il faut reculer de plusieurs pas et réfléchir dans la distance. »

Aujourd’hui, une lecture impulsive

Il n’est pas rare que nous goûtions joyeusement un texte ; toutefois, il faut pour atteindre un état fébrile que ce dernier soit particulièrement sensible. C’est le cas du poème d’aujourd’hui : « Il y avait un enfant qui sortait de chez lui », de Walt Whitman.

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Le Garçon à la baguette de pain, Willy Ronis

C’est par hasard que je le découvre dans les Feuilles d’herbe, dans la quête un peu lasse de renouer avec la langue poétique. J’ai dans l’idée qu’il faille que celle-ci touche la nôtre ou, du moins, qu’elle ne s’en écarte pas trop. Mais il semble que j’ai été amer sans raison : là, sous mes yeux, de longs vers qui me parlent du caméléon humain se sont profilés, sans même que j’espère :

« Il y avait un enfant qui sortait tous les jours de chez lui,
Et la première chose que ses yeux rencontraient il la devenait
 »

C’est le conte de la perméabilité humaine qui se développait sous mes yeux et qui a décliné, sur 39 vers libres, l’absence de fixation, quant à d’éventuels objets, observée chez l’« enfant ». C’est dans un premier temps qu’on voudrait définir un message optimiste, qui parle de curiosité et surtout d’ouverture en dépit des instants qui perdent doucement de leur lumière. Si l’« enfant » mue autant, c’est que tout l’intéresse. Assez vite pourtant, c’est les valeurs itératives qui prennent le pas, et si les thèmes se multiplient sans fin, il n’en reste pas moins que l’« enfant » ne fait rien qu’il n’a pas déjà fait, dans la même routine, toujours qui « sortait tous les jours de chez lui », dans un empêtrement morbidement commun.

De la vie de l’enfance à la vie

Le paradoxe m’a semblé tenir dans la vitesse : y avait-il moyen qu’il appréciât toutes ces choses qu’il devenait à la vitesse où les choses lui arrivaient puis repartaient ? Rien ne le laisse entendre, et ses métamorphoses continues poussent à imaginer qu’il prend les traits des choses qu’il devient sans jamais les marquer des traits qui lui sont propres. C’est là que la chose est intéressante : l’« enfant » n’a pas de consistance pour lui, il s’inscrit dans la fuite, ou plutôt dans le mouvement vers ce qui n’est pas lui. Et plus ces choses qu’il devient s’amoncèlent et plus la transition se fait depuis sa vie d’enfance vers sa vie d’ensemble.

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Walt Whitman

Rien ne peut faire imaginer une émotion : l’« enfant » s’assimile, puis l’enfant disparaît. Il est d’ailleurs toujours l’attribut des sujets dès lors qu’il s’extrait de chez lui : « Furent lui les pousses des champs, quatrième Mois cinquième Mois » ; jusqu’à ce vers final, où sa position se stabilise : il y devient alors définitivement l’attribut des sujets qui l’ont appelé tout le long, à jamais dépouillé de sa capacité à être le thème de ses propres procès :

« Devinrent l’enfant, firent partie de l’enfant qui sortait tous les jours de sa maison, et qui depuis et aujourd’hui est sorti et sort encore de sa maison, et sortira demain et tous les autres jours. »

Ainsi, et encore sans trop d’explications, ce poème fait état d’une disparition ; une disparition qui trouve une source plausible dans l’action d’immobilité. Cet « enfant » qui « sortait toujours de chez lui », aurait-il disparu s’il n’avait pas fini, sans qu’il ait d’emprise dessus, par s’aliéner aux autres ? Rien ne nous le dira. Mais c’est l’esprit qui tourne que je clos le livre et m’intéresse enfin à vous le partager.

Alexandre Boutard