Les Boutardises : « Je suis Oignon » ; réforme de l’orthographe

Pulp Bescherelle

Annotations introductives

Cet article a pour vocation, à défaut de faire débat — je range mes crocs —, d’enrichir le retour critique qu’ont les usagers sur ce qui arrive à leur langue ; les premiers à produire une réaction étant naturellement ceux dont la maîtrise de cette dernière est la plus limitée (j’entends bien par là qu’ils n’en maîtrisent ni absolument la forme ni ne sont capables d’en apprécier l’historicité). Qu’on ne m’oppose aucun procès d’intention, je suis, sur ce dernier point, comme vous. Pour ce qui suivra, j’ai épluché le rapport réalisé par le Conseil Supérieur de la Langue Française de 1990. Voici ce qu’il dit.

Histoire simplifiée à l’extrême

Je suis wagnonL’Académie Française a été fondée dans la première partie du XVIIe siècle ; sa mission est, entre autres mais majoritairement, de faire de la langue un objet de rayonnement international (notamment, à l’époque, en la fixant). Le plus intéressant, ce qui parlera le plus à vos égos malmenés, le voici : cette entreprise fut engagée parce qu’on percevait dans la langue un idéal de beauté, de pureté, d’éloquence, de précision qu’il fallait à tout prix conserver et imposer à tous pour toujours. À notre époque, cette problématique est évidemment d’actualité ; on a donc ceci : « En installant, en octobre dernier (octobre 1989), le Conseil supérieur ici assemblé, vous (ici, le Premier Ministre) le chargiez, entre autres missions, de formuler des propositions claires et précises sur l’orthographe du français, d’y apporter des rectifications utiles et des ajustements afin de résoudre, autant qu’il se peut, les problèmes graphiques, d’éliminer les incertitudes ou contradictions, et de permettre aussi une formation correcte aux mots nouveaux que réclament les sciences et les techniques. »
Entrons dans le vif du sujet.

Les motifs

Dit très clairement, le motif est de rendre l’apprentissage de son code (c’est-à-dire l’orthographe) « plus aisé et plus sûr ». Quatre principes ont été suivis durant le travail de refonte de l’orthographe :
1) Ce devait être « ferme et souple », en garantissant la cohérence et la clarté — de forme et de fond — des rectifications, les professeurs auront ainsi une norme stricte sur laquelle reposer et baser le nouvel enseignement de l’orthographe ; et tout ceci ne se faisant évidemment pas à l’exclusion du code ancien (de l’orthographe telle qu’on l’a apprise, nous, « anciennes générations ») : il reste admis.
2) Mettre fin à des incohérences in-enseignables méthodiquement, qui ne servent « ni la pensée, ni l’imagination, ni la langue, ni les utilisateurs » ; le secrétaire perpétuel de l’Académie Française précise : « Ces rectifications ne prétendent pas à rendre l’orthographe simple et rationnelle (…) On rappellera seulement que, si la logique doit régir la syntaxe, c’est beaucoup plus l’usage et les circonstances historiques ou sociales qui commandent au vocabulaire et à sa graphie. »
3) Tenir compte des évolutions qu’on peut déjà observer.
4) Que les modifications ne prendraient pas la mesure d’un bouleversement de l’orthographe ; l’Académie promettant d’observer ses conséquences via des moyens informatiques.

Il faut rappeler que de telles modifications ont fragmenté l’Histoire de l’orthographe de France (« l’Académie française a corrigé la graphie du lexique en 1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878 et 1932-35 ») ; malgré ce rapport sanguin à elle, on grandit avec un code en mouvement constant ; ses évolutions nous sont strictement invisibles. Si on ne parle plus la langue du XVIIe siècle (post-fixation linguistique j’entends), on préserve l’essence de satisfaction qui voulut qu’on la fixât. Objectivement, cela nous rend « capables » de lire des textes qui s’apprêtent à fêter leurs quatre-cents ans, et c’est là-dedans que devrait se trouver la source de « confiance » : les modifications s’institutionnalisent sans perdre de vue qu’il faut que les générations se comprennent et que le savoir filtre.

