Tout part de rien : le poème vainqueur de la première Veillée poétique de la saison 2016/2017 !

Malgré la déprime et la colère provoquées par les événements du 9 novembre 2016, la première Veillée Poétique du Litterarium a été une vraie bouffée d’air et un révélateur de talents puisant toujours dans les maux du monde pour en déclamer des mots mélodieux, lyriques et engagés.

19 textes ont été lus, interprétés et applaudis : pour certains, c’était le grand saut, pour d’autres un rendez-vous mensuel ou annuel agréable et revigorant !

L’auteur

Le gagnant 1-g-t-et-n-b-image-2de cette Veillée est Gyslain Ngueno aux multiples facettes : ingénieur achat dans la recherche et développement, il pimente et embellit sa vie en devenant un expérimenté de la récitation traditionnelle des textes poétiques mais surtout un poète croisant le rap et le slam. Ayant déjà rédigé de nombreuses nouvelles, il se lance aujourd’hui dans son premier roman. Il trouve son inspiration « dans les livres du genre humaniste,  ceux qui donnent des leçons de vie et une manière nouvelle de voir les choses ». La promesse de l’aube de Romain Gary est un de ses piliers littéraires : « il m’a réconcilié avec ma citoyenneté ».  Gyslain  aimerait faire de l’écriture son métier ; à l’instar de  Gauguin ayant affirmé que « Désormais je peins tous les jours ».

Le poème

Son poème a été créé à partir de la vision d’Edgar Morin sur le cosmos. « On est rien,  chaque chose est un éternel recommencement ». Avec ses vers, Gyslain s’exprime non pas à une personne en particulier mais à son prochain : « On est rien jusqu’à ce qu’on commence quelque chose, qu’on existe par les autres.  Il faut prendre conscience de sa petitesse. » Une réflexion qui a évidemment plu à la majorité des votants,  à savoir les jurés,  les membres du Litterarium, les participants et le public ! Sa plume vive, brève et directe a pu montrer l’essence même de la poésie : sa musicalité. La sienne est rapide, agréable et percutante. Un rythme semblable aux passions amoureuses, aux premiers bonheurs qu’on cherche, trouve puis perd brutalement. Être modeste face sa condition d’homme ou de femme tout en s’efforçant de vivre pleinement, voilà ce que ce poème veut transmettre. Il faut être clairvoyant et actif : par le biais de nos erreurs, nos réussites et du hasard de la vie, il est urgent de vivre l’immédiat et le dépassement de soi signifie bien se livrer entièrement pour l’être aimé l’instant présent.

Ses textes sont disponibles dans son premier recueil Souplesses en vente sur  le site internet de Z4 éditions ou dans quelques librairies de Lyon. Et de temps en temps sur le Gazettarium dorénavant !

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Tout part de rien

L’espace, né du vide,

Le temps, du non temps

La matière, du néant.

Tout part de rien,

L’amour, d’un regard,

L’embarras d’un regret,

La haine, d’une aigreur,

Le fruit, d’un labeur.

Tout part de rien,

Alors rien n’est pas nul,

Rien est à la base de laquelle tout s’accumule,

Du rien à l’infiniment grand,

Du tout à l’infiniment fétu,

Il n’y a qu’un pas, deux pas, trois pas.

Ce qu’on fait, ou ce qu’on ne fait pas,

Ce qu’on donne, ou ce qu’on ne donne pas.

Rien hier j’étais, Rien demain je serai,

Mais aujourd’hui je suis.

En attendant, embrasse-moi,

Ta main, donne-la-moi,

Ton amour, je le veux, aime-moi,

Vite mais bien,

Avant qu’il ne reste rien,

Puisque tout part de rien…

 Noémie Bounsavath et Gwendoline Troyano

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Nouvelles fugues pour Le Litterarium et de jeunes auteurs universitaires…

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Marie Montalescot © Jérémy Engler

