Orange : peut-on effacer nos erreurs ?

orange-1-akataDepuis que nous sommes nés, des erreurs nous en avons commis. Celle-ci est humaine comme on dit. Mais qui n’a jamais désiré revenir dans le passé pour corriger certaines actions ? Parfois, on se demande si c’est la bonne décision que l’on prend et l’on aimerait recevoir un signe pour nous indiquer la voie à suivre. L’auteur Ichigo Takano, elle, a décidé de faire de notre souhait un manga. Orange, sorti en 2012 au Japon, compte désormais cinq tomes et vient – malheureusement – de se terminer. Ce manga a eu un grand succès grâce à son histoire originale et aux dessins finement réalisés. Il a été l’objet d’une adaptation en film en 2015 et une série animé devrait sortir en juillet 2016.

Tout commence avec le personnage de Naho, jeune fille étudiante plutôt timide et ayant peu confiance en elle. Un beau jour elle reçoit une lettre qui serait envoyée… par elle mais dans le futur, plus exactement dix ans plus tard. Celle-ci lui indique les erreurs qu’elle pourrait commettre et lui permet ainsi de corriger ses actions. Tout cela semble assez irréel et puis Naho a trop peu d’assurance pour accepter de faire ce qu’on lui dit. Le même jour sa classe accueil un nouvel élève : Kakeru. C’est bien ce que la lettre avait prédit. Il ne l’a laisse pas indifférente et on découvrira au fur et à mesure de l’histoire qu’il est la cause de l’écriture des lettres. En effet, dans le futur Kakeru n’existe plus et le but de Naho est de le sauver de son funeste destin. Mais elle n’est pas la seule à recevoir des lettres, ses amis Azusa, Takano, Saku et Suwa en ont eux aussi : leur mission est de modifier le futur. Toute l’histoire est entrecoupée par des interventions de l’époque dont provient les lettres. On découvre ainsi le futur alternatif des doubles des personnages. L’histoire est très intéressante et malgré le fait que l’un des personnage pourrait mourir certains passages sont assez humoristiques.

Mais ce manga est « deux en un » : en plus de l’histoire originale on suit, à la fin de chaque tome, l’histoire amoureuse de deux sœurs jumelles Mami et Chiki. Ce deuxième manga se nomme Un printemps dans les étoiles. Le scénario et le graphisme se rapprochent plus du shojo alors qu’avec Orange on est dans le domaine du seinen. L’auteur justifie son choix par l’envie de « dessiner à la perfection de jolies filles et de beaux garçons ». Cette seconde histoire est une agréable surprise.

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Le graphisme stupéfiant accompagne très bien le scénario original. Ils ne sont pas très complexes mais nous transmettent l’atmosphère qui convient à ce genre d’histoire. On est loin du dessin brouillon de L’Attaque des titans. L’auteur nous montre tout son savoir-faire : par exemple, le dessin de la couverture du tome quatre où l’on voit le château Matsumoto, est tout simplement splendide.

Pour conclure, Orange est un manga qui renferme bien des surprises. Il s’adresse à toute personne comme un message d’espoir et ne cesse de nous émouvoir. On reste dans un univers réel avec une pointe de science-fiction. Mais qui sait ? Peut-être recevrez-vous un message de votre moi du futur.

Mégane Richard

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One-punch man ou le super héros banal

177065On a tous le stéréotype du super héros en tête. Prenons l’exemple de Superman : malgré le fait que son costume ne plaît pas à tout le monde (du fait qu’il porte son sous-vêtement par-dessus ses collants) il reste le sauveur par excellence, venant d’une autre planète et possédant une force surhumaine. Mais tout les super-héros n’ont rien de surnaturel : Batman, pour ne citer que lui, utilise des gadgets pour faire régner la justice. Dans One-Punch Man le héros est un mélange entre Superman et Batman regroupé en un seul personnage nommé Saitama. Une de ses particularités physique est son crâne chauve. On a rien contre les chauves mais il faut bien avouer qu’un super-héros sans cheveux ce n’est pas très commun. On peut éventuellement le comparer au professeur Xavier dans X-Men mais Saitama n’a pas le pouvoir de télépathie, il n’utilise pas son mental mais ses bras.

