L’émotion de Guillaume Musso

« On la connaît tous, cette solitude qui nous mine parfois. Qui sabote notre sommeil ou pourrit nos petits matins. C’est la tristesse du premier jour d’école. C’est lorsqu’il embrasse une fille plus belle dans la cour du lycée. C’est Orly ou la gare de l’Est à la fin d’un amour. C’est l’enfant qu’on ne fera jamais ensemble. C’est quelquefois moi. C’est quelquefois vous. Mais il suffit parfois d’une rencontre … »

femina-28-guillaume-musso-00_0
Guillaume Musso, il y a beaucoup à dire sur cet écrivain français tant aimé dans le monde littéraire. Il commence à écrire alors qu’il n’est encore qu’un étudiant et c’est en 2004, suite à un accident de voiture, que Musso écrit le roman Et après, l’histoire d’un enfant revenu de la mort. Le livre connaîtra un succès tel qu’il sera vendu à plus de deux million d’exemplaires et traduit dans une vingtaine de langues. L’écrivain flirt avec le fantastique, ses personnages sont souvent confrontés au surnaturel, le plus souvent sous forme de flash-back et de voyage dans le temps. Il joue avec le temps et le destin et crée ainsi un suspense digne des plus grands polars. Un suspense mêlé à beaucoup de sentiment ce qui rapproche les lecteurs des personnages. Grâce à son roman Et après, Musso obtient en 2004 et 2005 le prix du meilleur roman adaptable au cinéma en France, et en Italie le prix Scrivere per amor. Ce roman sera d’ailleurs adapté au cinéma sous la direction du producteur et réalisateur Gilles Bourdos.

18999090Par la suite, Guillaume Musso écrira une douzaine de roman entre 2005 et 2016. Il est depuis cinq ans le romancier français le plus lu. L’univers crée par cette auteur nous entraîne toujours plus loin dans l’espace et le temps. Son succès est dû non seulement à cette univers riche en émotion mais aussi à son style unique et à la relation qu’il parvient à crée avec ses lecteurs qui sont de plus en plus nombreux à travers le monde. Car Musso aime raconter des histoires et donner aux gens le plaisir de lire, ses lecteurs sont de tout âge et de tout sexe même si son lectorat est composé en grande partie d’adolescents et de jeunes adultes. Dans une société où de plus en plus de jeunes délaissent la lecture pour les jeux-vidéos Musso arrive encore à toucher et à émouvoir. Ses histoires nous hypnotisent tant qu’on ne peut plus lâcher le livre. Chaque chapitre donne envie de lire le suivant, le découpage de l’histoire nous donne l’impression d’assister à un film. Les personnages que l’on rencontre au fil de notre lecture sont très profonds : Musso travaille beaucoup sur leur biographie pour entrer en empathie avec eux et crée ainsi cette alchimie mystérieuse et cette émotion qui caractérise si bien ces ouvrages. C’est grâce à cela que l’on peut ressentir un certain frisson, un surplus d’émotion en tournant la dernière page de ces romans. Il est surnommé par beaucoup « le roi du suspense », mêlant avec brio l’amour et le suspense dans des romans qui penchent néanmoins de plus en plus vers le thriller tout en restant fidèles à son style. Les critiques jugent favorablement la plupart de ces romans pour leur humour, leur intrigue bien menées ainsi que pour la qualité de leurs chutes toujours inattendues. Sa nomination au rang de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2012 prouve cette notoriété ainsi que son talent pour l’écriture. Guillaume Musso n’est d’ailleurs pas le seul écrivain de la famille car son petit frère, Valentin Musso, est auteur de roman policier et suit les traces laissées par son aîné.

Pour finir, si vous aimez les romans sentimentaux avec une pointe de suspense et une intrigue bien ficelée et surtout si vous n’avez pas peur de verser quelques larmes c’est que les œuvres de Guillaume Musso sont faites pour vous. Il vous emmènera à travers le temps et l’espace, dans un univers tout droit sorti de son imagination et vous fera réfléchir sur la notion de temps et sur les choix à faire dans la vie.

