Il n’y a pas que Rimbaud qui fugue

photo recueilC’est avec plaisir que l’on parcourt les Nouvelles fugues, second recueil de nouvelles de l’association Le Littérarium, qui promeut la littérature estudiantine. Dans cette optique, Le Littérarium organise divers événements : le Quizarium, un quiz mensuel pour développer votre culture littéraire dans la bonne humeur, avec de nombreux livres à gagner ; et des veillées poétiques avec le Cercle des Poètes Apparus, qui met en avant la poésie estudiantine. Une seule idée : les étudiants ont eux aussi leur mot à dire dans la littérature, et c’est dans cette optique qu’a été créé Le Gazettarium, un journal littéraire étudiant en ligne, et qu’est organisé le concours de nouvelles du Littérarium. Six créations étudiantes sont sélectionnées parmi plus de soixante-dix nouvelles par un jury prestigieux et renouvelé à chaque concours.

Un jury prestigieux

Pour Nouvelles fugues, le jury était composé de Sophie Coste, professeure de Lettres Modernes à l’université Lumière Lyon 2 ; Brigitte Giraud, conseillère littéraire à la Fête du Livre de Bron, auteure publiée et directrice de collection chez Stock, Catherine Goffaux, bibliothécaire à la Bibliothèque Municipale de Lyon, Perrine Gérard, lauréate du premier concours d’écriture du Litterarium et présidente d’honneur du jury, Césinaldo Poignand, directeur de la librairie Ouvrir l’Oeil, Guillaume Rouvière, ancien président et membre fondateur du Litterarium, Yann Baracat, libraire et membre fondateur du Litterarium et Clément Extier, professeur de FLE et membre fondateur du Litterarium. Ils ont choisi six nouvelles qui représentent la diversité culturelle de l’université. Même si le concours est à thème libre, on remarque qu’une matière est particulièrement exploitée : la « fugue. »

La littérature est un voyage de l’esprit et la nouvelle met particulièrement en lumière l’intensité du plus petit mouvement. Presque toutes les nouvelles utilisent une narration à la première personne du singulier : une façon de mieux s’immerger dans les textes ?

De « nouvelles fugues »

Annabelle Coassy a écrit « Cher papa », un texte réflexif qui s’intéresse à un personnage qui a presque tout du fils prodigue. On lit une tension évidente entre imitation et création, qui est symbolisée par une rivalité entre un fils et un père pour poser cette grande question : comment échapper aux modèles ? La deuxième nouvelle nous emporte en Slovénie, sous la plume de Bérangère Abric. Dans « En Fuite », un personnage s’assoit à un café et nous raconte « le voyage le plus lointain [qu’il ait] entrepris ». Panama, Bruxelles, Kiev, Crimée, Lvov, Varsovie, Belgrade et Ljubljana, une grande errance dans le monde, ponctuée d’amours qui durent le temps d’une page. Denis Cheynet nous offre « Un bateau dans le Pacifique », récit rocambolesque d’un monsieur tout-le-monde qui se retrouve emporté au large d’Hawaï pour concevoir quelques objets informatiques complexes. Laure Lapierre livre « Solange », un récit qui déroule une réflexion sur la mort.

On atteint l’ordre du sublime à travers « Dakchya » de Marie Montalescot. Recherche formelle et stylistique, jeu avec la langue, toute une poésie s’y déploie. Le lecteur est intrigué et dérouté à chaque ligne. Cette langue est un mur d’escalade qui possède les harmonies d’arpenteur chères à Julien Gracq. Surface verticale, certes, mais creusée de reliefs, de nuances magiques. Une petite pépite littéraire qu’il serait dommage de rater.
On arrive ensuite « Sur la route » de Nicolas Raulin, qui développe une autre réflexion sur la mort. Un memento mori qui interrompt un recueil qu’on a hâte de rouvrir.

Le recueil pourra être commandé sur le site Internet du Litterarium et sera disponible lors de la soirée de lancement qui aura lieu fin jeudi 9 octobre à la librairie Ouvrir L’Oeil à Lyon à 19h. Si vous êtes intéressés par la production littéraire estudiantine, nous vous conseillons également Lampe de Rancement, le premier recueil de nouvelles du Littérarium ainsi que le prochain recueil de nouvelles qui paraîtra au 1er semestre 2015. Par ailleurs, le Litterarium organise cette année encore son concours d’écriture et vous invite à envoyer vos textes, si vous êtes étudiants de l’Université Lumière Lyon, à l’adresse suivante : concours.lelitterarium@gmail.com.

Willem Hardouin

Article initialement paru dans le premier numéro de L’Envolée Culturelle

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Nouvelles fugues pour Le Litterarium et de jeunes auteurs universitaires…

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Marie Montalescot © Jérémy Engler

Ce jeudi 9 octobre, à 19h, à la librairie Ouvrir l’Œil (18 rue des Capucins, Lyon 1er) se déroulera l’événement littéraire de l’année ! Oubliez tous les grands prix littéraires que le mois d’octobre attribue et découvrez celui du Litterarium ! Cette association étudiante créée en mai 2009 organise des concours d’écriture destinés aux étudiants de l’Université Lumière Lyon 2 à laquelle elle est rattachée. Ce concours rencontre un franc succès auprès des étudiants comme en témoigne le nombre grandissant de participants chaque année. Il témoigne de la volonté du Littérarium de promouvoir la production littéraire estudiantine en récompensant les jeunes auteurs lauréats par la publication d’un recueil. Le Litterarium s’est associé à la maison d’édition Les Milles Univers pour vous proposer Nouvelles Fugues, un ouvrage de qualité à découvrir et consommer sans modération.