Ce jeudi 9 octobre, à 19h, à la librairie Ouvrir l’Œil (18 rue des Capucins, Lyon 1er) se déroulera l’événement littéraire de l’année ! Oubliez tous les grands prix littéraires que le mois d’octobre attribue et découvrez celui du Litterarium ! Cette association étudiante créée en mai 2009 organise des concours d’écriture destinés aux étudiants de l’Université Lumière Lyon 2 à laquelle elle est rattachée. Ce concours rencontre un franc succès auprès des étudiants comme en témoigne le nombre grandissant de participants chaque année. Il témoigne de la volonté du Littérarium de promouvoir la production littéraire estudiantine en récompensant les jeunes auteurs lauréats par la publication d’un recueil. Le Litterarium s’est associé à la maison d’édition Les Milles Univers pour vous proposer Nouvelles Fugues, un ouvrage de qualité à découvrir et consommer sans modération.

Pour vous donner un petit avant de goût de la soirée de présentation avec les auteurs, voici une petite interview de Marie Montalescot, une des lauréates du concours pour sa nouvelle « Dakchya ».

Pourquoi avoir participé à ce concours d’écriture ?
Marie Montalescot : Cela fait très longtemps que j’écris et on m’a souvent dit que ce j’écrivais était sympa. J’étais à l’étranger, en Corée du Sud, pendant le concours, effectuant une année d’étude à l’étranger. C’était une expérience assez incroyable, j’avais envie d’en parler d’une certaine manière et le concours était une bonne occasion de le faire.

Votre nouvelle se déroule en Corée du Sud et s’intitule « Dakchya » mais que signifie ce mot ?
C’est assez drôle d’entendre les gens parler coréen en prononçant ce mot car c’est un mot qui veut quand même dire « Ta Gueule ! » de façon assez violente. Aussi, quand les gens prononcent le titre avec un accent français et de manière assez décontractée, ça donne un décalage assez marrant.

J’imagine, mais dans votre nouvelle, il n’est pas dit explicitement que « Dakchya » signifie « Ta Gueule », c’est un sacré pied-de-nez fait au lecteur ! Pourquoi un tel titre ?
La nouvelle en elle-même est compliquée car c’est plein de petits morceaux de beaucoup de choses dont j’avais envie de parler : du ressenti que j’avais dans la ville de Séoul, qui est une ville immense qui ne s’arrête jamais. Il y a toujours du bruit, toujours du monde, toujours de l’action, ça tourne, ça tourne à une vitesse incroyable. Donc ce titre c’était juste un moyen de dire STOP ! À un moment, quand on est embringué au milieu de tout ça, on a du mal à suivre le rythme, et parfois, on peut juste avoir envie de dire « Ta gueule ! » et, d’un coup, la roue qui tourne à fond s’arrête. Trouver un endroit à soi où il y a du silence et personne d’autre, c’est quelque chose d’impossible, on n’y arrive pas, donc c’était à la fois une envie que ça s’arrête parce que ça donne le tournis et en même temps ça donne le temps de voir ce qui se passe et d’en parler. Cette nouvelle c’est juste le moment où j’ai trouvé le temps et le moyen d’en parler au milieu du tourbillon.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour l’écrire, alors que vous étiez prise dans ce tourbillon ?
Deux jours à peu près.

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Anh-Minh et Juliette, deux membres du Litterarium

Vous êtes plutôt dans un travail instantané dans votre processus de réflexion ?
Dans ce cas là oui. C’était une envie urgente d’écrire sur quelque chose qui débordait et que j’avais besoin de jeter sur papier et à laquelle j’avais besoin de donner une forme. Je n’écris pas toujours comme ça, mais là, c’était une urgence d’écrire et un besoin de donner forme, d’une manière ou d’une autre, à cette espèce de sentiment confus et assez unique que j’avais.

Votre écriture est très fragmentaire. Pourquoi cette forme ?
C’est comme dans un tourbillon. Je ne sais pas. C’est comme quand on est pris dans un tourbillon, que tout tourne autour de nous, on aperçoit des bouts de trucs qui passent comme ça et qu’on attrape au fur et à mesure. Je les ai agglomérés pour essayer de faire un tout. Je ne savais pas si ça ferait sens pour quelqu’un d’autre que moi. Je ne savais pas du tout si la nouvelle allait plaire ou parler aux lecteurs. Mais moi, ça m’a permis de coller ensemble tous ces petits bouts confus et de leur donner une forme.

