Dans la peau d’une fourmi

52_Juliette_fourmis roman« Les Fourmis ? Y-a vraiment un gars qui a écrit un roman entier sur les fourmis ?! Bon, pourquoi pas. »

Les Fourmis de Bernard Werber, premier volet d’une saga de trois bouquins, est un peu magique. On l’ouvre et POUF ! On a rétrécit. Drôle de sensation que de se retrouver dans un corps minuscule d’à peine quelques centimètres de long. Dans la peau d’une fourmi donc, ces petits êtres qui grouillent dans nos jardins, qui envahissent nos maisons et que l’on prend un malin plaisir à écrabouiller. Pourtant, dès les premières lignes monsieur Werber nous donne l’occasion d’explorer, de découvrir un monde qu’on ne peut voir du haut de nos deux jambes dressées face à cette terre, où demeure une société en tout point similaire à la notre.

Prenez-en de la graine !

Car si le livre tend à nous démontrer que la société fourmi fonctionne de manière semblable à la société des hommes, il faut reconnaître qu’elle fonctionne même mieux ! C’est dans une parfaite harmonie et une complète compréhension que les fourmis vivent, travaillent et évoluent grâce à une forme singulière de communication : la communication absolue. Il ne nous est plus possible de mépriser ces insectes que l’on pensait insignifiants. Plus que de les respecter, certains sont allés jusqu’à penser qu’il faudrait en prendre l’exemple. En nous exposant leur mode de vie, allant de l’exécution parfaite de la tâche qu’on leur à confié bien avant qu’elles ne naissent jusqu’au sacrifice de leur personne pour la sainte nation et leur Mère, l’auteur nous montre l’existence d’une vie en communauté sans faille. De quoi rendre jaloux nous autres individus.

Un fabuleux mélange des genres

52_Juliette_ homme fourmiEn s’appuyant sur de vrais propos scientifiques, Bernard Werber (journaliste scientifique avant d’être écrivain) donne une profondeur et une légitimité cruciale à son roman. Ainsi se mêlent jovialement la science et le fantastique ! Le discernement entre les deux n’est d’ailleurs pas toujours évident, puisque tout à l’air indéniablement réel.

À cela s’ajoute de véritables intrigues policières. Dans le monde des hommes, de mystérieuses disparitions ont lieu dans la cave de la famille Wells : la famille elle-même mais aussi les policiers chargés de l’enquête et les pompiers venus sauver le tout. Dans le monde des fourmis, une petite équipe cherche à percer le secret d’une énigmatique arme secrète dont disposerait une nation fourmi ennemie. Bien plus qu’un simple roman animalier, les intrigues de ce livre vous saisissent et vous mènent dans une course frénétique vers la recherche de la vérité.

Aimons nos semblables !

Au fil de la lecture, on se surprend à affectionner ces petites bestioles, qui, dans le roman, parlent français (ou coréen, si vous lisez la traduction coréenne), éprouvent des sentiments tels que la frustration, la haine, l’amour (n’avons-nous pas tous appris en cours de philo qu’aimer était une capacité humaine ?), ce qui en somme les rapproche irrémédiablement de nous. Mais s’il est un sentiment délicieux que de se sentir proches d’êtres infiniment plus petits que nous, vient l’effroi lorsque l’on prend conscience du nombre faramineux de fourmis que l’on a tué et que l’on tuera par mégarde pendant notre vie ! Triste fatalité.

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Fascinant, enrichissant, déstabilisant, ludique, Les Fourmis ne vous laissera pas indifférent quant à la vie qui se passe sous vos pieds. Prenez donc garde où vous les posez.

