Une histoire hors du temps

Que feriez-vous si un jour vous étiez capable de voyager dans le temps mais que vous ne pouviez avoir aucun contrôle sur ce don ?

ABC-Making-Time-Traveler-Wife-SeriesC’est l’histoire que vit le héros du film Hors du temps (The Time Traveler’s Wife), adaptation cinématographique du roman Le temps n’est rien d’Audrey Niffenegger, et réaliser par Robert Schwentke. Ce film nous raconte l’histoire d’Henry DeTamble (Éric Bana) et de Claire Abshire (Rachel McAdams) qui entament une relation amoureuse perturbée par la capacité du premier qui, grâce à certains gènes, peut voyager dans le temps. En effet, Henry n’a aucun contrôle sur ce qui lui arrive et est ainsi envoyé dans le temps pour quelques minutes ou parfois quelques jours et toujours dans des endroits qui ont un lien avec un moment ou une personne de sa vie. C’est ainsi qu’il rencontre plusieurs fois sa futur femme dans différent moment de son passé et qu’il s’observe lui-même dans certaines étapes de sa propre vie.

Claire, elle, tombe amoureuse d’Henry à l’âge de six ans, lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois dans une prairie où elle allait jouer. Elle sait depuis le premier jour qu’ils sont fait l’un pour l’autre et essaiera, après leur mariage, de faire sa vie avec celui qu’elle aime par-dessus tout malgré les voyage répété d’Henry et le doute permanent qui plane entre eux : Va-t-il revenir en vie de son dernier voyage ?

Au fur et à mesure de leur relation d’autres questions vont venir perturber leur couple : Est-il possible d’avoir une famille ? Et si oui, l’enfant aura-t-il les mêmes capacités que son père ? Ces questions rythment leur vie en permanence et seul Henry peut obtenir les réponses. Il les aura mais fera le choix de ne rien dire à Claire pour ne pas la perdre.

Au générique du film, on peut avoir apparaître le nom de Brad Pitt. En effet, l’acteur avait acheté les droits d’adaptation du roman avant même sa sortie en librairie. Ce film a donc été produit par l’intermédiaire de sa boîte de production Plan B Entertainment en association avec New Line Cinema. Et c’est le célèbre scénariste Bruce Joel Rubin (célèbre notamment pour avoir remporté l’oscar du meilleur scénario pour le film romantique Ghost) qui est appelé par les producteurs.

originalEt petite anecdote, pour les besoins du film une séquence supplémentaire a dû être tournée bien après la fin officielle de tournage, il s’agissait d’une scène qui concernait Éric Banna et Rachel McAdams. Mais ce premier avait entre-temps dû se raser les cheveux pour interpréter Nero dans le film Star Trek. L’équipe de tournage a donc été dans l’obligation d’attendre que les cheveux de l’acteur repoussent ainsi que la saison qui conviendrait au tournage des plans additionnels. C’est pour cela que la sortie du film initialement prévue en 2008 a été repoussée jusqu’à l’été 2009.

En conclusion, ce film tout en sensibilité et en émotion met en scène une très belle et émouvante histoire d’amour qui vaut la peine d’être vu. On se croit facilement à l’alchimie que dégage ce couple en lutte permanente contre tout ce qui essaye de les séparer. On espère avec eux, on désespère avec eux, et durant toute la durée du film, on se demande si ce bel amour impossible va finalement réussir à s’épanouir pleinement, s’ils arriveront enfin à vivre ensemble de la manière dont ils le désirent, normalement, sans contraintes ni départs précipités. Ce drame très poétique ravira les fleurs bleues en quête de belles histoires d’amours.

Léonore Boissy

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Réparer les vivants : la course à la vie

Kideaz-reparer-les-vivantsHaut les cœurs ! Maylis de Kerangal a encore frappé.  L’un de ses derniers romans, Réparer les vivants, lui a d’ailleurs valu le prix « Roman des étudiants France Culture-Télérama » en 2014. L’auteur y dévoile une fois de plus sa perception de la vie à travers une histoire surprenante, que l’on se donne de lire… à cœur joie.