Dans les faits

soupeSi vous recherchez un exemplier justifiant tous ces nouveaux faits, la source est en fin d’article. En attendant, parlons des modifications effectives :
1) Les mots composés (« porte-monnaie ») se verront « soudés » à l’exception de ceux dont l’agglutination amènerait une mauvaise prononciation ou quand la dernière lettre du premier mot-composant et la première du second sont des voyelles (pour éviter qu’il diphtongue). L’exemple choisi par le secrétaire est « extra-utérin », qui donne sans tiret extrautérin (phonétiquement \ɛkstʁoteʁɛ̃\ au lieu de \ɛkstʁa-yteʁɛ̃\).
2) Les mots d’origine étrangère s’actualiseront selon le code grammatical français (un match, des matchs ; un cardigan, des cardigans ; un boom, des booms ; etc.).
3) L’usage de l’accent circonflexe, ou encore « accent du souvenir », utilisé en français pour rappeler la présence d’un graphème qui est tombé, est refondu. Celui-ci sera conservé sur les lettres a, e, o et ne sera plus obligatoire sur les lettres i et u à l’exception de cas utiles, tels que la conjugaison ou l’occurrence d’accents diacritiques (signes qui apportent une précision ; on prendra l’exemple d’une homographie qui court sur les réseaux sociaux : jeune/jeûne ; sur/sûr ; etc.).
4) À l’instar de l’accent circonflexe, l’utilisation de l’accent tréma est modifiée ; il devra désormais se placer sur la voyelle prononcée (aiguë devient aigüe ; exiguë devient exigüe ; etc.).
5) L’utilisation de certains accents aigus ou graves est modifiée afin de mieux coller à la production phonétique et dont l’exception ne trouvait un sens que dans la convention ; on aura notamment événement qui deviendra évènement ; considérerai qui deviendra considèrerai ; etc.
6) Concernant les participes passés de verbes pronominaux, se laisser voit son utilisation alignée sur se faire, c’est-à-dire qu’il devient invariable s’il est suivi d’un verbe au mode infinitif. Exemples donnés par le secrétaire permanent : « elle s’est laissé mourir (et non, laissée) ; je les ai laissé partir (et non, laissé(e)s) » à l’instar de « elle s’est fait maigrir » ou encore « je les ai fait partir ».
7) Enfin, concernant les anomalies comprises dans certaines séries de sens brèves, elles seront gommées : chariot (un seul r) devient charriot (deux r) ; cuissot (-ot) devient cuisseau (-eau) ; douceatre (-eatre) devient douçatre (-çâtre) ; etc.

Enfin, pour l’anecdote, nénufar, ce mot-blason (d’origine arabo-persane), a toujours été orthographié ainsi, sauf dans la huitième édition du dictionnaire où sa graphie a été modifiée (1932-1935). Le ph est justifié par une racine grecque, quand la racine étymologique est autre, il devient une anomalie de langue. Le mot « pharmacie » n’est en conséquence pas concerné (racine grecque pharmakeia).

Pour l’exposé détaillé et très savant, je vous laisse vous rendre sur le lien suivant, où tout est expliqué très en détail.

Conclusion peu utile

En conclusion peu utile, message à tous ceux qui parlent de novlangue, de décadence, d’appauvrissement, d’affaissement du niveau, à tous les « je suis oignon » qui se renseignent au travers de grands médias seulement : le jour où vous consulterez des documents-sources, des ouvrages de spécialistes afin de vous forger une opinion et non plus les seules informations médiatisées, vous pourrez prendre une position d’Ancien ou de Moderne, d’ici là, il ne reste qu’à s’occuper de ses domaines de compétences et de subir les mouvements de ceux qu’on n’entend pas, à bon entendeur, salut !