Juliette Descubes

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Le lecteur de mangas est-il un dangereux psychopathe ?

cowboy-bebopVoilà une question à laquelle il est intéressant de répondre, car si le lecteur de mangas souffre d’une véritable addiction pour ces petites bandes dessinées japonaises (et cela peut aller plus loin, jusqu’à se métamorphoser en personnage de ces BD lors de mystérieuses conventions dédiées à la culture japonaise), il reste toutefois, la plupart du temps, inoffensif. En effet, la lecture de mangas peut déclencher chez lui la création d’un imaginaire dépassant les frontières de notre triste et morne réalité, il se trouve ainsi comme enfermé dans une bulle hermétique où ses rêves d’évasion deviendraient presque palpables. Il n’est donc pas rare de croiser quelques sujets, intimement convaincus qu’ils deviendront un jour des pirates, naviguant avec bravoure sur la route de tous les périls, ou d’intrépides ninjas se battant avec courage pour défendre le village sacré de Konoha.

 

De ce fait, nous pouvons affirmer que la lecture de manga n’est pas sans risques. Mais elle présente aussi de nombreux points positifs.

 

Est-il vrai que lire des mangas accentue la pousse des poils nasaux ?

Mes amis, ne nous laissons pas distraire par de scandaleuses légendes urbaines. Certes, le manga est fréquemment défini comme une lecture illégitime, destiné à une classe d’adolescents déficients, pour qui « la grande Littérature » (terme définitivement discutable) n’est autre qu’une indéchiffrable suite de mots incompréhensibles. Et c’est un grand débat que voilà ! La question de la légitimité de la lecture étant un gouffre dans lequel ni vous ni moi n’avons envie de s’enfoncer, souvenons nous seulement de ce qu’a écrit notre cher Sartre dans son roman autobiographique Les mots : la lecture de romans « divertissants », en plus d’apporter au lecteur du plaisir, un moyen d’évasion, une compagnie, permet de créer chez lui une habitude de lecture qui le formera par la suite en tant que lecteur. Ces lectures, et notamment celles de mangas, sont donc légitimes dans le sens où elles forment à la lecture et constituent un véritable vecteur de développement de l’imagination et du goût.

 

Et il y en a pour tous les goûts !

46_fruits_basketQuelle bonne nouvelle ! Mais, avant de se pencher sur les différents genres que présente le manga, rappelons cependant que sa lecture nécessite un premier apprentissage. Le néophyte se lançant tête baissée dans la lecture d’un manga se cogne généralement au robuste mur – pour nous occidentaux – de la lecture de droite à gauche. Cette première étape constitue le premier pas vers l’acceptation de la particularité, et c’est ainsi que s’ouvre devant vous, devenu depuis peu lecteur ambidextre, une infinité d’ouvrages tous uniques par leurs histoires plus ou moins farfelues, mais pouvant se catégoriser en au moins trois catégories.

 

Amour, passion et petits chatons

Si vous êtes sensible aux histoires à l’eau de rose d’adolescentes en fleur, vous serez probablement attirés par le shōjo manga. Outre le caractère romantique très prononcé de ce genre, il peut s’agir parfois de réels voyages initiatiques, et le lecteur peut alors facilement s’identifier aux protagonistes.Prenons comme exemple le shōjo Fruits Basket de Natsuki Takaya, qui relate en 23 volumes l’histoire de la jeune Tohru Honda. Cette dernière est une lycéenne de 16 ans, orpheline, recueillie par les membres d’une famille maudite qui se transforment chacun en l’un des douze animaux du zodiaque chinois. Au fil de la série, l’adolescente est confrontée à des obstacles qui, derrière des aspects fantastiques, reflètent en vérité les questionnements que tout adolescent peut se poser. Le shōjo a donc une qualité incroyable : celle de créer une véritable catharsis chez le lecteur.

 

Aventures, bagarres et testostérone

46_Juliette_One-PieceSi vous préférez l’action, les combats ou encore les histoires de force et de dépassement de soi, vous serez probablement attirés par le shōnen manga, autrement dit le « manga pour jeune garçon ». Ce genre présente couramment l’histoire d’un jeune héros emplit de rêves et d’ambition, comme le fougueux Monkey D. Luffy, jeune pirate héros de la saga One Piece, qui doit se battre pour obtenir ce qu’il désire le plus au monde : le titre de roi des pirates ! Tout comme One Piece, les shōnen mangas sont souvent porteurs de morales et de principes que les personnages s’approprient au cours de leurs multiples et incessantes aventures. Ainsi, si l’on croit en le rôle de modèles que peuvent avoir ces personnages (notamment chez les jeunes lecteurs), il ne serait pas fou de dire, que, OUI, le manga peut être vu comme une sorte d’apologue qui nous rendrait vertueux ! Et nous voulons y croire.

