« Si tu viens pas tu sais pas lire ! »

Le Quizarium ne nous laisse pas vraiment le choix ! Pour son 6° événement de l’année, il voit les choses en grand (fini le format poche) !

Une histoire d’invitation

 » Il fait beau, il fait bon,
Le Quizarium de mars
Sens bon le sable chaud !
Oui certes, le 21, c’est l’printemps, mais il y a mieux : car le 26
C’est le retour du quiz le plus carnavalesque du monde entier !
Venez investir l’Antidote pub* pour découvrir la fraîcheur nouvelle (*108 rue Saint Georges, 69005 – Vieux Lyon)
Des métamorphoses toutes ovidiennes du Quizarium !
C’est à 20h30 que vous embarquerez ;
De magnifiques lots vous pourrez gagner !
Carnaval, Saint Patrick, sagesse nippone, hydromel du patron…
C’est la table des matières du livre que vous allez écrire !  »

Un petit poème hétéro-métrique qui sonne comme une mystérieuse invitation, tel est le texte de présentation livré par le Quizarium mardi dernier, lors du lancement de la communication autour du Quiz de ce mercredi 26 mars.

37_Barbara_8154487Vous avez dit Quizarium ?

Selon l’événement publié sur les réseaux sociaux, l’initiation à ces mystères littéraires aura donc bien lieu cette semaine dans le Vieux Lyon, à travers une série de questions loufoques en tous genres – comme chaque mois durant l’année universitaire.

Ce mois-ci, on a hâte de voir ce que les thèmes relevés dans l’actualité – de « Fukushima, un an après » à « l’influence sociale de la Journée Internationale de la femme » en passant par « Élections Municipales : image et média » – seront devenus une fois passés à la moulinette de l’équipe des 7 rédacteurs de questions, experts ès Lettres s’il en est !

On y va ?

« Je viens pour l’ambiance ! et j’aime les quiz en général, mais ici je viens aussi pour le lieu et pour voir du monde » répond l’un des participants du mois dernier lorsqu’on lui demande son avis sur les soirées. « En plus c’est gratuit ! et avoir une salle rien que pour nous dans ce bar, c’est dingue ! » ajoute l’une de ses coéquipières. Il est vrai que l’ambiance tamisée de l’Antidote pub et sa carte des boissons alléchante est un plus pour booster l’ambiance !

Certains viennent avec leur équipe, d’autres rencontrent leurs coéquipiers sur place et, s’il y a bien un classement et une remise des prix à l’issue des 2 heures de soirée, tout le monde semble repartir gagnant : « les questions ne sont pas faciles, mais il y a des points pour l’humour et surtout, ce ne sont pas les premiers qui raflent tous les lots, tout le monde peut gagner ! ».

Un renouveau printanier !

Toutefois, après une baisse de participation ces derniers mois, le Quizarium – qui promeut la culture autour d’un petit verre depuis déjà près de 5 ans ! – a décidé de proposer une formule légèrement remaniée.

« Il faut que tout change pour que rien ne change ! » commente l’une des animatrices, costumée pour l’occasion. Un verre à la main, elle profite de la pause pour nous expliquer que le quiz du 26 mars sera l’occasion de quelques modifications : « ce sont les participants autant que nous qui faisons l’événement ! Nous nous inspirons de leurs idées pour être sûrs de correspondre à leurs envies ; d’ailleurs l’association Le Littérarium s’attache à promouvoir l’écriture et les littératures à l’Université et au-delà : l’approche du monde du livre y est très éloignée de celle proposée par le prisme de la vision scolaire ».

A ne pas rater, donc !

Bien entendu, les valeurs sûres ne changent pas : on retrouvera bien une sélection de livres de qualité toute particulièrement constituée pour nous par les coups de cœurs du Littérarium et ses libraires partenaires (au programme, entre autres, une série d’ouvrages qui font sensation en sortant des sentiers battus : S. le « livre objet » de JJ Abrams et Doug Dorst, le roman des Six Contes moraux de Rohmer ou encore Le Duel, ce roman-souffle de l’islandais Indirason).
Pour le reste, c’est une mue qui s’amorce : fond sonore enivrant, tempo plus dynamique, questions plus variées, nouveaux lots à gagner (offerts par l’association et ses partenaires éditoriaux, mais aussi par le patron du bar !), ateliers de découverte d’autres projets lors des pauses et surtout quiz plus court… autant de nouveautés à venir découvrir mercredi !

Et après ? C’est encore un secret, mais les organisateurs tiennent tellement à nous faire plaisir qu’un petit concours sera lancé dès le 27 mars : tout le monde pourra proposer ses thèmes de prédilection et les imposer aux organisateurs en vu du quiz de mai (car c’est bien connu, en mai, ils font ce qui nous plaît !).
On peut même déjà vous dire que le quiz d’avril mettra littérature étrangère et envies d’exotisme à l’honneur et que ça se passera le 16/04 !

En bref

On l’aura compris, il ne s’agit pas là d’une soirée bachotage, mais bien d’un je-ne-sais-quoi ludique, dont le presque-rien décalé nous donne terriblement envie de rester – pour savoir enfin combien Casanova a réellement eu de maîtresses !

Et puis, on a pas vraiment le choix… comme le dit leur slogan « Si tu viens pas tu sais pas lire ! »

Retrouvez toutes les infos sur la page facebook du Quizarium et pour être sûr d’être fin prêts profitez-en pour vous inscrire à l’événement en ligne : https://www.facebook.com/events/1455306014703603/

37_Barbara_On a aimé ; vous allez gagner !

