L’invasion des super-héros

super héros

« Être un super-héros et élever une fille de neuf ans, ça peut être compliqué, parfois… voire dangereux ! Parce que Cassie m’aurait sûrement tué si je n’avais pas réparé sa poupée Rom comme je l’avais promis ! » Ant-man (tome 2), de Stan Lee.

Depuis quelques années, nos écrans se trouvent envahis par un étrange phénomène : la mode des super-héros. Qu’ils viennent de l’univers de Marvel ou de celui de DC comics, les super-héros sont partout et sous toutes les formes, que ce soit en films ou en séries. Depuis le succès du premier film Iron Man en 2008, où l’on peut – entre autres – voir les talents d’acteur de Robert Downey JR. dans le rôle principal, les deux géants des BD de super-héros ne cessent de nous submerger d’adaptations cinématographiques et séries de leurs meilleurs héros. Qu’ils volent, qu’ils lancent des flèches ou un marteau ou qu’ils se baladent la nuit vêtus d’un costume noir de chauve-souris, on ne peut plus allumer notre télé sans apercevoir le bout d’une cape rouge ou une toile tissée par une araignée humaine. Essayons donc ensemble de faire le tri parmi ce trop-plein de muscles et de testostérone.

L’univers Marvel

C’est en 1939 que tout commence avec la création de Marvel Entertainment par le fameux Martin Goodman. Cette société de médias américains compte parmi ses filiales les entreprises Marvel Comics, à qui l’on doit toutes les BD, et Marvel Studios, qui s’occupe bien entendu de porter à l’écran les aventures des personnages créés entre autres par le très célèbre Stan Lee. Depuis 2009, Marvel est devenu l’une des filiales de la Walt Disney Company, super-héros et princesses Disney sont dès lors liés.

Comme vous l’avez sans doute compris, super-héros est le mot clé ici et Marvel en possède un grand nombre. Car l’on ne trouve pas moins de 5000 personnages dans cet univers, d’Iron Man à Captain America en passant par les X-Men et les 4 Fantastiques. Un grand nombre d’entre eux viennent de l’imagination de Stan Lee (scénariste) et du dessinateur Jack Kirby.

Beaucoup de ces héros ont d’ailleurs eu droit à leur film solo ou en groupe. Depuis 2008, ce sont plus de six héros qui ont eu le droit à leur propre film pour ensuite participé à une aventure en groupe. En effet, pour annoncer le film The Avengers, le groupe Marvel avait offert à Iron Man, Captain America et Thor leur propre film pour ensuite les réunir en une super équipe, avec en plus les deux agents du S.H.I.E.L.D dont la réputation n’est plus à faire, j’ai nommé l’agent Natasha Romanoff (la Veuve Noire) et l’agent Clint Barton (Œil de Faucon). Mais ces films qui réunissent plusieurs héros permettent aussi à Marvel d’introduire de nouveaux héros, comme ce fut le cas avec Captain America : Civil War qui leur a permis d’annoncer le nouveau remake du très célèbre Homme Araignée.

De plus, comme si nous n’étions déjà pas assez perdus avec tous ces films et ces héros différents, il faut savoir qu’il y a une chronologie, un ordre de visionnage de ces films. Ainsi, on ne peut pas regarder Captain America puis Captain America 2, au contraire, après les aventures du premier des Avengers, il faut regarder Iron Man 1 puis Iron Man 2. Heureusement pour nos pauvres petites têtes qui auraient du mal à suivre, la liste de l’ordre de visionnage se trouve très facilement sur internet.

Et comme si ce n’était pas assez compliqué comme ça, si vous aimez la saga des héros Avengers, vous devez ajouter à cette ordre de visionnage la série télé Marvel Agents of S.H.I.E.L.D, débutée en  2013. En effet, les derniers épisodes de la saison 1 coïncident avec les événements du second film sur les aventures de Captain America. Au point où on en est, il faudra bientôt bac +5 pour pouvoir profiter correctement des aventures de nos héros préférés.

J’espère que vous suivez toujours et que vous n’êtes pas encore trop perdus, car l’on va maintenant s’attaquer au second grand groupe responsable de cette vague de héros.