 

Violence, marre de sang et boobs à foison

Si vous préférez le trash, le gore et le sexe (et non vous n’aurez pas d’illustrations pour cela), penchez-vous alors sur le seinen manga (et ce n’est qu’à peine exagéré). En effet, le seinen manga étant destiné à un public masculin et adulte, il n’est pas inhabituel, lorsque vous entre-ouvrez un livre au hasard dans le rayon seinen d’une librairie, de tomber sur des scènes à caractère sexuel +++ ou sur de véritables boucheries et autres marres de sang. L’excellent Battle Royale (tiré du roman du même nom)de Masayuki Taguchi et Koushun Takami, décrit l’histoire d’une quarantaine d’élèves, dans un pays totalitaire appelé « République de l’Est », envoyés sur une île dans le but de jouer à un « jeu » : s’entre-tuer et ne laisser qu’un seul survivant. Si le roman était déjà poignant, l’apport des images du manga brise l’aspect in-figurable d’un tel scénario, et nous met sous les yeux l’horreur du massacre juvénile. Malheureusement, le Gazettarium n’a pas pu tester pour vous les seinens dit érotiques (pardonnez).

 

Mais il existe bien d’autres sagas qui ont des thèmes plus particuliers. Un exemple, vous êtes fan de rock ? Beck (Harold Sakuishi) saura combler votre désir de rock’n’roll ! Vous n’avez donc plus aucune excuse pour ne pas vous y mettre.

 

Votre nez pisse le sang quand vous apercevez une culotte ?

46_battle_royale_01C’est que vous en avez déjà trop lu ! Les mangas regorgent de codes et de symboles qui leurs sont propres, et c’est à chaque fois un plaisir de les retrouver. L’expression exagérée des sentiments fait partie de ce que l’on retrouve très régulièrement dans un manga, et la retranscription en l’image entraîne de ce fait chez le lecteur une émotion accrue. On remarquera d’ailleurs que l’expression extrême du sentiment est à l’inverse de ce que l’on peut retrouver dans les mœurs japonaises ou dans les films (attendre 2h le baiser pour qu’il n’arrive finalement jamais…). Ainsi, l’écriture et l’illustration du manga se révèlent être de véritables licences pour les auteurs (mangaka), et c’est peut-être pourquoi certains scénarios nous semblent parfois si déjantés.

 

Alors, même s’il faudra attendre encore un peu avant de pouvoir placer les références de nos mangas préférés dans nos dissertations, lisez des mangas, c’est bon pour la santé ! Et s’il y a encore quelques réticents parmi vous, sachez qu’il existe des mangas occidentaux qui se lisent de gauche à droite (Pink Diary – Jenny).

Le lecteur de mangas n’est pas un dangereux psychopathe.

 

Juliette Descubes

 

Quand le cinéma s’invite au théâtre

Premiere image

Un soir de décembre 2013, une foule de spectateurs chanceux découvrent The Animals and Children took to the streets, conte musical complètement déjanté joué par la compagnie 1927 au Théâtre de la Renaissance, à Oullins. On nous avait promis de nous emmener « dans un univers onirique, ludique et fantastique entre Buster Keaton et Tim Burton », et à peine assis sur nos sièges, on comprend de quoi il s’agit. En deux mots (plutôt cinq) : on vous met dans l’ambiance. La lumière s’éteint et le film commence.

Le décor est un simple écran, seule une voix-off en anglais rompt le silence de la salle, on lève la tête et on lit les surtitres, on se croirait au cinéma. Les comédiens arrivent sur la scène et AAAH ! Les visages blancs, grimaçants, effrayants. Plus qu’un simple jeu entre acteurs, ils s’amusent avec les images qui leurs répondent.