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Tuer pour exister

Il faut qu’on parle de Kevin, même si on préférerait ne pas en parler. Enfant non désiré, non désirable, enfant cruel et démoniaque qui transforme votre vie en véritable enfer. Voilà comment en parlerait sa mère. Eva n’aime pas Kevin. Constat douloureux qu’établit cette mère, constat déroutant pour le lecteur. Peut-on ne pas aimer son propre enfant ?

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Une question déconcertante, presque défendue, que soulève Lionel Shriver dans We need to talk about Kevin, à travers la plume d’Eva Katchadourian et des lettres qu’elle écrit au père de Kevin. Cet accès direct aux pensées, aussi malsaines qu’elles peuvent être parfois, nous permet de comprendre que l’amour maternel n’est pas inné, il peut même être inexistant.

Comment peut-on aimer un enfant alors que l’accouchement même est un supplice ?

Kévin n’a pas été tendre. Comme s’il avait déjà commencé à se venger de cette mère indifférente et froide qu’il continuera de torturer, peut-être la seule chose qui le tiendra en vie.

Kevin n’a pas encore l’âge de marcher. Enfant innocent et délicat ? Non, un redoutable sociopathe. Mais là on doute. Ce n’est pas cohérent, ce n’est pas dans l’ordre des choses, c’est la mère qui débloque. Et on s’en veut. On déteste l’enfant, malheureux enfant peut-être injustement victime de la paranoïa démesurée d’une mère qui boit trop de vin.

4_Juliette_we-need-to-talk-about-kevin-we-need-to-talk-about-kevin-28-09-2011-2-gUn matin, Kevin tue sept personnes dans son lycée. Et si on vous le dit au début du livre, n’en soyez pas déçus. Car cela se révèle bien pire que prévu. Une intrigue moins prévisible qu’on ne pourrait le penser et qui vous tient en haleine jusqu’à la méticuleuse description de ce fameux JEUDI, jour du massacre, digne d’une de ces grandes scènes de cinéma qui marquent vos mémoires et vous plonge au plus profond de l’âme du film. On touche enfin l’âme du livre, le pourquoi, le comment. Mais cette scène ne fait pas exception, le livre est cinéma, il se déroule sous vos yeux ébahis par la beauté des scènes, certaines des plus poignantes : « Il était debout devant l’évier, le dos tourné, ce qui ne m’empêchait cependant pas de voir que son pantalon de rayonne noire habillait en souplesse ses hanches étroites et tombait sur ses chaussures de cuir en cassant légèrement. Cette chemise blanche n’avait pas été achetée par moi ; avec ses manches longues et joliment amples, elle évoquait un peu les tenues de bretteur. J’ai été touchée, vraiment, et j’allais m’exclamer sur la beauté de sa silhouette quand il ne portait pas des vêtements taillés pour un enfant de huit ans, lorsqu’il s’est retourné. Dans ses mains se trouvait la carcasse d’un poulet froid, entier. Ou qui l’était avant qu’il ait arraché les deux blancs et une cuisse, dont il était encore en train de dévorer le pilon. » (p. 420)

L’effroyable profondeur de certains personnages, la caractérisation « type » d’autres. Notamment le parfait père américain, ou la petite sœur-fille modèle que Kevin ne pourra supporter.

Car si Eva et Kevin se haïssent, ce sont pourtant les deux personnages qui se ressemblent le plus : marginaux d’une société dont ils ne comprennent ni les codes ni les rouages, se sentant au-dessus, à côté, ailleurs, loin. Une haine palpable qui vous assaille lors des visites d’Eva au centre de détention de Kevin, entretiens glaciaux presque muets, elle tente de comprendre. Pourquoi son fils ?

Kevin s’inscrit dans une tradition. Une Amérique où le massacre juvénile n’est plus rare, n’a plus de raisons (s’il en a eues un jour). On tue par chagrin d’amour, on tue par excès de colère. On tue pour passer à la télé, pour devenir la vedette des médias, pour devenir un modèle, une légende. On tue pour provoquer. On tue pour exister.

Et on cherche : qui ? Qui sont les responsables ?

4_Juliette_Il faut qu'on parle de kevinLes parents, aveugles, qui n’ont su détecter la souffrance de leur jeune Matt en mal de popularité, l’insurmontable peine de leur si tendre Kirstin raillée par ses camarades ?

Et pourquoi un responsable ?

Eva a peut-être raison, son fils est peut-être né pour tuer, ceux qu’on appelle les fous, psychopathes, déséquilibrés, malades mentaux. Et il est fier.

Ces meurtres seront-ils suffisants pour donner une raison de vivre à Kevin ?

Le personnage de Kevin, interprété par Ezra Miller dans l’adaptation cinématographique de Lynne Ramsay (2011), bouleverse par un comportement que l’on juge si peu commun, une inhumanité inquiétante, qui effraye autant qu’elle fascine. Et c’est peut-être ici que se trouve toute la force du livre : on se surprend à être touché par Kevin, à le comprendre, à l’aimer tout en le maudissant.

Ainsi, le livre soulève beaucoup de questions, mais n’apporte pas pour autant des réponses. Si cela peut frustrer le lecteur, il l’incite cependant à réfléchir sur de nombreux sujets, évoqués par Lionel Shriver avec une honnêteté à la fois troublante et percutante, notamment la complexité des relations mère-enfant, qui se révèlent moins évidentes que ce que l’on nous pousse à croire.

Juliette Descubes