Le phénomène DC Comics

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Appartenant à la Warner Bros Company, DC Comics est créé en 1935 par Malcom Wheeler-Nicholson. Et leurs héros sont tout aussi nombreux et différents que ceux de l’univers Marvel. En effet, le géant des comics compte parmi ses rangs Superman, Batman, Arrow ou encore Flash.

Du côté des adaptations, DC Comics n’a rien à envier à ses concurrents. On ne compte plus les adaptations de Superman ou Batman qui ont su toucher un grand nombre de spectateurs de tout genre et de tout âge.

Mais c’est plutôt du côté des séries télé que DC connaît, depuis 2012, un grand succès. En effet, c’est en 2012 que la série Arrow est lancée. Dès son lancement, cette série a su fidéliser un grand nombre de spectateurs qui sont nombreux à se retrouver devant leur télé ou leurs écrans d’ordinateur pour suivre les aventures de celui que l’on surnomme l’« Archer vert ». La série connaît un tel succès qu’elle ouvre la porte à d’autres séries, des spin-off avec notamment les séries Flash, Supergirl ou encore DC Legend of Tomorrow. Les personnages de ces séries ne cessent d’ailleurs pas de se rencontrer dans leurs séries respectives.

Encore une fois, un ordre de visionnage est instauré et il est d’ailleurs préférable de le suivre si l’on ne veut pas se spoiler par erreur, car ici il n’est pas question de suivre les séries individuellement saison après saison mais plutôt de les suivre au fur et à mesure, épisode après épisode et en même temps.

Et voilà, nous sommes enfin arrivés à la fin de ce méli-mélo de super-héros. En espérant que cela vous ait donné envie de vous lancer dans la lecture et peut-être même la collection de comics, et bien sûr comme d’habitude pour celles et ceux qui auraient la flemme ou pas assez de temps pour lire les BD, sachez que les séries comme les films valent vraiment le coup d’œil.

Léonore Boissy

Les bibliothèques plus fortes que le remaniement ?

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Aurélie Filippetti a sauvé son maroquin culturel lors du dernier remaniement.

Depuis cette annonce, le monde de la musique soigne son blues à grand renfort de Barbara. Un gage d’efficacité paradoxal, alors que, pour les acteurs de l’audiovisuel public, ce retour semble pire que celui de la mire ou de Danièle Gilbert le midi. Les intermittents du spectacle, quant à eux, en ont grincé des dents. Le mardi 8 avril, ils sont allés jusqu’à peupler de pancartes le plateau du pauvre David Pujadas, petit homme pris en otage au milieu d’une forêt de revendications, pour signifier à force de slogans, comme « Pas de culture sans droits sociaux », leur opposition à l’action ministérielle.

Malgré cette vague de mécontentements, la ministre de la Culture a donc conservé son portefeuille, et il y a tout de même des raisons de s’en réjouir. Au dernier Salon du livre, Aurélie Filippetti voulait faire de 2014 l’année des bibliothèques. Elle aura donc les moyens de mettre son projet en œuvre.

Mais dans ce contexte de remaniement, Filippetti aurait pu tout aussi bien être reléguée dans l’enfer de notre plus célèbre bibliothèque : la BNF. Elle aurait ainsi fini ses jours de ministre déchue entre La Rhétorique des putains ou La fameuse maquerelle, ouvrage imité de l’italien, commis en 1794 par un auteur resté anonyme, et le non moins célèbre Bordel Apostolique, institué par Pie VI, sorti en 1790 des presses de l’imprimerie de l’Abbé Grosier, « ci-devant soi-disant jésuite ».

42_Thomas_aurelie-filippetti_421567_510x255D’aucuns auraient trouvé cette relégation normale, pour reprendre un adjectif passé de mode en politique. En effet, du bilan de l’actuelle pensionnaire de la rue de Valois, que retient-on vraiment, si ce n’est le passage érotique de son deuxième roman, Un homme dans la poche :

« Toi sous moi, dans une chambre volée, ta tête entre mes cuisses et ta langue glissant en moi, lapant ma vulve, accélérant ton rythme avec l’expérience de tes années passées, mais peut-être était-ce déjà un adieu, tant pis, il était bon, tu me léchais et je fondais longuement dans ta bouche (…) »

La phrase n’en finissant plus, sorte de Proust qui aurait découvert le vibromasseur. Les amateurs de ce Fifty Shades of Grey ministériel pardonneront la coupe, et iront assouvir leurs envies de mauvaise littérature érotique en achetant l’opuscule édité chez Stock.