L’histoire débute avec trois lycéens adeptes de surf. À travers ce sport, ils cherchent le « vertige horizontal », l’adrénaline, le bonheur, ou plutôt leur bonheur. Mais, en rentrant chez eux, après la session, tout bascule. Simon Limbres, 19 ans, passe par le parebrise. Il est déclaré en état de mort cérébrale.

La mort comme tremplin à la vie

« Un patient du service est en état de mort encéphalique. Constat qui sonne comme une sentence conclusive quand pour Thomas, non, c’est un sens autre qu’elle déploie désignant au contraire l’amorce d’un mouvement, l’enclenchement d’un processus. »

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Difficile à entendre, dur à comprendre, cette expression est un fil conducteur pour ce roman. Alors que les proches de Simon Limbres apprennent un à un la situation du jeune homme, l’émotion du texte nous transperce comme si ce drame nous arrivait personnellement. Une fois dressé le portrait de cette famille dévastée, Kerengal se joue de nous. Elle nous apprend qui sera le receveur du cœur palpitant de Simon : Claire Méjan. Une cinquantenaire, qui, étrangement, n’est pas aussi heureuse que l’on puisse croire. Un personnage dont l’attitude reste frustrante lorsque l’on sait ce qu’endure l’entourage de Simon.

Simon Limbres : nom révélateur lorsque l’on sait que les patronymes des personnages ne sont pas choisis au hasard. Se pourrait-il que notre chère écrivain lui ait dessiné son destin à travers son nom de famille ? Fort probable. Simon erre dans les limbes, ce lieu d’attente entre la vie et la mort. Mais ce n’est pas le seul Limbres. Sa mère, Marianne, est la première prévenue. Puis son père, et enfin sa petite sœur. Ce nom de famille est comme une épée Damoclès. Eux aussi sont dans les limbes, ne pouvant plus vivre comme avant après ce drame, restant dans le souvenir de la mort prématurée du garçon.

Kerangal, ou comment écrire au XXIe siècle

4341761_5_c3d2_une-illustration-de-nini-la-caille_67d7e8363d2fd704bb9b53ca2a2c3162Comment écrire à l’heure du Postmodernisme ? Cette question, déjà abordée dans un article du Gazettarium par Céleste Chevrier, donne matière à réfléchir. Il est vrai, que passer après les plus grands est un défi à relever. Arriver à leur cheville n’est pas chose aisée et arriver à leur niveau encore moins. L’innovation est de mise mais comment innover ? Kerangal a sa propre réponse. Son écriture répond clairement à notre société de consommation. Son écriture ne nous dépayse pas et le plus étonnant est qu’elle nous va bien. L’innovation ne se trouve pas forcément très loin, il suffit de regarder au bon endroit.

Dans une société où la surinformation, la communication de masse et la publicité sont les maîtres mots, les idées se perdent. C’est ce que Kerangal s’amuse à retranscrire à travers une écriture proustienne. Elle se livre à écrire des phrases interminables mais c’est sans effort que nous nous adonnons à la lecture. Pourquoi ? L’auteur écrit simplement, sans utiliser de tournures idiomatiques incompréhensibles et même si le langage médical est omniprésent ils côtoient les termes simples (mais pas simplistes) rendant la lecture fluide. Or, ce style nous est nécessaire dans une situation d’urgence comme celle qui nous est décrite. Nous sommes comme emporté au cœur de l’histoire, et nous devons garder le rythme, ne pas freiner, de peur de faire échouer cette transplantation cardiaque.

Le texte est également jonché de noms de marques vues à la télévision, entendues à la radio, défilant sous nos yeux le long des rues sur tous les panneaux publicitaires, tel Rip Curl, Oxbow, Quiksilver, O’Neill, Billabong, ou encore les incontournables Coca-Cola et Nestlé. De petits clins d’œil permettant d’ancrer l’histoire dans le réel et servant de repères à ceux qui se perdraient dans leurs pensées lors d’une description un peu trop nébuleuse.