Mais d’où vient ce manga ? Il trouve son origine sur Internet. En effet, c’est un dénommé One qui publiait les planches de One-Punch Man sur son blog en 2009. Le nombre de visites ayant vite augmenté (dépassant les dix millions), la maison d’édition Shueisha lui a proposé en 2012 à Yusuke Murata de réaliser les dessins du manga. Le premier tome est ainsi paru en 2016. Le public français attendait depuis des années de voir One-Punch Man dans les rayons des librairies. On attend le troisième tome qui ne devrait plus tarder mais si vous êtes impatient de connaître la suite, vous pouvez voir l’animé disponible gratuitement et légalement ici.

L’histoire est assez simple : Saitama, jeune homme sans emploi vivant dans un monde peuplé de créatures qui veulent tuer la population et prendre le pouvoir, décide de s’entraîner pour devenir un super-héros. À force de volonté, Saitama réussi mais en devient chauve. Comme le titre l’indique, il développe un coup de poing qui bat tous les monstres. Il est tellement fort qu’il ne trouve personne à sa hauteur et s’ennuie. Tout pourrait être parfait mais le super-héros n’est reconnu par personne. On lui reproche toujours la destruction des bâtiments mais on ne le remercie jamais d’avoir sauvé l’humanité. Il y a de quoi être frustré !

one-punch-man-1-kurokawaPourtant, un jeune cyborg remarque Saitama et décide de devenir son disciple. Lorsqu’il demande à son maître d’où lui vient une telle force, Saitama lui répond tout naturellement que c’est en faisant 100 pompes, 100 abdos, 100 squats et 10 kilomètres de course à pied chaque jour (à sa sortie, le manga a provoqué un tel engouement chez les lecteurs qu’on a assisté à l’émergence de sites proposant le même entraînement que Seitama). Tout est surnaturel dans le manga sauf l’origine du super pouvoir du héros. Et ça c’est nouveau. Cela dit, l’histoire devient un peu répétitive. On a toujours le même scénario : un méchant arrive, Saitama le tue, personne n’est reconnaissant.

En ce qui concerne le graphisme, les dessins sont simples et efficaces, on comprend facilement ce qui se passe. Une remarque, cependant, sur la tête du héros. N’ayant plus de cheveux le reste de la tête peut être simplifié mais là elle a la forme d’un œuf avec deux yeux, un nez et une bouche et rien d’autre. Le héros doit être le seul personnage qui demande le moins de temps de travail. Et il porte un costume de Superman, le genre de vêtement que portent les enfants quand ils défilent dans la rue le Mardi gras. Mais quand un combat commence, le graphisme du héros prend plus de détails, dégageant un sentiment de force. Quand Saitama est sérieux durant une bataille, son visage change ses traits se durcissent.

Finalement, l’univers du manga est assez ironique, on rigole souvent à la vue de certains personnages. À se demander d’où l’auteur tient une telle imagination. On est loin du shonen de combat classique : les scènes de bataille sont bien présentes mais agrémentées d’une petite touche d’humour qui détend l’atmosphère, c’est assez burlesque. One-Punch Man est à conseiller à tous ceux qui ont en ont marre des mangas qui se prennent trop au sérieux avec des super-héros supérieur intellectuellement et physiquement. Même le plus banal des humains peut surpasser le plus grand des surhumains.

Mégane Richard

Voir également la vidéo de Rufio à ce propos.

La Triste fin du petit enfant huître : l’humour noir pour grands enfants

41Lk2HPwV8L._SX317_BO1,204,203,200_On sait ce que ce genre de titre cache comme histoire pas banale. Du genre à faire penser à ces bons vieux livres pour enfants qui recèlent leur part de macabre. Ce livre au titre étrange on le doit à Tim Burton, plus connu pour son talent de réalisateur que pour celui d’écrivain. En effet, en entendant son nom on pense immédiatement aux chefs-d’œuvre, plus qu’orignaux, que sont Edward aux mains d’argent, L’Étrange Noël de Monsieur Jack ou encore Les Noces funèbres. De son vrai nom The Melancholy Death of Oyster Boy & Other Stories (publié en 1998 aux Etats-Unis), La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires permet de retrouver toutes les caractéristiques propres à l’univers de Tim Burton. Il prend la forme d’un recueil de poèmes illustrés par des dessins de l’auteur lui-même. On y trouve ainsi vingt-trois nouvelles contées en vers dont le format diverge selon les éditions.