Mais revenons à nos moutons de bibliothèques. Puisque Aurélie Filippetti reste ministre de la Culture, elle devrait pouvoir s’occuper des bibliothèques françaises qui, plus que jamais, ont besoin d’un soutien de l’État. La synthèse 2012 de l’activité des bibliothèques municipales en France, rendue publique au mois de mars dernier, s’est fait l’écho de carences alarmantes.

Celles-ci sont d’abord budgétaires : sur cinq ans, le montant moyen d’investissement pour 100 habitants a ainsi chuté de 42 %, passant de 660 euros environ en 2007, à moins de 400 euros en 2012. Le seul point positif est la reprise des dépenses documentaires, continue depuis 2009, même si le niveau de 2007 n’a pas encore été recouvré.

Les carences des bibliothèques françaises renvoient en outre à leur usage du numérique : si 86% des bibliothèques publiques sont informatisées, et 73% offrent un accès internet, seulement 42% disposent d’un catalogue en ligne. Pire, seulement 23% des bibliothèques municipales et départementales offraient en 2013 des ressources numériques. Même dans les médiathèques les plus en pointes, les lecteurs utilisent relativement peu ces ressources.

De gros progrès sont donc à faire, alors même que les bibliothèques semblent être à un tournant de leur rôle social du fait d’un curieux double mouvement de hausse de leur fréquentation et de baisse de leurs inscrits. En clair, aujourd’hui, c’est plutôt sur place qu’à emporter, mais une chose demeure : l’interdiction du Bic Mac dans les allées.

Thomas Lacomme

« Si tu viens pas tu sais pas lire ! »

Le Quizarium ne nous laisse pas vraiment le choix ! Pour son 6° événement de l’année, il voit les choses en grand (fini le format poche) !

Une histoire d’invitation

 » Il fait beau, il fait bon,
Le Quizarium de mars
Sens bon le sable chaud !
Oui certes, le 21, c’est l’printemps, mais il y a mieux : car le 26
C’est le retour du quiz le plus carnavalesque du monde entier !
Venez investir l’Antidote pub* pour découvrir la fraîcheur nouvelle (*108 rue Saint Georges, 69005 – Vieux Lyon)
Des métamorphoses toutes ovidiennes du Quizarium !
C’est à 20h30 que vous embarquerez ;
De magnifiques lots vous pourrez gagner !
Carnaval, Saint Patrick, sagesse nippone, hydromel du patron…
C’est la table des matières du livre que vous allez écrire !  »

Un petit poème hétéro-métrique qui sonne comme une mystérieuse invitation, tel est le texte de présentation livré par le Quizarium mardi dernier, lors du lancement de la communication autour du Quiz de ce mercredi 26 mars.

37_Barbara_8154487Vous avez dit Quizarium ?

Selon l’événement publié sur les réseaux sociaux, l’initiation à ces mystères littéraires aura donc bien lieu cette semaine dans le Vieux Lyon, à travers une série de questions loufoques en tous genres – comme chaque mois durant l’année universitaire.

Ce mois-ci, on a hâte de voir ce que les thèmes relevés dans l’actualité – de « Fukushima, un an après » à « l’influence sociale de la Journée Internationale de la femme » en passant par « Élections Municipales : image et média » – seront devenus une fois passés à la moulinette de l’équipe des 7 rédacteurs de questions, experts ès Lettres s’il en est !

On y va ?

« Je viens pour l’ambiance ! et j’aime les quiz en général, mais ici je viens aussi pour le lieu et pour voir du monde » répond l’un des participants du mois dernier lorsqu’on lui demande son avis sur les soirées. « En plus c’est gratuit ! et avoir une salle rien que pour nous dans ce bar, c’est dingue ! » ajoute l’une de ses coéquipières. Il est vrai que l’ambiance tamisée de l’Antidote pub et sa carte des boissons alléchante est un plus pour booster l’ambiance !