Enfin, n’oublions pas les anglicismes ! Dans une société où l’anglais n’est pas seulement obligatoire, mais indispensable, il se diffuse dans notre langage, si naturellement que l’écrire paraît simple voire évidente. À coups de let’s go, de mecs en regular sur leur planche de surf, de rides à prendre pour se sentir vivant… Les anglicismes sont à leur place. Plus original, des musiques sont proposées par-ci par-là, tel un fond sonore qui nous aiderait à plonger dans l’histoire, où nous pourrions presque toucher les personnages, se saisissant de notre walkman dernière génération, nous écoutons Miles Davis, King of Blue ou encore Rihanna, Stay. La musique s’impose.

À cœur ouvert

reparer les vivants - kerangal« Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus – hommage à William Harvey, premier médecin à décrire, en 1628, l’intégralité du système de circulation sanguine dans le corps humain, et désignant déjà le cœur comme une pompe à effet hydraulique, un muscle assurant la continuité du flux par ses mouvements et ses pulsations. Dans le bloc, sans s’interrompre, chacun répond : amen ! »

Le cœur meurtri, le cœur abîmé, le cœur en peine, le cœur rempli d’espoir, le cœur amoureux. Cet organe vital, vu sous tous les angles, à travers chacun des personnages de ce livre est l’essence même de tout acte engendré. Chaque personnage est décrit dans toute son humanité, avec des sentiments que le narrateur omniprésent ne nous cache pas. Les paroles des personnages se mêlent à celles de ce dernier, dont on devine les sentiments, les interrogations, voire le sarcasme.

Kerengal nous fait comprendre que tout le monde a son rôle à jouer. Il n’y a pas une seule histoire, pas un seul héros ou personnage de papier, seulement des hommes avec des parcours différents, qui un jour sont amenés à se réunir. Maylis de Kerangal nous offre un livre qui met du baume au cœur.

Perrine Blasselle

Ainsi meurent les bombes et tombent les lucioles

02 Deuxième ImageLa vie d’Akiyuki Nosaka en elle-même ressemble à un roman. Et pour cause, La tombe des lucioles est quasiment l’autobiographie d’une partie de son enfance. Orphelin de mère peu après sa naissance, il est confié à une famille d’adoption, ce qu’il découvre après la mort de celle-ci lors du bombardement de Kobe. Il survit alors de vagabondage et de vols avec sa petite sœur, dans un Japon en ruine soumis à la pénurie et au marché noir.

Envoyé en maison de correction, un stupéfiant « deus ex machina » fait effet avec la subite réapparition de son père biologique qui se trouve être le vice gouverneur de province ! Celui-ci l’envoie alors suivre des cours de littérature française à Tokyo, retrouvant ainsi une vie décente. Cependant, Nosaka abandonne rapidement ses études. Il vit alors de petits travaux, tiraillé par ses souvenirs. Il devient écrivain en 1954, et son premier roman, Le Pornographe, paraît en 1964. Ce dernier fait un scandale et le rend célèbre. Mishima l’applaudira en le qualifiant même de « roman scélérat, enjoué comme un ciel de midi au-dessus d’un dépotoir ». Nosaka est un provocateur. Il écrit une suite à son premier ouvrage en 1967 : La tombe des lucioles, qui recevra le prix Naoki l’année suivante.

Nosaka nous fait revivre l’enfer des bombardements de Kobe, qu’il a lui même vécu étant enfant. L’histoire se déroule en 1945, narrée du point de vue de deux enfants : Seita, un garçon de quatorze ans, et sa jeune sœur Setsuko, alors âgée de quatre ans. Le récit s’ouvre par la fin : la mort tragique de Seita dans la gare de Sannomiya, au milieu d’autres sans-abris. Considéré comme un moins que rien, un déchet répandu sur le sol, son corps est retiré pour être brûlé. Une fin anonyme pour une vie qui la fut tout autant, comme aurait pu l’être celle de son auteur en d’autres circonstances. Âmes sensibles s’abstenir.