Le titre du livre est assez révélateur de ce que l’on pourra découvrir comme histoire. L’ambiance macabre a sûrement été suggérée par l’ouvrage Les Enfants fichus d’Edward Gorey, où l’on trouve des dessins emplis d’ironie. Tim Burton a mis en scène des personnages souvent hybrides : soit adulte ou encore enfant. Ils ont tous une petite particularité matinée d’humour noir à l’exemple du couple de l’allumette et de la brindille, l’enfant tache ou encore l’enfant huître. Dans chaque histoire on est tiraillé entre divers sentiments : le rire, la tristesse, la peur. Aucun de ses êtres ne se ressemble ou ne nous ressemble et pourtant il semble se tisser une sorte de dénonciation de la société moderne. Le physique des personnages est comme une métaphore des problèmes que l’on rencontre aujourd’hui : l’histoire de l’enfant momie, par exemple, qui, par son physique et sa drôle de façon de penser, n’arrive pas à trouver sa place dans ce monde. Cependant, à cause de la tournure que prennent certaines histoires, ce livre ne doit pas être mis entre les mains de jeunes enfants. En effet, les fins joyeuses succèdent à celles extrêmement tragiques, se concluant souvent par la mort du personnage. Une ambiance macabre faisant évidemment songer aux films de l’auteur.

la-triste-fin-du-petit-enfant-huitre,-et-autres-histoires-4194072La particularité de Tim Burton est de combiner deux talents : l’écriture et le dessin. Sans ses propres dessins, l’impact n’aurait sans doute pas été le même. Les petites illustrations mettent ainsi en image les poèmes en venant appuyer le côté macabre de l’écriture. On reconnaît facilement le style de l’auteur : l’impression de dessins pas vraiment finis, un effet brouillon ou croquis. Pour certaines histoires les illustrations sont en noir et blanc (et parfois effrayantes) ; pour d’autres les couleurs sont assez lumineuses, éclairant d’une touche enfantine l’ambiance noir. Tout se marie assez bien. Le style des dessins est parfait pour amplifier l’atmosphère lugubre des poèmes. L’idée des illustrations est plutôt originale surtout dans un recueil de poèmes.

Ce livre est une autre façon de voir le talent de Tim Burton, sur un nouveau médium. Ayant déjà prouvé ses talents de réalisateur, il nous montre ici ses talents de poète. Son univers particulier colle à la peau mais avec de petites nouvelles qui riment, nous emportant dans un monde plein de tristesse et d’horreur mais qui peut se révéler beau malgré tout. Bref, un livre pour tout ceux qui aime l’humour noir d’un écrivain original et qui ont gardé une âme d’enfant. Clôturons par un petit extrait en anglais, puis traduit en français :

James
Unwisely, Santa offered a teddy bear to James, unaware that
he had been mauled by a grizzly earlier that year.

James
Inopportunément, le père Noël offrit à James un nounours, ignorant
qu’il avait été lacéré par un grizzly un peu plus tôt dans l’an.

Megane Richard

L’Attaque des Titans : monstres et Cie

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Au pays du soleil levant, on aime bien inventer des histoires plus étranges les unes que les autres. Le manga L’Attaque des Titans en est le parfait exemple. De son nom d’origine, Shingeki no Kyojin, cette série vit le jour en 2009 au Japon sous la plume d’Hajime Isayama. Ce fut son premier succès et grâce à elle, il remporta le tournoi shonen en 2013. Véritable phénomène au Japon avec dix-huit tomes publié. On en compte dix-sept sortis en France avec une édition limitée pour le dernier paru. Mais sa popularité est devenue mondiale et on a depuis exploité tout les supports pour faire connaître la série tel qu’une adaptation en série d’animation diffusée en 2013, un film live (adapté à l’écran avec des acteurs réels) sorti en 2015 et un jeux vidéo annoncé durant la gamescom de la même année. Mais ce qui prouve l’intérêt de ce manga est sûrement le nombre de séries dérivées.

En effet l’auteur s’est appliqué à faire en sorte que le lecteur ne se pose pas trop de question, tout est expliqué :
Before the Fall nous conte les événements soixante-dix ans avant ceux relaté dans la série principale ;
– Dans Birth of Livai on peut comprendre l’origine d’un des personnages, Livai, qui, malgré un rôle secondaire dans L’Attaque des Titans, a quand même une certaine importance ;
Le Guide officiel, comme son nom l’indique, établit une description de l’univers de la série, de ses personnages et de son environnement.