Certains viennent avec leur équipe, d’autres rencontrent leurs coéquipiers sur place et, s’il y a bien un classement et une remise des prix à l’issue des 2 heures de soirée, tout le monde semble repartir gagnant : « les questions ne sont pas faciles, mais il y a des points pour l’humour et surtout, ce ne sont pas les premiers qui raflent tous les lots, tout le monde peut gagner ! ».

Un renouveau printanier !

Toutefois, après une baisse de participation ces derniers mois, le Quizarium – qui promeut la culture autour d’un petit verre depuis déjà près de 5 ans ! – a décidé de proposer une formule légèrement remaniée.

« Il faut que tout change pour que rien ne change ! » commente l’une des animatrices, costumée pour l’occasion. Un verre à la main, elle profite de la pause pour nous expliquer que le quiz du 26 mars sera l’occasion de quelques modifications : « ce sont les participants autant que nous qui faisons l’événement ! Nous nous inspirons de leurs idées pour être sûrs de correspondre à leurs envies ; d’ailleurs l’association Le Littérarium s’attache à promouvoir l’écriture et les littératures à l’Université et au-delà : l’approche du monde du livre y est très éloignée de celle proposée par le prisme de la vision scolaire ».

A ne pas rater, donc !

Bien entendu, les valeurs sûres ne changent pas : on retrouvera bien une sélection de livres de qualité toute particulièrement constituée pour nous par les coups de cœurs du Littérarium et ses libraires partenaires (au programme, entre autres, une série d’ouvrages qui font sensation en sortant des sentiers battus : S. le « livre objet » de JJ Abrams et Doug Dorst, le roman des Six Contes moraux de Rohmer ou encore Le Duel, ce roman-souffle de l’islandais Indirason).
Pour le reste, c’est une mue qui s’amorce : fond sonore enivrant, tempo plus dynamique, questions plus variées, nouveaux lots à gagner (offerts par l’association et ses partenaires éditoriaux, mais aussi par le patron du bar !), ateliers de découverte d’autres projets lors des pauses et surtout quiz plus court… autant de nouveautés à venir découvrir mercredi !

Et après ? C’est encore un secret, mais les organisateurs tiennent tellement à nous faire plaisir qu’un petit concours sera lancé dès le 27 mars : tout le monde pourra proposer ses thèmes de prédilection et les imposer aux organisateurs en vu du quiz de mai (car c’est bien connu, en mai, ils font ce qui nous plaît !).
On peut même déjà vous dire que le quiz d’avril mettra littérature étrangère et envies d’exotisme à l’honneur et que ça se passera le 16/04 !

En bref

On l’aura compris, il ne s’agit pas là d’une soirée bachotage, mais bien d’un je-ne-sais-quoi ludique, dont le presque-rien décalé nous donne terriblement envie de rester – pour savoir enfin combien Casanova a réellement eu de maîtresses !

Et puis, on a pas vraiment le choix… comme le dit leur slogan « Si tu viens pas tu sais pas lire ! »

Retrouvez toutes les infos sur la page facebook du Quizarium et pour être sûr d’être fin prêts profitez-en pour vous inscrire à l’événement en ligne : https://www.facebook.com/events/1455306014703603/

37_Barbara_On a aimé ; vous allez gagner !

On ne désinsectise pas son appartement à coup de Nietzsche

32_Willem_roman capitalismSa valeur marchande est dérisoire. Madame Bovary au même prix que Marc Lévy, La Nostalgie heureuse à côté de Gilles Deleuze, il y a même du Murakami au Franprix. Il n’est pas question, ici, de lancer un débat sur ce qui serait de la littérature, et ce qui n’en serait pas. Pour une fois, l’économie a raison : Flaubert a autant de valeur que Le Premier Jour. Il ne faut pas être snob au point d’ériger ses goûts pour des dogmes. Pour cet article, tout livre est de l’art potentiel. Mais de quel art parle-t-on ?