Pour vous donner un petit avant de goût de la soirée de présentation avec les auteurs, voici une petite interview de Marie Montalescot, une des lauréates du concours pour sa nouvelle « Dakchya ».

Pourquoi avoir participé à ce concours d’écriture ?
Marie Montalescot : Cela fait très longtemps que j’écris et on m’a souvent dit que ce j’écrivais était sympa. J’étais à l’étranger, en Corée du Sud, pendant le concours, effectuant une année d’étude à l’étranger. C’était une expérience assez incroyable, j’avais envie d’en parler d’une certaine manière et le concours était une bonne occasion de le faire.

Votre nouvelle se déroule en Corée du Sud et s’intitule « Dakchya » mais que signifie ce mot ?
C’est assez drôle d’entendre les gens parler coréen en prononçant ce mot car c’est un mot qui veut quand même dire « Ta Gueule ! » de façon assez violente. Aussi, quand les gens prononcent le titre avec un accent français et de manière assez décontractée, ça donne un décalage assez marrant.

J’imagine, mais dans votre nouvelle, il n’est pas dit explicitement que « Dakchya » signifie « Ta Gueule », c’est un sacré pied-de-nez fait au lecteur ! Pourquoi un tel titre ?
La nouvelle en elle-même est compliquée car c’est plein de petits morceaux de beaucoup de choses dont j’avais envie de parler : du ressenti que j’avais dans la ville de Séoul, qui est une ville immense qui ne s’arrête jamais. Il y a toujours du bruit, toujours du monde, toujours de l’action, ça tourne, ça tourne à une vitesse incroyable. Donc ce titre c’était juste un moyen de dire STOP ! À un moment, quand on est embringué au milieu de tout ça, on a du mal à suivre le rythme, et parfois, on peut juste avoir envie de dire « Ta gueule ! » et, d’un coup, la roue qui tourne à fond s’arrête. Trouver un endroit à soi où il y a du silence et personne d’autre, c’est quelque chose d’impossible, on n’y arrive pas, donc c’était à la fois une envie que ça s’arrête parce que ça donne le tournis et en même temps ça donne le temps de voir ce qui se passe et d’en parler. Cette nouvelle c’est juste le moment où j’ai trouvé le temps et le moyen d’en parler au milieu du tourbillon.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour l’écrire, alors que vous étiez prise dans ce tourbillon ?
Deux jours à peu près.

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Anh-Minh et Juliette, deux membres du Litterarium

Vous êtes plutôt dans un travail instantané dans votre processus de réflexion ?
Dans ce cas là oui. C’était une envie urgente d’écrire sur quelque chose qui débordait et que j’avais besoin de jeter sur papier et à laquelle j’avais besoin de donner une forme. Je n’écris pas toujours comme ça, mais là, c’était une urgence d’écrire et un besoin de donner forme, d’une manière ou d’une autre, à cette espèce de sentiment confus et assez unique que j’avais.

Votre écriture est très fragmentaire. Pourquoi cette forme ?
C’est comme dans un tourbillon. Je ne sais pas. C’est comme quand on est pris dans un tourbillon, que tout tourne autour de nous, on aperçoit des bouts de trucs qui passent comme ça et qu’on attrape au fur et à mesure. Je les ai agglomérés pour essayer de faire un tout. Je ne savais pas si ça ferait sens pour quelqu’un d’autre que moi. Je ne savais pas du tout si la nouvelle allait plaire ou parler aux lecteurs. Mais moi, ça m’a permis de coller ensemble tous ces petits bouts confus et de leur donner une forme.

Avez-vous eu des retours de la part des membres du jury du concours ?
Non pas forcément. Je ne les ai pas rencontrés donc je n’ai pas forcément eu de nouvelles. J’ai eu une ou deux personnes qui m’ont dit avoir bien apprécié mais sans plus et on m’a dit que Perrine Gérard, la gagnante de l’année précédente et présidente d’honneur du jury (NDLR : également l’auteure de la préface du recueil) avait particulièrement apprécié et visiblement beaucoup soutenu ce texte au sein du jury. C’est tout ce que je sais pour le moment.

Que pensez-vous du titre du recueil Nouvelles Fugues ? Correspond-t-il à votre texte ?
C’est un texte qui se retrouve au milieu d’autres donc c’est difficile de juger. Par rapport à mon texte, globalement oui, dans le sens où le mot « fugue » est pris dans le sens de « fuite » ! Parce que c’est au milieu d’un tourbillon et que ça court dans tous les sens, après au sens musical, la « fugue » serait un peu trop calme par rapport à ce que j’avais envie de dire. J’aurais plus vu une musique de guerre, d’une charge ou un truc comme ça… Une musique militaire aurait été plus appropriée…

Venez à la rencontre de Marie Montalescot et des cinq autres lauréats du concours lors de cette soirée de lancement qui annonce de belles découvertes.

Propos recueillis par Jérémy Engler

Article initialement paru dans L’Envolée Culturelle