Avez-vous eu des retours de la part des membres du jury du concours ?
Non pas forcément. Je ne les ai pas rencontrés donc je n’ai pas forcément eu de nouvelles. J’ai eu une ou deux personnes qui m’ont dit avoir bien apprécié mais sans plus et on m’a dit que Perrine Gérard, la gagnante de l’année précédente et présidente d’honneur du jury (NDLR : également l’auteure de la préface du recueil) avait particulièrement apprécié et visiblement beaucoup soutenu ce texte au sein du jury. C’est tout ce que je sais pour le moment.

Que pensez-vous du titre du recueil Nouvelles Fugues ? Correspond-t-il à votre texte ?
C’est un texte qui se retrouve au milieu d’autres donc c’est difficile de juger. Par rapport à mon texte, globalement oui, dans le sens où le mot « fugue » est pris dans le sens de « fuite » ! Parce que c’est au milieu d’un tourbillon et que ça court dans tous les sens, après au sens musical, la « fugue » serait un peu trop calme par rapport à ce que j’avais envie de dire. J’aurais plus vu une musique de guerre, d’une charge ou un truc comme ça… Une musique militaire aurait été plus appropriée…

Venez à la rencontre de Marie Montalescot et des cinq autres lauréats du concours lors de cette soirée de lancement qui annonce de belles découvertes.

Propos recueillis par Jérémy Engler

Article initialement paru dans L’Envolée Culturelle

« Si tu viens pas tu sais pas lire ! »

Le Quizarium ne nous laisse pas vraiment le choix ! Pour son 6° événement de l’année, il voit les choses en grand (fini le format poche) !

Une histoire d’invitation

 » Il fait beau, il fait bon,
Le Quizarium de mars
Sens bon le sable chaud !
Oui certes, le 21, c’est l’printemps, mais il y a mieux : car le 26
C’est le retour du quiz le plus carnavalesque du monde entier !
Venez investir l’Antidote pub* pour découvrir la fraîcheur nouvelle (*108 rue Saint Georges, 69005 – Vieux Lyon)
Des métamorphoses toutes ovidiennes du Quizarium !
C’est à 20h30 que vous embarquerez ;
De magnifiques lots vous pourrez gagner !
Carnaval, Saint Patrick, sagesse nippone, hydromel du patron…
C’est la table des matières du livre que vous allez écrire !  »

Un petit poème hétéro-métrique qui sonne comme une mystérieuse invitation, tel est le texte de présentation livré par le Quizarium mardi dernier, lors du lancement de la communication autour du Quiz de ce mercredi 26 mars.

37_Barbara_8154487Vous avez dit Quizarium ?

Selon l’événement publié sur les réseaux sociaux, l’initiation à ces mystères littéraires aura donc bien lieu cette semaine dans le Vieux Lyon, à travers une série de questions loufoques en tous genres – comme chaque mois durant l’année universitaire.

Ce mois-ci, on a hâte de voir ce que les thèmes relevés dans l’actualité – de « Fukushima, un an après » à « l’influence sociale de la Journée Internationale de la femme » en passant par « Élections Municipales : image et média » – seront devenus une fois passés à la moulinette de l’équipe des 7 rédacteurs de questions, experts ès Lettres s’il en est !

On y va ?

« Je viens pour l’ambiance ! et j’aime les quiz en général, mais ici je viens aussi pour le lieu et pour voir du monde » répond l’un des participants du mois dernier lorsqu’on lui demande son avis sur les soirées. « En plus c’est gratuit ! et avoir une salle rien que pour nous dans ce bar, c’est dingue ! » ajoute l’une de ses coéquipières. Il est vrai que l’ambiance tamisée de l’Antidote pub et sa carte des boissons alléchante est un plus pour booster l’ambiance !

Certains viennent avec leur équipe, d’autres rencontrent leurs coéquipiers sur place et, s’il y a bien un classement et une remise des prix à l’issue des 2 heures de soirée, tout le monde semble repartir gagnant : « les questions ne sont pas faciles, mais il y a des points pour l’humour et surtout, ce ne sont pas les premiers qui raflent tous les lots, tout le monde peut gagner ! ».