Les premières notes du piano annoncent le début de notre voyage spatio-temporel : on se retrouve 80 ans en arrière, dans un immeuble du Bayou, miteuse banlieue délabrée aux habitants plus bizarres et insolites les uns que les autres.

Une ambiance « creepy » et des dialogues chantés qui nous rappelle le Sweeney Todd du grand Burton.

Deuxieme imageC’est dans cet univers, où l’humour noir règne en maître, que se dessine au fil du spectacle un scénario mélangeant à la fois les caractéristiques d’un film des années trente et d’une pièce tragique à l’ancienne. Le personnage principal est un concierge à la mine maussade, qui n’ouvre jamais la bouche, véritable antihéros, accablé par son triste destin, fatalement condamné à rester coincé dans son pauvre immeuble du Bayou.

Si tu nais dans le Bayou, tu meurs dans le Bayou.

Toute la morale de la pièce se trouve dans cette phrase. Le Bayou est un quartier maudit dont personne ne peut s’échapper, complètement délaissé par un maire, cliché du méchant par excellence. Personnage sans visage, caressant machiavéliquement son chat, tentant désespérément de faire taire les voix contestataires qui s’élèvent dans les rues de la misérable banlieue. Car si la majorité des personnages a abandonné l’idée de changer les choses, d’autres luttent et résistent en secret. Et ces résistants, aussi inattendus soient-ils, sont les enfants.

The Children took to the streets.

Troisieme imageUne armée d’enfants qui n’a trouvé qu’une solution pour s’exprimer : la destruction et le chaos. Mais leur cause est juste : qu’on les entende une bonne fois pour toute ! Une situation des plus actuelles. La banlieue s’agite, solution radicale : on drogue les insurgés. Victoire des autorités, les révoltés deviennent zombies : l’espoir d’un quelconque changement est anéanti, les enfants ont perdu leurs voix à jamais. Satisfaction générale ! Le maire a gagné, les habitants sont soulagés.

Une fin dramatique qui nous est imposée après nous avoir laissés penser que l’on avait le choix. Car on nous propose une fin alternative : fin idéale ou fin réaliste? Alors tout le public crie pour une fin idéale. Eh non ! Dans le Bayou, rien n’est idéal.

Finalement, après soixante-dix minutes de plaisir, pour nos yeux et nos oreilles, on sort de la salle et l’on se dit « j’achèterais bien le DVD. »

Juliette Descubes

 Pour avoir un aperçu de la pièce :  http://www.youtube.com/watch?v=xlgHQZAdWsE

Tuer pour exister

Il faut qu’on parle de Kevin, même si on préférerait ne pas en parler. Enfant non désiré, non désirable, enfant cruel et démoniaque qui transforme votre vie en véritable enfer. Voilà comment en parlerait sa mère. Eva n’aime pas Kevin. Constat douloureux qu’établit cette mère, constat déroutant pour le lecteur. Peut-on ne pas aimer son propre enfant ?

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Une question déconcertante, presque défendue, que soulève Lionel Shriver dans We need to talk about Kevin, à travers la plume d’Eva Katchadourian et des lettres qu’elle écrit au père de Kevin. Cet accès direct aux pensées, aussi malsaines qu’elles peuvent être parfois, nous permet de comprendre que l’amour maternel n’est pas inné, il peut même être inexistant.

Comment peut-on aimer un enfant alors que l’accouchement même est un supplice ?

Kévin n’a pas été tendre. Comme s’il avait déjà commencé à se venger de cette mère indifférente et froide qu’il continuera de torturer, peut-être la seule chose qui le tiendra en vie.

Kevin n’a pas encore l’âge de marcher. Enfant innocent et délicat ? Non, un redoutable sociopathe. Mais là on doute. Ce n’est pas cohérent, ce n’est pas dans l’ordre des choses, c’est la mère qui débloque. Et on s’en veut. On déteste l’enfant, malheureux enfant peut-être injustement victime de la paranoïa démesurée d’une mère qui boit trop de vin.