Le narrateur revient alors sur le triste destin de ce frère et de cette sœur. Fuyant l’incendie de Kobe qui se déclenche suite aux bombardements de napalms, ceux-ci ont perdu leur mère dans la confusion générale. Voulant protéger sa jeune sœur, Seita lui cache sa disparition. Trouvant refuge chez une de leurs cousines, celle-ci les escroquent et les maltraitent avant qu’ils ne décident de fuir. Seita et Setsuko vont alors se réfugier dans une caverne non-loin. Sorte d’abri de fortune les éloignant de l’horreur de la guerre. Dès lors, ce lieu deviendra un refuge aux affres des bombes, un espace d’évasion et d’imaginaire peuplé de lucioles.

03 Trosième ImageCette courte nouvelle d’une quarantaine de pages est très dure et très crue. Avec une poésie toute marquée, mais cependant moins que son équivalent filmique, ce récit se fonde sur la confrontation de deux univers. Une dualité thématique qui lui donne à la fois sa cruauté et sa force : celui de la folie et de la brutalité du monde des adultes ; face à celui de la naïveté et de l’innocence des enfants. Dans un contexte de guerre, de mort et de souffrance, où le désespoir règne (qui a dit que l’amour ne pouvait apparaître sur un champ de bataille ?) le contraste est profondément saisissant. Vivre dans ce genre de monde n’est pas fait pour les enfants ; ceux-ci ont besoin de s’évader, de jouer, de rêver, et c’est ce que tentera de faire Seita : faire vivre à sa sœur la vie qui aurait dû être la sienne, celle d’une simple petite fille.

Une des plus grande originalité, pour ne pas dire singularité, de ce récit tient sans doute du langage. Le style de Nosaka est assez surprenant : il allie la langue du peuple, un argot japonais transfigurant le texte, avec une plume qui pourrait nous évoquer les longues et riches phrases de Proust, mais qui peut en rebuter plus d’un ! Ce mélange rend le récit d’autant plus poignant et insoutenable, que ses personnages parlent et s’expriment comme des individus que l’on pourrait rencontrer chaque jour dans la rue. On plonge ainsi dans le rythme de la vie des personnes soumises au rationnement avec des images parfois triviales, parfois d’une infinie tristesse, d’une profonde tendresse entre ces enfants qui errent dans le ravage des bombardement, tenaillés par cette faim qui lentement tue.

Une adaptation en film d’animation a par ailleurs été réalisée en 1988 par Isao Takahata, travaillant pour l’occasion avec le Studio Ghibli. Que dire sinon que le film est incroyablement beau et émouvant, plus poétique même que peut l’être la nouvelle originale de Nosaka. Lorsqu’il sorti en France en 1996, les spectateurs commençaient à peine à découvrir les productions d’animations japonaises, injustement méprisées et souvent assimilées aux productions répondants aux impératifs commerciaux pauvres tant statistiquement qu’esthétiquement. Le tombeau des lucioles – car tel est le titre du film en France – a causé un véritable tremblement de terre dans le champ de l’animation français de l’époque par ses scènes inoubliables empruntes d’une beauté poignante.

01 Première Image

Akiyuki Nosaka

Tous les films de Takahata sont adaptés d’œuvres littéraires et Le Tombeau des lucioles ne fait pas exception. Là où Miyazaki préfère explorer des mondes imaginaires et merveilleux, Takahata préfère explorer la réalité du quotidien, même si cela doit conduire le spectateur à assister aux horreurs de la guerre. Ce naturalisme et cet enracinement dans la réalité sont en quelques sorte la marque de fabrique de sa filmographie. Ce film a d’ailleurs été récompensé de nombreuses fois, notamment par le prix UNICEF pour son message de paix et au festival du film de Moscou.

« Que Le Tombeau des lucioles soit un film d’animation ne signifie pas qu’il doive épargner le spectateur. La guerre est une chose monstrueuse, horrible. Des enfants meurent. Pour ce film, j’ai recherché une manière simple mais directe de montrer les choses, la mort. »

Une nouvelle raison de s’intéresser au cinéma d’animation et aux mangas, afin d’apprécier un genre s’affinant avec le temps, mais de plus en plus boudé par le cinéma traditionnel.

Clément MORAND