Extrait du film

Extrait du film

Le titre du manga est assez révélateur du thème traité : la lutte contre une invasion de titans. On peut sûrement y voir une référence au conte pour enfant Jack et le haricot magique ou Jack le tueur de géants. L’œuvre se déroule dans un temps se rapprochant du Moyen-Age (dans le manga on a un repère chronologique qui indique « an 845 ») mais le matériel utilisé pour tuer les titans est assez futuriste. Il y a une vraie recherche technique alors que la hiérarchie de la société est celle du temps médiéval. Rappelons les lignes directrices de l’histoire. Une population d’êtres humains vivent dans ce qu’on pourrait nommer « une forteresse », afin de se protéger des titans qui n’ont qu’une seule envie : les manger. Afin de « cohabiter » avec ces monstres, ils donc construit différents murs : un grand mur circulaire avec, à l’intérieur, un autre mur et encore un autre. Des noms leur sont attribués par ordre décroissant : Maria, Rose et Sina. Dans cette répartition de la hiérarchie le roi vit, évidemment, au centre.

Pour se défendre des titans, l’armée est divisée en différents groupes :
– La garnison, qui s’occupe de la protection des habitants et de l’entretien du mur ;
– le bataillon d’exploration, qui élimine les titans à l’extérieur du mur et qui acquiert des connaissances sur eux ;
– La brigade spéciale, chargée de la protection du roi et de sa cour.

Le manga se focalise sur le personnage d’Eren Jager qui, étant plus jeune, a vu sa mère se faire dévorer par un titan. Depuis, son seul but est d’intégrer le bataillon d’exploration afin de combattre ces êtres monstrueux. Pourtant, à part la présence monumentale des titans, l’histoire semble plutôt banale. Jusqu’à ce que Eren découvre la faculté de se transformer en ses pires ennemis. Au combat permettant de sauver l’humanité se mêle des interrogations mystérieuses sur cet étrange pouvoir.

Extrait du manga original

Extrait du manga original

Le petit point faible du manga réside dans le graphisme. Alors que l’histoire est vraiment riche (recelant sont lot de nouvelles découvertes au fil de la lecture, et sortant de l’ordinaire par le fait qu’elle ne se rapproche d’aucun autre manga, à l’exemple de Prophecy ou Darwin’s Game où le portable joue un grand rôle) le dessin, lui, manque de détails. Il en résulte un effet brouillon qui pourrait en dégoûter plus d’un. Certains pourraient donc préférer l’animé du fait de son excellente réalisation. Mais le graphisme brouillon ne peut pas toujours être vu comme un défaut : si vous aimer les scènes de torture, les têtes arrachées, le sang qui gicle de partout, c’est absolument parfait pour vous. Le manque de détail permet une certaine originalité ainsi que l’établissement d’une atmosphère pesante collant bien à cette histoire tragique.

L’expression des personnages est, quant à elle, très appuyée et parfois même trop, ce qui donne une petite touche humoristique. Cet humour est aussi donné par le caractère de certains des protagonistes de l’histoire, ce qui casse un peu la tragédie de l’histoire surtout lorsqu’ils se retrouvent devant de grosses difficultés. Cette diversité des caractères apporte vraiment un plus à l’histoire permettant de s’identifier et de s’attacher très rapidement à certains personnages. En revanche, ils ont tendance à mourir vite, apparaissant dans un tome et mourant dans le suivant, sans pouvoir connaître leur histoire.

Bref, malgré le graphisme particulier qui peut en faire fuir certains, L’Attaque des Titans nous propose une histoire prenante, riche en rebondissements. Difficile de s’arrêter une fois la lecture commencée. Eren et ses amis arriveront-ils à stopper les titans avant l’extinction de l’humanité ?

Mégane Richard

Hideout ou l’antre de la mort

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On a tous déjà vu, dans un film d’horreur, un des personnages ouvrir une porte où l’on devine que son pire cauchemar se trouve derrière. Devant cette folie on ressent alors cette frustration, cette envie de lui crier : « Non, n’y va pas ! ». Et bien dans Hideout on a ce même sentiment d’impuissance mais l’on sait que c’est le danger pris par les personnages qui donne son sel à l’histoire. Ce manga sorti en 2010 au Japon (2011 en France) est écrit par le mangaka Masasumi Kakizaki, déjà connu pour Green Blood et Rainbow. Ici on n’aura pas le problème d’attaquer une série comportant déjà de nombreux tomes, puisque Hideout est un one-shot et ne compte donc qu’un seul et unique volume. Hideout est un seinen, un genre plutôt réservé à un public adulte avec des intrigues et des personnages plus complexe, en somme un shonen (manga pour adolescent) plus approfondi. Mais âmes sensibles s’abstenir : les thèmes principaux sont l’épouvante et l’horreur. À ne pas lire le soir sauf si l’on aime avoir peur.