Inutile socio-économique

Sa valeur marchande est dérisoire. À tel point que la hausse de la TVA sur les livres n’intéresse aucun journaliste. Cela se comprend : en Librio vous trouvez du Racine pour deux euros. Deux euros, l’Athalie, la Phèdre, l’Andromaque ! Ce n’est pas avec cela que l’on va relancer l’économie. Surtout qu’il paraît qu’aujourd’hui « plus personne ne lit ». (Ah, si apprendre la lecture à tout le monde réduit le nombre de lecteurs, autant réserver ce savoir à une petite élite). Les musées proposent des tarifs avantageux (jusqu’à la gratuité) pour les étudiants et les seniors, et les adultes « n’ont pas le temps » d’aller voir Mona Lisa ou quelques tableaux de Nicolas De Staël. La musique se télécharge « illégalement », « on ne vend plus de CD », c’est la crise ma bonne dame. Le cinéma périclite, on ne fait plus que des blockbusters aujourd’hui, d’où l’art est exclus (il faut oublier que les dialogues de Matrix sont un copié-collé depuis Platon).

diapo1Bref, l’art ne remplit les caisses d’aucun état, c’est un accessoire, à peine aussi utile à la finance que les pacs de six barrettes mauve-fushia-rouge à Simply ou le SUPER GRATOR ULTRA-COMPACT qui vous permet de faire la vaisselle tout en vous écorchant la main.

Sa valeur sociale est dérisoire. À la pause-thé, personne ne parle d’art. Bah non, tout le monde parle de Julie Gayet, mais pas à propos des dizaines de films où elle apparaît. Ou alors de l’Amour est dans le pré, de Topchef, de Mika (ou de The Voice)… Bref, les gens ne parlent pas des « sujets sérieux qui touchent à la nature humaine » (c’est-à-dire : la mort – la crise – la décadence humaine – ah comme c’était mieux avant ; au choix). Non, bizarrement les gens évoquent autre chose, ce mot fameux qui commence par un C.

La culture

Les rapports de l’art à la culture sont trop compliqués pour les évoquer simplement. L’art se nourrit de la culture, la culture de l’art, bref, c’est comme entre les Atlantes et leur cristal dans le Disney consacré : trop flou pour être une facilité scénaristique.

Mais la culture ça ne sert à rien, même pas à briller en société, car tout le monde connaît l’adage : moins on en a, plus on l’étale (déclinable à toutes les sauces : confiture, courage, performances sexuelles). Lire Baudelaire ne vous aidera pas à trouver un boulot, écouter Tchaïkovski ne vous aidera pas à trouver un logement, pas plus que Marc Lévy vous aidera à trouver l’âme-sœur ou Rihanna à remplacer cette @#% d’ampoule qui a encore grillé.

32_Willem_a clockwork romanceOn ne désinsectise pas son appartement à coup de Nietzsche, on ne mange pas grâce à Peter Pan, on n’apprend pas comment se sortir d’embarras avec Barthes. L’art, c’est aussi inutile qu’un lever de soleil, qu’une journée de neige, qu’un baiser sous la pluie. La culture ne sert à rien, comme une poignée de main, comme les jeux, comme les émotions. L’utile ne fait jamais pleurer de joie, ne change pas la vie, ne nous renforce pas – l’utile rend la vie rentable. « Et le bonheur dans tout ça ? / On lui préférait le confort. » (Le Saut du requin, Romain Monnery, p. 239). L’art échoue à être capitaliste, car l’art est partage, empathie, sourire. S’il y a bien quelque chose d’inutile, c’est l’art.

Mais sa valeur marchande est dérisoire face à sa valeur vitale.

Willem Hardouin

La Bibliothèque se perpétuera

bibliotheque-infiniQuelques mois avant l’absence du « bogue de l’an 2000 », des appareils étranges apparaissent. Le prix en est élevé, le catalogue ridicule de brièveté. Près d’un kilo pour même pas l’intégrale d’Hugo, ça paraît un peu fumeux. Il faut attendre janvier 2001 pour que la technologie fleurisse et se développe en Europe. Trente-deux méga-octets de sychronous dynamic random access memory. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement : quinze-mille pages de texte, soit trente livres de cinq-cents pages, ou cinquante livres de trois-cents pages, comme vous préférez.