Alexandre Boutard

Les Boutardises : poème gagnant de la Veillée Poétique du 22 octobre 2015

Oiseaux

Arrivé — enfin ! ne me direz-vous sûrement pas — et sans retard, l’article du poème gagnant de la première veillée poétique de la saison 2015-2016 : Où allons-nous où, de Yve Bressande ! Il a dû, de mémoire, faire l’unanimité auprès de la commission ; il a dû nous percer la gueule au recours du coup d’épiphore qui titre le poème et conclut chaque strophe (sic). Je pensais faire une analyse plus littéraire du texte mais j’ai trop graille de cette chose-là et il me fallait un autre prisme — et je n’en ai pas trouvé. Lors de la veillée, il a commencé par nous dire de ne pas suivre scolairement sur nos reprographies, que la version qu’on avait du poème était déjà tombée et que celle qu’il tenait ne le tarderait sans doute pas. Ça me rappelle des histoires de vitalité du texte littéraire, qu’on pense à tort figé mais qu’on désosse progressivement des marques obscurcies du temps, des censeurs, des manies auctoriales selon les éditions et les époques. Et c’est peut-être la vitalité des sujets du texte qui est à retenir, qui bougent sans crever, jusqu’aux frontières où l’indigence ne s’émeut plus aux coudes de la mort mais de l’espoir, des mêmes milliards de pas collectifs. J’ai finalement le goût de l’analogie forcée : « Quel est le peuple préféré de Wotan bien qu’il soit cruel envers lui ? » Demande le voyageur borgne Wotan en réponse à l’interrogatoire-décompte que lui impose Mime, le nain de la forêt, la sorte de rempart, après qu’il a obtenu le refuge qu’il réclame. La beauté opératique du premier acte de Siegfried — qui écrase sans succès la violence de la rencontre avec l’altérité — racle le poème ; le destin des déracinés, condamnés aux « palabres et marchandages sans fin » pour prouver, encore, que leur statut de déshérités du monde ne menace pas l’ordre agréable du citoyen d’Europe… Enfin. On s’est dit, autour de la table de réunion, qu’il s’agissait d’un bon poème, que le souffle prenait, qu’il réglait le dilemme, qu’on avait notre mule. Et il a pris d’autres atours dans la bouche du poète, c’était peut-être plus beau que sur le papier. La voix, avec le texte, a ce pouvoir. Non ?
En désespoir de prose, voici la version qui déjà, auprès de son auteur, doit être un souvenir d’enfance, à laquelle je fais précéder mes hommages et le respect de la commission des veillées, et qui mérite son bien ouej m’sieur Bressande ! Avec ça…

Alexandre Boutard

Où allons-nous d’Yve Bressande

YvePourquoi ces ruines de toutes parts
Ces rafales qui décapitent
Ces terribles bourdons qui crachent mort et destruction /
Pourquoi ces cris et ces pleurs
Ces paroles définitives
Ce mot – départ – répété jusqu’à bouche sèche /
Pourquoi ce maigre sac posé là
Où allons-nous où
Chemins au milieu des oliviers
Ruelles de notre quartier de notre village
Rues populeuses du souk
Soirées d’été à taper dans ce ballon pelé
Fêtes où nous aimions danser /
Aujourd’hui nous piétinons
Tous se sont réunis
Interminables embrassades
Des gouttes nombreuses nous arrosent
Pourtant le ciel est bleu et sec
Quelle est cette pluie sans nom /
Ce matin ou ce soir nous partirons
Où allons-nous où
Nous suivons et nous sommes suivies
Un pas après l’autre
Vers quel horizon quels nouveaux pays sages (?)
Cent pas mille pas
Plaines montagnes se succèdent
Cailloux sable goudron
Nous blessent nous brûlent
Nous usent trop vite /
À peine parfois une pause
Nous nous détendons quelques minutes
L’eau du ruisseau rougit autour de ses pieds /
C’est reparti
Dix mille pas cent mille pas /
Nous sommes solides et dures à l’épreuve
Un bon artisan nous a fabriqué
Toutes de cuir épais et résistant /
Où allons-nous où
Des mots s’échappent des bouches
Rebondissent et nous rendent plus légères
Europe Liberté Paix Travail
Un autre tombe comme une lourde grille
Frontière
Il nous oblige à des jours de surplace
À des palabres et marchandages sans fin /
Nous en avons déjà traversé plusieurs /
Nous repartons à l’aube naissante
Au creux d’une nuit protectrice
Et toujours la même terre le même soleil
Où allons-nous où
Parfois de nouveau les cris
La peur la panique
Nous courons le plus vite possible
Sans jamais revenir sur nos pas
Avancer coûte que coûte /
Se heurter à de nouveaux mots
Migrants ils disent
Retour ils disent
Papiers ils disent
Bienvenue ils disent
Monnaie ils disent
Monnaie nous savons ce mot universel
Il est vert et précieux
Bien plus utile que le passeport
C’est nous qui le cachons
Petits paquets biens serrés
Enveloppés de soie
Un à gauche un à droite
Où allons-nous où
Berlin Stockholm Calais Londres
Des rêves des histoires
Le soir autour d’un feu de bois
Dans un conteneur surchauffé
Sur ce radeau ballotté par des vagues assassines /
Les mots sont l’essence du voyage
Les grains d’un chapelet d’à venir /
Nous au ras du sol
Nous comptons les pas
Un million de pas dix millions de pas
Où allons-nous où
Nos lacets ont craqué plus d’une fois
Bouts de ficelle ruban adhésif
Nous sommes au bout du rouleau
Rafistolées jusqu’à la corde /
Nous tiendrons
Nous tiendrons cent millions de pas
Mille milliards de pas s’il le faut
Où allons-nous où
Où se termine le voyage
Nous avons vu jeter de la terre sur certaines d’entre nous
Nous en avons vu séparées abandonnées
Mais nous nous tiendrons
Nous irons jusqu’au bout /
Camions bateaux trains taxis autobus
Des mots des mots
Des mots qui nous font avancer
Des mots que nous ne comprenons plus /
Où allons-nous où
Ici l’air est humide et salé
Où sommes-nous où
Ces fils barbelés
Ces uniformes qui nous entourent
Toute cette boue
Est-ce ici la fin du voyage
Était-ce pour cela ces innombrables pas
Était-ce pour cela que /
Nous avons parcouru ces milliers de kilomètres
Nous avons compté cent mille milliards d’étoiles
Nous avons tout donné tout /
Nous arrivons à destination
Il y a destin et nation dans ce mot
Il y a nouvelle vie
Il y a nouveau départ
Il y aura nouvelle langue
Il y aura peut-être un peu encore de la joie /
Nous y sommes où
Toujours inséparables
Nous avons fait la paire /
« Mission accomplie » /
La terre est ronde
Un jour peut-être nous reviendrons
Semelles devants
… semelles de vent…