Léonore Boissy

L’étoile et le fouet de Frank Herbert : l’extrême limite de la communication

Gamin aux étoiles plein les yeuxRencontre avec l’Autre absolu

 Frank Herbert n’aime pas se répéter. On peut bien voir un fil directeur dans ses œuvres : l’exploration des limites de l’homme. Mais chacun de ces livres explore une idée nouvelle. Bien loin de l’univers et du style de Dune, L’étoile et le fouet explore les limites de notre capacité à communiquer avec l’Autre absolu. Cet Autre est une espèce nommé Caliban : on ne peut ni les voir ni les toucher, mais tout juste les sentir comme un regard posé sur soi. Devant l’échec des sens et des sciences, le seul outil permettant de les décrire est la poésie : ces êtres sont « comme des fenêtres aux volets clos ouvrant sur l’éternité. »

Un polar sans suspens remplis d’une insoutenable tension

La forme d’écriture est celle d’un polar : nous suivons l’enquête d’un détective bureaucratique, dans un univers unifié par la possibilité de transports instantanés. Mais le titre contient toute l’intrigue et après trois pages, l’assassin, la victime et le mode opératoire sont connus. À la façon d’un Tarantino, c’est par sa façon de raconter l’histoire que Frank Herbert hypnotise le lecteur. On comprend petit à petit que l’enjeu n’est pas de trouver le coupable, mais de parvenir à communiquer avec la victime. Un échec conduirait à l’extinction de la race humaine. 

Éducation par la frustration

exemple de pure abnégation, dans le passage avec la calibane faite de pure énergie / émotion / amour

Abnégation

Des milliers d’années auparavant, lors des balbutiements de la colonisation spatiale, les Calibans avaient offert à l’humanité la possibilité de voyage instantané, sans rien demander en retour. Petit à petit, ils disparurent. Aujourd’hui, la victime n’est autre que le dernier Caliban. Au travers de pages remplies de dialogue de sourd, la discussion s’installe entre l’enquêteur et cet être, mais n’aboutit à rien. Le héros comme le lecteur sont obligés de fournir un énorme effort pour surmonter cette frustration, afin de parvenir à imaginer de nouvelles façon de communiquer. Tout y passe : abstraction mathématique, poésie, interminables définitions académiques, digressions sémantiques, incursion dans le domaine de la spéculation physique, empathie, sympathie, dissection, analyse scientifique, etc. Rien n’y fait. Mais toute cette frustration pousse à réfléchir à la limite de nos possibilités, dans l’unique but de comprendre autrui.

Réflexions finales (spoiler)

 Au fil de multiples tentatives, à défaut de comprendre le Caliban, on en fait le tour. Il s’agit d’une créature omnipotente, mais ni omnisciente, ni immortel. Un être de pure énergie, capable de voir l’univers des possibles et l’intrication entre chaque chose. Un être qui fabrique des émotions à partir d’énergie et qui, dans notre plan d’existence, tire son énergie d’une étoile. Un être qui rend amour pour amour et amour pour haine. Un dieu mortel et infiniment bon en somme. À chaque coup de fouet haineux qu’elle recevait de son tortionnaire, elle rendait de l’amour pure, et donc de l’énergie. À force de tant de haine, l’étoile ce meurt.

fireVéritable allégorie de Dieu, le Caliban est purement réflexif. Il nous renvoie à nos limites, à nos défauts, à nos folies. Il est dépendant de notre amour, et n’a rien d’autre à offrir que la sienne en retour. Mais cet amour, bien que transcendant toute considération d’espèce, ne suffit pas à établir une communication. Il doit encore être supportée par toutes les ressources d’un être, notamment sa raison, ces émotions, ces instincts.
Frank Herbet nous enseigne une nouvelle fois comment être un homme total.

Pierre Alhammoud