Mais les ventes ne décollent pas assez et la clé USB passe sous la porte. Après de multiples tentatives pour lancer un e-book (à l’époque on entendait : « lancer un hibou », normal que ça ne marche pas), c’est en avril 2004 que Sony parvient enfin à percer avec sa « liseuse ». Trois-cents grammes, écran 6 pouces à résolution 800×600 pixels, mémoire de dix méga-octets extensible, port USB pour télécharger… C’est la classe. Et commence alors le véritable marché des « livres numériques » : Sony Reader en 2006, Kindle par Amazon en 2007, tous les smartphones en 2008 et alea jacta est.

Aujourd’hui, le livre électronique se passe de guillemets, il est entré dans toutes les poches, avec les fonctions les plus à la pointe de la technologie littéraire. Écrans rétroéclairés, mémoires extensibles, poids allégés, prix cassés, possibilité d’agrandir le texte pour les myopes, de le rétrécir pour les hypermétropes. Le livre électronique a survécu à ses détracteurs qui ont décrété la fin de la littérature, la mort du livre, la fin des temps et autres décembres 2012.

Grâce aux cartes mémoires et à la multiplication des éditeurs numériques, les liseuses peuvent aujourd’hui contenir trois bibliothèques. Karl Lagerfeld aurait chez lui trois-cents mille livres. Aujourd’hui, Madame Franprix en a autant dans son livre numérique. D’ailleurs, elle aussi a un catogan, mais personne n’en parle.

Qu’en sera-t-il demain ?

Une récente expérience italo-suisse a permis à un amputé de ressentir à nouveau. Des scientifiques japonais ont réussi, grâce à des petites lamelles métalliques et certaines impulsions électriques, à faire sentir le goût de la fraise ou du bœuf bourguignon à leurs cobayes. Une fois que cette science sera captée par les grandes entreprises, elle s’appliquera logiquement aux livres numériques. Alors, on aura vraiment l’impression de caresser du papier, on sentira le livre ancien et l’encre antique, à moins que l’on ne préfère le parfum du flambant neuf tout juste sorti de l’imprimerie.

3043610005_1_7_aOCIka0XDésormais, lorsque vous lirez un poème sur la confiture de fraise, vous aurez l’impression d’en manger. Gare aux lectures de Rabelais, vous pourriez en faire une indigestion ! Quant au Parfum, le début dans les immondices de Paris vous donneront, à coup sûr, la nausée. Ceux qui ont le mal de mer ne pourront pas lire le Bateau Ivre, mais s’enivrer de la Rivière Cassis en revenant du Cabaret Vert. Si vous n’aimez pas Rimbaud, peut-être préférerez-vous un merveilleux festin à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.

Des étudiants du MIT ont un projet en cours, nommé Sensory Fiction. L’idée est toute bête : maintenant que l’on peut s’immerger dans un film par la 3D et l’IMAX, pourquoi ne pourrait-on, demain, s’immerger dans un livre ? Les étudiants veulent concevoir un harnais capable d’accélérer le rythme cardiaque pour entretenir l’angoisse. Mais imaginons plus loin : le must serait de pouvoir se brancher à la liseuse, la relier à nos nerfs, pour stimuler et tromper le cerveau.

On relit la chute de Pompéi : les impulsions électriques nous donnent l’impression d’une grande chaleur, et des tremblements. Si vous préférez les Royaumes du Nord, alors vous serez glacés. On s’enverra tous en l’air à coup de Cinquante Nuances de Gray, ou en lisant Jack et le Haricot magique

La lecture sera plus que jamais interactive. Des petits malins s’amuseront à lire ce que Baudelaire dit de l’opium, ou préféreront Le Voyage d’hiver d’Amélie Nothomb où les hallucinations ont une belle place. On pleurera devant la vie de Causette et l’on rira avec Jacques le fataliste : les écrivains devront inclure dans leur textes des mentions très spéciales : « rire », « pleurs », « chaleur », car il faudra aussi écrire un scénario d’émotions. Les plus provocateurs feront rire sur un génocide et clameront la liberté de l’artiste.