Les Boutardises : le soupçon de misogynie

12071593_1635182596755637_424704004_nLes revues de littérature underground semblent s’être éteintes ; du moins, et c’est peut-être parce que je ne prête pas beaucoup d’attention aux mouvements qui s’embrassent à mes alentours, je n’en connais aucune précisément (est-ce bon de faire cet aveu dans une gazette qui se veut, pour sa production principale, journalistique ?). Écrire, le sens est noble ; les réunions liminaires du Gazettarium m’ont appris néanmoins qu’il n’y avait pas à suivre une idéation imprécise de l’acte de journalisme littéraire mais qu’il fallait produire à partir d’un matériau qui nous parle. Il m’a semblé, tout spontanément, que rien ne supplanterait davantage mes sens que de faire des chroniques fictionnelles, mettant en scène de brèves résurgences de pensées littéraires. Voici donc la naissance de ma propre revue ! Je déclare ouvertes LES BOUTARDISES ! En vérité je vous le dis, au diable le journalisme ! Je ne m’en sens pas digne. Faisons ici acte de littérature, et créons une atmosphère de teintes amusantes.

J’ai, sur les caisses brûlantes d’une grande surface, alimenté mon été à différentes lumières de la littérature étatsunienne du siècle passé ; entre, pour ceux qui nous intéressent aujourd’hui – il me fallait un auteur qui m’était inconnu –, Fante et les ouvrages qu’il me restait à lire de Bukowski. Première source de surprise : « les femmes ont une représentation bien traditionnelle ! » ; il ne doit pas exister de lignes misogynes aussi modernes qu’en ces ouvrages ; une question jaillissait : « mais pourquoi jubilai-je !? » Eh bien, parce que les aspérités sont colossales entre la femme fictive d’alors et la femme fictive d’aujourd’hui, qui se démène pour qu’on calcule avec elle véritablement. Elles sont, toutes, entre Arturo Bandini et Henry Chinaski, des déclencheurs néfastes et des sources de terreur : des putains usées aux ménagères soumises en passant par tous les archétypes prototypiques du déterminisme social, elles ne sont que des monstres d’irrationalisme difformes et ultra-sensibles. Aucune n’est flouée par les biais postmodernes de la « littérature underground » contemporaine (portée notamment par les différents blogs, articles, Tumblr, etc.). Ma question était légitime : « les femmes peuvent-elles vraiment, depuis qu’elles ont accès à la même éducation que nous, être devenues nos égales ? » ; direction Internet pour trouver une réponse (<3) !

Entendons-nous, ce que j’appellerai ici « littérature underground » est le corpus non-censuré de textes qui retracent ou une expérience sociale ou un propos s’éloignant du style neutre des articles proprement journalistiques, on y regroupera les recueils de memes et les textes idéologues ; de tout texte d’illustres noyés-dans-la-masse qui traite du sujet féminin ; la littérature féminisée/féminisante et pro-féminine foisonnent.