Un renouveau printanier !

Toutefois, après une baisse de participation ces derniers mois, le Quizarium – qui promeut la culture autour d’un petit verre depuis déjà près de 5 ans ! – a décidé de proposer une formule légèrement remaniée.

« Il faut que tout change pour que rien ne change ! » commente l’une des animatrices, costumée pour l’occasion. Un verre à la main, elle profite de la pause pour nous expliquer que le quiz du 26 mars sera l’occasion de quelques modifications : « ce sont les participants autant que nous qui faisons l’événement ! Nous nous inspirons de leurs idées pour être sûrs de correspondre à leurs envies ; d’ailleurs l’association Le Littérarium s’attache à promouvoir l’écriture et les littératures à l’Université et au-delà : l’approche du monde du livre y est très éloignée de celle proposée par le prisme de la vision scolaire ».

A ne pas rater, donc !

Bien entendu, les valeurs sûres ne changent pas : on retrouvera bien une sélection de livres de qualité toute particulièrement constituée pour nous par les coups de cœurs du Littérarium et ses libraires partenaires (au programme, entre autres, une série d’ouvrages qui font sensation en sortant des sentiers battus : S. le « livre objet » de JJ Abrams et Doug Dorst, le roman des Six Contes moraux de Rohmer ou encore Le Duel, ce roman-souffle de l’islandais Indirason).
Pour le reste, c’est une mue qui s’amorce : fond sonore enivrant, tempo plus dynamique, questions plus variées, nouveaux lots à gagner (offerts par l’association et ses partenaires éditoriaux, mais aussi par le patron du bar !), ateliers de découverte d’autres projets lors des pauses et surtout quiz plus court… autant de nouveautés à venir découvrir mercredi !

Et après ? C’est encore un secret, mais les organisateurs tiennent tellement à nous faire plaisir qu’un petit concours sera lancé dès le 27 mars : tout le monde pourra proposer ses thèmes de prédilection et les imposer aux organisateurs en vu du quiz de mai (car c’est bien connu, en mai, ils font ce qui nous plaît !).
On peut même déjà vous dire que le quiz d’avril mettra littérature étrangère et envies d’exotisme à l’honneur et que ça se passera le 16/04 !

En bref

On l’aura compris, il ne s’agit pas là d’une soirée bachotage, mais bien d’un je-ne-sais-quoi ludique, dont le presque-rien décalé nous donne terriblement envie de rester – pour savoir enfin combien Casanova a réellement eu de maîtresses !

Et puis, on a pas vraiment le choix… comme le dit leur slogan « Si tu viens pas tu sais pas lire ! »

Retrouvez toutes les infos sur la page facebook du Quizarium et pour être sûr d’être fin prêts profitez-en pour vous inscrire à l’événement en ligne : https://www.facebook.com/events/1455306014703603/

37_Barbara_On a aimé ; vous allez gagner !

De la poésie, du jazz et des cookies

33_Juliette_affiche veilleeLe Cercle des Poètes Apparus ?! Apparus, vous êtes sûrs ?

Rassurez-vous, très chers lecteurs, il n’y a pas d’erreur ! Loin d’être disparus, le Cercle des Poètes Apparus organise, mardi 18 mars, sa troisième veillée poétique sur le campus des quais de l’Université Lyon 2. Fondé au sein de l’association Le Littérarium, le cercle d’étudiants, derrière un nom quelque peu sectaire (n’en soyez pas effrayés !), s’est fixé comme objectif de promouvoir, de diffuser et de dynamiser la poésie amateur.

Y-a-t-il encore un intérêt pour la poésie ?

Surpris, ils l’ont été ! En effet, si la première veillée organisée au mois de décembre avait rassemblée une vingtaine de personnes, une quarantaine était présente lors de la veillée de janvier ! Une augmentation qu’ils espèrent exponentielle, toujours dans le but d’offrir aux poètes sélectionnés un public de plus en plus conséquent.