Babel, Babel outragée ! Babel brisée ! Babel martyrisée ! mais Babel libérée !

Comme beaucoup d’auteurs aujourd’hui sortent leur livre simultanément en version papier et en version numérique, sans parler de ceux qui se font éditer uniquement sur Internet pour éviter d’être refusés par un comité de lecture, demain l’édition papier n’existera plus. On enverra directement son texte dans des Centrales, qui auront pour tâche de les répartir dans les bonnes catégories : roman / poésie / théâtre, puis polar / romance / imaginaire, et ensuite polar réaliste / polar imaginaire / polar thriller, et enfin thriller noir / thriller comique / thriller Vu À La Télé. Il y aura des sous-sous-sous-sous-sous catégories à n’en plus finir, mais enfin tous les livres seront acceptés au nom de la liberté individuelle.

liseusenumeriqueComment faire le tri ? Eh bien, vous connaissez sans doute Dorian Gray, devenu amoureux d’un livre que Wilde, habilement, ne nomme jamais. « Il avait fait venir de Paris neuf exemplaires à grande marge de la première édition, et les avait fait relier de différentes couleurs, en sorte qu’ils pussent concorder avec ses humeurs variées et les fantaisies changeantes de son caractère, sur lequel, il semblait, par moments, avoir perdu tout contrôle. » Désormais, le livre électronique choisira pour nous. Il mesurera notre pouls, la dilatation de nos pupilles, et choisira quel livre convient mieux à notre humeur. En colère ? Le petit traité zen Comment j’ai tué mon boss fera l’affaire. Une déception amoureuse ? L’Arlequin Un de perdu, dix de trouvés vous fera du bien. Las ? La savoureuse Comédie du Génocide sera la solution.

Il y aura un texte pour chaque situation, disponible dans toutes les langues, car les traducteurs seront bien plus perfectionnés. Plus personne ne se plaindra du recul de la lecture. Au contraire, on protestera : les gens s’enferment dans les livres, ne vivent plus. Mais à quoi bon vivre, lorsqu’on le peut par procuration ? Dès que nous aurons fini notre boulot, nous prendrons le métro, dans lequel nous lirons la vie d’un roi racontée à la première personne. On lira un fabuleux festin pour dissimuler la quotidienne soupe de choux aux choux. On vivra le sommeil d’un prince pour oublier la rugosité de l’asphalte.

Et notre espace deviendra celui de la Bibliothèque de Babel qu’écrivit Borges en 1941 : « La certitude que tout est écrit nous annule ou fait de nous des fantômes… Je connais des districts où les jeunes gens se prosternent devant les livres et posent sur leurs pages de barbares baisers, sans être capables d’en déchiffrer une seule lettre. Les épidémies, les discordes hérétiques, les pèlerinages qui dégénèrent inévitablement en brigandage, ont décimé la population. Je crois avoir mentionné les suicides, chaque année plus fréquents. Peut-être suis-je égaré par la vieillesse et la crainte, mais je soupçonne que l’espèce humaine – la seule qui soit – est près de s’éteindre, tandis que la Bibliothèque se perpétuera : éclairée, solitaire, infinie, parfaitement immobile, armée de volumes précieux, inutile, incorruptible, secrète.

Je viens d’écrire infinie. Je n’ai pas intercalé cet adjectif par entraînement rhétorique ; je dis qu’il n’est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c’est postuler qu’en quelque endroit reculé les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître – ce qui est inconcevable, absurde. L’imaginer sans limite, c’est oublier que n’est point sans limite le nombre de livres possibles. Antique problème où j’insinue cette solution : la Bibliothèque est illimitée et périodique. S’il y avait un voyageur éternel pour la traverser dans un sens quelconque, les siècles finiraient par lui apprendre que les mêmes volumes se répètent toujours dans le même désordre – qui, répété, deviendrait un ordre : l’Ordre. Ma solitude se console à cet élégant espoir. »

Willem Hardouin