4_Juliette_we-need-to-talk-about-kevin-we-need-to-talk-about-kevin-28-09-2011-2-gUn matin, Kevin tue sept personnes dans son lycée. Et si on vous le dit au début du livre, n’en soyez pas déçus. Car cela se révèle bien pire que prévu. Une intrigue moins prévisible qu’on ne pourrait le penser et qui vous tient en haleine jusqu’à la méticuleuse description de ce fameux JEUDI, jour du massacre, digne d’une de ces grandes scènes de cinéma qui marquent vos mémoires et vous plonge au plus profond de l’âme du film. On touche enfin l’âme du livre, le pourquoi, le comment. Mais cette scène ne fait pas exception, le livre est cinéma, il se déroule sous vos yeux ébahis par la beauté des scènes, certaines des plus poignantes : « Il était debout devant l’évier, le dos tourné, ce qui ne m’empêchait cependant pas de voir que son pantalon de rayonne noire habillait en souplesse ses hanches étroites et tombait sur ses chaussures de cuir en cassant légèrement. Cette chemise blanche n’avait pas été achetée par moi ; avec ses manches longues et joliment amples, elle évoquait un peu les tenues de bretteur. J’ai été touchée, vraiment, et j’allais m’exclamer sur la beauté de sa silhouette quand il ne portait pas des vêtements taillés pour un enfant de huit ans, lorsqu’il s’est retourné. Dans ses mains se trouvait la carcasse d’un poulet froid, entier. Ou qui l’était avant qu’il ait arraché les deux blancs et une cuisse, dont il était encore en train de dévorer le pilon. » (p. 420)

L’effroyable profondeur de certains personnages, la caractérisation « type » d’autres. Notamment le parfait père américain, ou la petite sœur-fille modèle que Kevin ne pourra supporter.

Car si Eva et Kevin se haïssent, ce sont pourtant les deux personnages qui se ressemblent le plus : marginaux d’une société dont ils ne comprennent ni les codes ni les rouages, se sentant au-dessus, à côté, ailleurs, loin. Une haine palpable qui vous assaille lors des visites d’Eva au centre de détention de Kevin, entretiens glaciaux presque muets, elle tente de comprendre. Pourquoi son fils ?

Kevin s’inscrit dans une tradition. Une Amérique où le massacre juvénile n’est plus rare, n’a plus de raisons (s’il en a eues un jour). On tue par chagrin d’amour, on tue par excès de colère. On tue pour passer à la télé, pour devenir la vedette des médias, pour devenir un modèle, une légende. On tue pour provoquer. On tue pour exister.

Et on cherche : qui ? Qui sont les responsables ?

4_Juliette_Il faut qu'on parle de kevinLes parents, aveugles, qui n’ont su détecter la souffrance de leur jeune Matt en mal de popularité, l’insurmontable peine de leur si tendre Kirstin raillée par ses camarades ?

Et pourquoi un responsable ?

Eva a peut-être raison, son fils est peut-être né pour tuer, ceux qu’on appelle les fous, psychopathes, déséquilibrés, malades mentaux. Et il est fier.

Ces meurtres seront-ils suffisants pour donner une raison de vivre à Kevin ?

Le personnage de Kevin, interprété par Ezra Miller dans l’adaptation cinématographique de Lynne Ramsay (2011), bouleverse par un comportement que l’on juge si peu commun, une inhumanité inquiétante, qui effraye autant qu’elle fascine. Et c’est peut-être ici que se trouve toute la force du livre : on se surprend à être touché par Kevin, à le comprendre, à l’aimer tout en le maudissant.

Ainsi, le livre soulève beaucoup de questions, mais n’apporte pas pour autant des réponses. Si cela peut frustrer le lecteur, il l’incite cependant à réfléchir sur de nombreux sujets, évoqués par Lionel Shriver avec une honnêteté à la fois troublante et percutante, notamment la complexité des relations mère-enfant, qui se révèlent moins évidentes que ce que l’on nous pousse à croire.

Juliette Descubes