Mais qui sont ces poètes ?

Alors qu’ils pensaient avant tout accueillir des étudiants, poètes en herbe, les membres du cercle ont pu recevoir dès la première veillée des poètes déjà confirmés. Ils ont donc décidé de s’ouvrir à tous types d’auteurs, allant de l’étudiant qui compose pendant ses cours magistraux sur la croissance du nombre de méduses hermaphrodites et cannibales en Ouzbékistan, aux poètes déjà publiés, que le public aura le plaisir d’entendre lors de la troisième veillée.

Du classique à l’expérimental

Sonnets, alexandrins, strophes et rimes croisées, oui !, la poésie classique est dans la place ! Mais certains poètes n’ont pas hésité à proposer des créations alternatives et expérimentales, qui ont su toucher et capter l’attention de leur auditoire. C’est ainsi que les spectateurs – fanatiques névrosés du vers ou curieux venus avant tout pour déguster le buffet de cookies – ont pu découvrir des artistes d’horizons différents, portants comme seuls bagages leur unicité et leur talent, mais se retrouvant finalement tous dans la même corbeille, celle des disciples passionnés servant notre grande Mère à tous : la Poésie.

En bref,

Le Cercle des Poètes Apparus n’attend que vous ! Venez lire vos poèmes, ou simplement écouter ceux de vos pairs, mardi 18 mars à l’Université Lyon 2, autour d’un fabuleux buffet de cookies, dans une ambiance jazzy et conviviale.

Envoyez vos créations à l’adresse repoesie@outlook.fr !

Juliette Descubes

Ray Bradbury, le poète qui venait de Mars

3370239325Ray Bradbury est mort le mardi 5 juin 2012 dans sa résidence de Los Angeles. L’écrivain américain était un amoureux des bibliothèques. À tel point qu’elles étaient pour lui le meilleur lieu pour apprendre. Davantage que l’université qui, selon lui, « n’est pas une bonne expérience ».

De fait, Bradbury défendait les bibliothèques et l’accès gratuit à la culture, mais Internet, n’était qu’une « grande distraction ». Récemment contacté par Yahoo! qui, il y a plusieurs mois de cela, souhaitait mettre en ligne un de ses livres, il leur répondit : « Vous savez ce que je leur ai dit ? “Allez au diable. Allez au diable, vous, et votre maudit Internet“ ». Parallèlement, il considère les ebooks « dénué de sens, ce n’est pas vrai. C’est dans l’air, quelque part ». Pour lui, le seul endroit magique était la bibliothèque publique de Los Angeles dans laquelle il se rendait régulièrement.

Difficile, au-delà du génie littéraire, ne pas avoir une quelconque sympathie pour cet indécrottable conservateur technophobe capable de nous faire voyager aux confins de l’espace dans ses incroyables romans.

Bradbury, réinventeur de la poésie imaginaire ?

Mais Bradbury jouissait-il d’une aussi bonne réputation il y a cinquante ans, et notamment en France ? Pour la plupart des intellectuels français des années 1950, la science-fiction, ou tout du moins les œuvres de leurs ambassadeurs les plus créatifs, comme Ray Bradbury, constituait bel et bien un renouveau dans le champ littéraire et plus particulièrement dans l’univers de la poésie fantastique et onirique.

2996517221Selon Michel Deutsch, dans un article entièrement dédié au père des Chroniques martiennes dans le numéro 122 (juillet 1957) de la revue Critique, Ray Bradbury n’était pas tant considéré comme un auteur de science-fiction que comme un grand écrivain poétique d’anticipation.

Deutsch rassemble sous l’expression « littérature d’hypothèse » les deux genres qui lui sont propres : la science-fiction et l’anticipation. Autant le regard qu’il porte sur la science-fiction est plutôt méprisant, autant celui qu’il porte sur les romans d’anticipation est emprunt d’admiration. Pour lui, la science-fiction est la simple « transposition du feuilleton de cape et d’épée destinée à la consommation exclusive d’un public enfantin. […] Un négligeable sous-produit littéraire, […] une aberration » [qui se complait facilement dans] « l’étalage de scientisme élémentaire et de pseudo-rationalisme. » Une lourdeur narrative qu’évite magistralement Bradbury puisque celui-ci « n’est aucunement un auteur de “science-fiction“ » mais, paradoxalement, un auteur majeur de la littérature d’hypothèse. Cette contradiction apparente s’explique par l’affirmation que Bradbury explore le futur en articulant le rêve et l’hypothèse, en l’éprouvant « comme dimension fantastique, comme forme poétique ouverte », permettant, par là-même, d’acquérir une densité et une transparence d’une richesse inédite.