12116461_1635182876755609_125081511_oJ’ai partagé mes lectures entre madmoizelle.com, des Tumblr divers, des forums d’échange qui parlent notamment de la culture du viol ou de la place des femmes dans la société occidentalisée et d’ailleurs, et quelques autres sources émanant des profondeurs du web dont les intérêts principaux étaient la mise en exergue des voix plus virulentes, plus extrêmisées d’un parti comme de l’autre. L’image des femmes, sous les plumes masculines comme sous les plumes féminines (sic), y est duelle ; il y a d’un côté la littérature intellectuelle qui combat le patriarcat, tant dans ses codes sociaux que linguistiques, éclate les topoï surannés de la femme soumise qui subit le quotidien comme une pauvre bête de champs, qui questionne ses interactions sociales et la façon dont son habitus la mène à être dominée ; d’un autre côté la dénonciation didactique de sa vulnérabilité, en outre, son énervement profond face aux différentes pratiques masculines de rue (ou d’ailleurs), comme le harcèlement (ou le cyber-harcèlement), en allant jusqu’à remettre en question les infrastructures citadines, générées selon les activités sociales masculines spécifiquement– entendre ici « qui favorisent l’inertie des hommes et contraignent au mouvement permanent les femmes » –, qui empêchent leur sécurité. En réalité, il n’existe dans sa grande majorité que la seconde partie des thèses proposées ; le discours dominant tend vers une volonté de conscientiser générale : les femmes ne sont pas des bouts de viande et peuvent même sortir traumatisées de certaines interactions. Je me suis attardé sur « le projet crocodiles », dont le parti pris du dessinateur/scénariste (masculin) est de transformer les hommes (sans distinction, pour des soucis de cohérence) en crocodiles et de les confronter à différents schémas de rencontre avec des femmes auxquelles, sans le réaliser, ils feront du tort ; qu’ils choqueront, humilieront, brutaliseront, où ils généreront angoisses, peurs, malaises (la main vient d’ailleurs de passer, une femme s’en occupe désormais). Entre Bandini et Chinaski qui traitent les femmes en salopes sans les respecter et ce nouvel artiste, les enjeux ont changé ; bien que le procédé ne soit pas nouveau, on explicite les différents faits des femmes et on en fait des actrices prosaïques des scènes sociales littérarisées. Il n’est dès lors question que de les introniser et de briser les nombreuses entraves sous lesquelles elles pourrissent.

Pour le cas de la littérature – dans son acception plus commune –, il devient difficile d’identifier le sexe des plumes – on peut essayer d’en préjuger selon certains mécanismes d’écriture éducationnels inconscients du narrant mais l’estimation reste imprécise – et le courant général semble se féminiser – à s’efféminer, plus précisément. On est dans une époque où Judith Butler est passée, où les enjeux sociaux prédéterminés par le genre sexué se délient, où l’on essaie de faire la différence entre genre et sexe. Entre la pré-mouvance de la beat generation avec Fante, son heure décadente de gloire sous Bukowski (qui réfute catégoriquement cette affiliation d’ailleurs) et l’ère moderne, des changements monumentaux ont été conduits concernant la représentation collective des femmes ; identités collective et individuelle fragilisées, postmodernisme, tant de coups de hanche (sic) dans le massif littéraire !

Et pourtant, si dans nos esprits virils elles restent des salopes ignares avec lesquelles il est inconcevable d’avoir la moindre discussion intellectuelle, si elles restent des êtres dont la seule langue est celle des sentiments et des paroles ésotériques, notre rapport social à elles est de plus en plus contraint. Où se sont donc enfuies ces heures superbes où le fait des hommes étaient l’autorité et la domination sexuelle ? Ah !… Pas encore si loin, ne nous tracassons point trop. Il doit bien, à l’instar de la pornographie de Chinaski, nous rester quelques femmes à connaître et quelques autres à faire rosir.

Afin de conclure sur une note plaisante, puisque la lecture de ces différentes sources d’esprit m’ont épuisé, je voudrais citer Oscar Wilde : « Les femmes forment un sexe purement décoratif, elles n’ont jamais rien à dire mais elles le disent d’une façon charmante » ; enfin, si j’en rigole bêtement, n’était-ce pas que je suis de l’autre côté ? (<3)

Alexandre Boutard