hRésumer l’histoire sans vous dévoiler la fin est plutôt délicat, mais l’on peut toujours parler des lignes directrices. Une forêt dans la nuit par un temps pluvieux, une silhouette, celle de Seiichi, qui poursuit sa femme, Miki, qu’il veut assassiner. Un an plus tôt la vie lui souriait : auteur à succès, père d’un petit garçon, bref une vie comblée. Mais le bonheur n’est pas éternel et lorsqu’il perd son travail ainsi que son fils c’est la descente en enfer. Le seul moyen pour recommencer du début, c’est d’éliminer la femme qui lui rappel à quel point il a tout perdu. Mais l’assassinat ne va pas se passer comme prévu car Miki va s’enfuir et se réfugier dans une grotte, c’est alors que l’illusion et la réalité vont se mêler. On va voir apparaître des êtres surnaturels qui vont nous donner la chaire de poule. L’histoire est entrecoupé de dialogue externe, c’est la pensée de Seiichi qu’il écrit dans un livre, peut-être bien son dernier.

Si un jour vous avez l’occasion de croiser ce livre dans les rayons d’un magasin ou d’une bibliothèque, vous pourrez déjà avoir un aperçu de l’histoire en voyant la couverture : une main déchirant le papier, des gros yeux nous fixant, c’est comme si nos peurs voulaient prendre vie dans la réalité. L’impact de cette image est immédiate sur notre esprit, et cela procure un petit côté accrocheur, on veut en savoir plus. La vision de cet être surnaturel, nous fait penser que tout ne sera que fantaisie alors que la réalité y occupe une grande part.

Ce qui est le plus extraordinaire dans ce manga c’est sûrement le graphisme. Il y a une telle complexité dans les dessins qu’on peut y voir le moindre détail. Tout est fait pour plonger le lecteur dans un univers angoissant, une ambiance étouffante. Les expressions des personnages sont très bien réalisées et on a une description de la nature tout à fait fantastique, comme la pluie représenté par de fines traînées blanches qui ne hachent pas l’image mais nous transmet cette ambiance de ténèbres, comme si elle nous abattait. Chaque détail est tiré de la réalité, comme un instantané de la vie quotidienne. Par cela on est directement transporté dans l’univers propre à l’auteur. Pour la description de certaines scènes il n’hésite pas à recourir aux gros plans. On est ainsi immergé dans un monde qui fait froid dans le dos, comme si on vivait la scène, sans savoir différencier les deux mondes. Et pour marquer encore plus le lecteur, l’auteur a décidé de faire les trois premières pages en couleurs, accentuant l’horreur de l’histoire. Sans même connaître l’aventure de Seiichi on sait qu’il se passera des choses malsaines. Les monstres qui peuplent l’histoire sont vraiment terrifiants, on pourrait même dire « crade » tant ce n’est pas le genre de monstre que l’on aimerait trouver dans son placard. Confondant les deux mondes l’on se croirait dans le territoire des morts.

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Les personnages ont chacun leur caractère : le « héros » a un fort problème psychologique, on le voit évoluer entouré de l’enfer de son esprit, il ne cessera de nous surprendre tout au long de l’histoire. Quant à sa femme, ses dépenses ont causés des dettes à Seiichi, on peut ainsi comprendre la fureur qu’il a pour elle. Dans cette histoire aucun des personnages ne peut être considéré comme un « héros », leur psychologie dépasse les frontières de l’humanité. Les monstres peuvent avoir un esprit d’enfant ou un esprit démoniaque, leur apparence reprend les formes d’un corps humain en décomposition, ils prononcent peu de mots mais leur caractéristique physique transmet leur psychologie, on peut se fier à l’apparence des choses.