Si cette dimension fantastique se manifeste classiquement dans les premiers écrits de Bradbury (The October Country, Les Pommes d’Or, Pog-Horn), elle ne disparait pas pour autant lors de sa découverte de l’anticipation et devient un socle sur lequel il construit et agrandit son univers merveilleux et irréel. S’il reprend un thème classique de l’anticipation dans Fahrenheit 451 (la chasse à la culture) c’est pour le traiter sur le mode d’un surréalisme onirique. Ou plutôt d’un « parasurréalisme » selon Deutsch : un « surréalisme innocent », qui ne se résume pas à une simple technique d’écriture mais constitue « l’expression nécessaire et naturelle d’une certaine conception du fantastique ».

S’ensuit une apologie de la charge poétique qui imprègne les objets dans l’œuvre de Bradbury, leur conférant une dimension onirique tutoyant le sublime : « les fruits d’or poussent aux murs de cristal, les demeures pivotent comme des tournesols, […] les livres chantent sous la main qui les effleure, […] on sillonne la nappe vitrifiée des mers de sable que le vent pousse comme autant de fumées de cobalt » Le génie poétique de Bradbury atteint son sommet avec les Chroniques martiennes. Deutsch compare Bradbury à Raymond Roussel[1] pour la beauté de ses descriptions surréalistes. Ce qui compte pour Bradbury n’est pas l’exactitude des théories scientifiques, la logique pure, ni la rigueur des procédés techniques (ce « vérisme dérisoire » selon Deutsch) mais la beauté : « la cosmographie de l’auteur est une architecture délirante, totalement indifférente aux principes directeurs de la mécanique céleste ». L’objet est détourné de sa fin première pour accéder à une immatérialité esthétique. Ainsi, une fusée ne sert pas à transporter « trivialement » des individus mais est une ode au rêve : « Elle venait des étoiles et des vertiges noirs… elle recélait du feu dans ses entrailles et des hommes dans ses cellules métalliques. Elle laissait derrière elle un sillage ardent, net et silencieux. »

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Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce poète qu’est Bradbury ne fait qu’exprimer l’horreur de la technique moderne qui menace de recouvrir toute la culture classique et humaniste de sa vulgarité mécanique. Il craint pour la survie de la dignité de l’homme et pousse, en conséquence, un cri d’alarme. Stephen Spriel relève, à ce propos, dans le numéro 202 (mai 1953) de la revue Esprit, que « le plus “littéraire“ de ces auteurs [de science-fiction], le brillant Ray Bradbury […], déteste ces machines dont ses œuvres fourmillent. Personnellement, il ne veut ni auto, ni télévision. C’est en 50 seulement qu’il s’est résigné à avoir la radio et… le téléphone ! ». C’est pourtant là, selon Michel Deutsch, que réside la faiblesse de l’auteur lorsque le poète surréaliste laisse place au fabuliste politique. Lorsque l’espérance magnifique portée par le premier cède le pas au « manichéisme grossier et aux symboles artificiels » utilisés par le second. Deutsch n’accepte pas que le roman d’anticipation puisse servir à des fins moralisatrices, en se détournant de l’onirisme à l’état pur. Selon lui, Bradbury est encore trop hanté par de grandes figures tutélaires de l’utopie telles que Thomas Moore, Tommaso Campanella, Voltaire ou Jonathan Swift. Cela dit, Bradbury s’inspire également d’auteurs comme Edgar Allan Poe, Howard Phillips Lovecraft, Lewis Caroll, Ambrose Bierce, conférant au « fantastique une dimension nouvelle » et inscrivant la science-fiction dans un processus de création poétique.