Pour conclure, Hideout est un récit plein de promesse que l’on pourra aussi bien aimer que détester. C’est un peu comme un livre de Stephen King en manga : on mêle deux mondes qui ne sont pas toujours fait pour se rencontrer. À la fin une question nous vient en tête : qui est le véritable monstre de cette histoire ? « Hideout » signifie « cachette » en anglais : on a intérêt de trouver une bonne planque si l’on ne veut pas finir entre les mains de notre pire cauchemar.

Mégane Richard

Les Vacances de Jésus et Bouddha ou le divin rire

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Parler de religion avec humour ? Hikaru Nakamura l’a fait. Auteur des Vacances de Jésus et Bouddha sorti dans le courant de l’année 2008, le manga compte aujourd’hui 10 tomes en France (11 au Japon), et il est toujours en cours d’écriture (l’animé adapté du manga, Saint Young Men, est sorti en 2013). L’histoire nous présente donc Jésus et Bouddha qui, après avoir bien servi l’humanité, décident de se retirer sur Terre pour découvrir une nouvelle culture. Les voilà donc au Japon, pays qui leur réserve bien des surprises. Sur un ton humoristique l’auteur nous fait découvrir la culture de l’Asie à travers les yeux de deux personnages qui n’ont jamais connu autre chose que le paradis.

Le manga est découpé en plusieurs histoires qui se suivent plus ou moins. Dans les trois premiers tomes on peut lire les chapitres dans le désordre sans connaître de problème dans la compréhension. Par la suite les tomes sont plus liés, de nouveaux personnages apparaissent assez souvent pour rythmer la vie de nos deux acolytes, ce qui oblige, d’une certaine manière, à avoir connaissance des précédents tomes.

Le graphisme du manga est quant à lui assez joli : ce n’est ni trop brouillon ni trop détaillé. D’ailleurs, on voit une évolution du coup de crayon de l’auteur qui est assez prononcé si l’on compare le premier et le dernier tome parut. Les couvertures attirent toujours l’œil et au début de chaque tome on a le bonheur de découvrir une page en couleur qui est un vrai petit trésor. Enfin, pour agrémenter le tout, l’auteur a ajouté sur les tranches de certaines pages de petites anecdotes sur les personnages.

unnamed (1)Du côté des personnages, Hikaru Nakamura a dressé un portrait de Bouddha et Jésus qui est assez loin de ce que nous avons l’habitude de connaître. En effet, Jésus sera présenté comme un fan de cosplay et de manga, tenant un blog sur lequel il décrit toute sa vie. Et Bouddha comme une personne qui aime avoir les dernières tendances en matière de cuisine, joue à Nintendogs et qui écrit un manga comique sur ses disciples. Nous retrouvons aussi des personnages qui ont une importance dans l’histoire du christianisme et du bouddhisme comme les différents disciples de Jésus (Pierre et son frère André ainsi que Lucifer) ou encore, du côté de Bouddha, ses disciples comme Ananda, Brahmâ (le roi des dieux), et Mâra.

Le bémol qui peut vraiment freiner la lecture de ce manga est l’humour basé sur des passages de la vie de Jésus et Bouddha. Dans les premiers volumes, ne pas connaître leur vie antérieure n’est pas vraiment un souci, on peut lire tout en comprenant un minimum leur humour, mais l’on rencontre de gros problème avec les trois derniers tomes parus où les lacunes en christianisme et en bouddhisme peuvent ralentir la lecture. Sur certaines pages on peine à comprendre pourquoi les personnages rigolent, ce qui amène à un moment où l’on tombe dans une incompréhension total, ce qui nous enlève le plaisir de lire la suite. On cherche donc des explications car lire un manga comique sans comprendre les blagues est extrêmement désagréable. Les passages sur le bouddhisme sont ceux où l’on risque de rencontrer le plus de difficulté étant donné que c’est une religion assez peu connu en France. Mais nous sommes dans un monde où les solutions existent et nous ne pouvons que vous conseiller de lire le formidable manga La vie de Bouddha par le maître Osamu Tezuka, permettant de comprendre beaucoup mieux l’humour de l’œuvre de Nakamura.

D’habitude quand on parle de mangas on pense directement à des noms plus connu comme One Piece ou Naruto, mais l’on ne voit pas souvent des mangas basé sur l’humour. Avec Les Vacances de Jésus et Bouddha on rit constamment aux blagues des deux personnages et aux situations comiques  découlant de leur vie sur Terre. Le manga d’Hikaru Nakamura nous montre à quel point il est compliqué – et drôle – d’être un dieu dans notre monde.

Mégane Richard