Dès les années 1950 Ray Bradbury exprimait déjà ses craintes quant à l’avenir de l’humanité et exposait la problématique du rapport de l’homme à la machine à travers son travail d’écrivain de science-fiction. Il affirmait que l’homme est responsable du futur de l’humanité par les actions qu’il mène aujourd’hui. Il ne se considérait pas comme un moraliste mais comme un conteur d’histoire, même si toutes les histoires possèdent une certaine morale. Celle sur la responsabilité de l’homme, qui obsédait Bradbury, est de plus en plus prégnante depuis l’avènement de la technique moderne. Face à l’Homme apparait la Machine, qui lui conteste sa domination planétaire. La science-fiction a ainsi pour but d’interroger le rapport que l’homme entretient à la machine et les conséquences qu’une telle relation peut entraîner : soit la destruction du monde existant, soit la construction d’un monde meilleur. Dans le climat pessimiste qui prévaut au sein des auteurs de contre-utopie, la première possibilité est généralement celle qui les fascine le plus, autant qu’elle les effraie. Pour Bradbury « Cette possibilité [lui faisait] très peur ». Nous ne savons pas faire face à cette nouvelle déferlante scientifique et nous nous comportons comme des enfants avec de nouveaux jouets.

C’est dans son roman contre-utopique le plus célèbre, Fahrenheit 451, qui connaît un grand succès lors de sa publication en 1953, que Bradbury exprime ses craintes les plus immédiates quant au devenir des sociétés humaines.

Fahrenheit 451 ou le refus de l’anéantissement

616739740Avec Fahrenheit 451 (la « température à laquelle un livre s’enflamme et se consume ») Ray Bradbury décrit une société aseptisée, totalement décervelée, uniforme, où l’action des forces de l’ordre s’exprime dans un permanent autodafé, véritable allégorie du nazisme. Dans une inversion totale des rôles, les « pompiers » n’ont effectivement plus pour tâche d’éteindre les incendies mais de brûler les maisons qui conservent des livres de littérature ou de philosophie. Cette folie incendiaire ne provient pas d’un ordre gouvernemental mais résulte de l’évolution de la société tournée vers la réalisation du bonheur collectif, immédiat et inconscient. La seule chance réside dans le travail prométhéen d’un pompier qui, intrigué par ces livres qu’il doit anéantir se met à les lire, et par son effort de mémoire, tente d’éviter cette terrifiante politique de la table rase culturelle. Traqué comme n’importe quel dissident il s’enfuit et rejoint la communauté des « hommes-livres », réfractaires réfugiés souvent hors les villes – à la manière des « sauvages » d’Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes ou des « Méphis » de Ievgueni Zamiatine dans Nous autres – et dont la mémoire garantit la survie de la culture. C’est un combat « conservateur » contre la censure aveugle qui s’engage alors. La mémoire, la résistance passive permettent de conserver les traces du passé, de refuser le présent qui les détruit et de préserver les chances d’un futur plus souriant.

Cette histoire invite à faire le parallèle avec tous ces dissidents soviétiques qui passaient une grande partie de leur temps à se remémorer des poèmes, à réécrire des œuvres dans de fragiles éditions du samizdat[2], pour les mêmes raisons que les héros du livre.

Fahrenheit 451 exprime la réaction de son auteur face au mépris de la littérature et de la culture, favorisé par la montée des mass media et de la consommation grégaire. Pour Bradbury l’humanisme peut renaître par le biais de la transmission orale des récits et des contes fondateurs de la civilisation occidentale.

Sylvain Métafiot

[1] Écrivain français dont l’œuvre narrative, saluée par les surréalistes pour l’exubérance de ses fantasmes et par les adeptes du « nouveau roman » pour sa combinatoire formelle, constitue une exploration systématique du mécanisme de la création littéraire.

[2] L’« auto-édition » en russe (par opposition au Gosizdat, les « éditions d’État » officielles) est un système clandestin de circulation d’écrits dissidents dans le régime soviétique et dans les pays du bloc de l’Est.

Article initialement publié sur Ma Pause Café.