L’Odyssée de Clarke ou le mythe de l’altérité cosmique

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De Nietzsche à Parménide, de Baudelaire à Platon, le voyage a longtemps été un enjeu des philosophes mais également un thème littéraire traversant les âges. De L’Odyssée d’Homère à L’Odyssée de l’espace d’Arthur C. Clarke, la filiation est évidente. Qu’il s’agisse de voyager sur la mer pour rejoindre Ithaque ou dans un vaisseau spatial aux confins de l’univers, tout n’est qu’une question de départ et de retour. Clarke fait ainsi de multiples références à l’œuvre d’Homère : le prénom du héros (Bowman, « l’archer »), le cheval de Troie, les sirènes, la perte de membres de l’équipage, etc. Tout comme la navigation sur la mer Égée du temps des dieux grecs, les voyages dans l’espace sont soumis aux aléas dangereux de l’univers : explosions d’étoiles, destructions de planètes, nouvelles formes de vie dans de nouvelles galaxies… Des périls qui entraînent une nouvelle perception de la terre et du cosmos, car la nature est essentiellement fragile et peut disparaître à tout instant. Ajoutons à cela, la conscience de la toute puissance de la science et de la technologie. Clarke fait évoluer ses personnages en lien direct avec les techniques les plus avancées. L’évolution des protagonistes n’est plus seulement interne à eux-mêmes mais dépend, en partie, des transformations extérieures.

Temps et mémoire

Arthur C. Clarke

Arthur C. Clarke

Ces individus, voyageant dans des espaces gigantesques ne sont plus soumis au temps historique mais au temps cosmique (selon la distinction du philosophe Hans Blumenberg) et doivent impérativement recourir à la technique de l’hibernation. C’est le syndrome de l’hétérochronie des astronautes décrit par le même Blumenberg : « l’opposition entre le temps vécu, le temps d’une vie humaine et le temps cosmique ». Et c’est à travers la manière dont Alexandre Soljenitsyne traite du problème du temps historique que nous pourrons comprendre les mécanismes du temps cosmique chez Clarke. Dans La Roue rouge le romancier russe décrit la révolution qui a ravagée son pays en divisant son récit en sept volumes. Chaque volume est un nœud où se concentre divers événements historiques dans un temps raccourci. Ce Récit en segments fragmentés est un concentré historique permettant de se focaliser sur les moments cruciaux de l’époque étudiée. Afin de maintenir l’unité de son propos, Soljenitsyne use, tout au long de ce voyage dans le temps, d’images symbolisant la roue rouge (« le caractère inexorable et destructeur de la révolution ») : les ailes d’un moulin en feu qui tournoient dans la nuit, la lumière rouge du soleil, une locomotive conduite par un machiniste fou, etc. (Le train est d’ailleurs une constante dans cette œuvre retraçant le parcours de la révolution russe.)

Mais si ce transport (le train) appartient encore au temps historique, ceux de la science-fiction (SF) évoluent dans une autre temporalité. Arthur C. Clarke se heurte au temps cosmique (des millions d’années) même si, comme Soljenitsyne, il ne dispose que du temps d’une vie. La plupart des personnages de Clarke restent présent à travers les millénaires grâce aux technologies nouvelles : l’hibernation pour Poole, la fusion de Bowman et de Hal avec le monolithe. Ce qui illustre la thèse de la transformation perpétuelle : de l’animalité des hommes-singes, en passant par l’intelligence et la conscience, puis par la machinisation du corps, on aboutit à une sorte d’énergie mentale pure et immortelle. Pour surmonter ces trois temporalités (temps de la vie, temps historique, temps cosmique) la littérature « classique » use donc de techniques littéraire quand la SF se sert de technologies imaginaires.

Mais la mémoire est indispensable pour réussir cette épreuve. Avec, encore une fois, l’aide de la technique. C’est sur un disque réinscriptible que toute la vie de Bowman est enregistrée. Le monolithe peut, par analogie, sauvegarder toutes les données de l’univers et se rendre maître du temps. Une fois transformé en enfant-étoile par le monolithe, Bowman n’en retourne pas moins auprès de ses proches restés sur Terre pour leur venir en aide, ainsi que vers ses anciens membres d’équipage (Hal y compris). Lorsque le personnage de Poole est réanimé en 3001, alors qu’on le croyait mort en 2001, il subit un choc terrible, une perte des repères dans la société future mais désir néanmoins retourner sur Terre, fouler le sol de ses ancêtres disparus dans les limbes de l’oubli du fait de la destruction des banques de données mémorielles. Quelle serait la réaction d’un homme qui ayant quitté sa femme et son tout jeune enfant pour entrer en hibernation durant trois cent ans, découvrirait à son réveil qu’ils sont morts depuis longtemps sans qu’il ait pu les connaître ? Les instruments de stockage de la mémoire pourront difficilement pallier sa douleur. Ainsi, les hommes n’ayant pas effectué la transformation du corps au corps-machine puis à l’énergie mentale se raccrochent aux souvenirs de l’amour de la mort de leurs proches ainsi qu’à la compassion, la justice ou la vérité. L’autre étant toujours présent.

2001

La croyance réinitialisée

Le thème de l’altérité est au cœur du récit de Clarke. Que ce soit une autre forme de vie extraterrestre ou la conscience d’un superordinateur, la rencontre avec l’autre (ce « choc culturel ») amène toujours une réflexion, aux relents bibliques (l’altérité traditionnelle, celle de Dieu et des anges), sur la relation du déterminisme et de la liberté. Dans L’Odyssée de l’espace, ce n’est pas tant l’identité des mystérieux concepteurs des monolithes qui est essentiel (les fameux « Lords of the Galaxy ») que les monolithes eux-mêmes, objets extraterrestres ultracomplexes (mais faillibles) et leurs conséquences sur l’humanité, des hommes-singes à ceux du XXème siècle. De là, découlerait l’origine de la religion en tant que culte du monolithe, même encore à des époques avancées du fait de la fascination pour une technologie dépassant l’entendement humain. Les monolithes sont à la fois comparés à la boite de Pandore, à Big Brother et au canif de l’armée suisse (machine à tout faire), suscitant autant la vénération que la crainte.

halLe personnage de Hal, l’ordinateur de bord du Discovery, est encore plus intéressant. Pourvu d’une conscience – contrairement aux extraterrestres pourtant bien plus avancés sur le plan technologique – et considéré par les autres membres de l’équipage comme leur égal, Hal est soumis à une conduite irrationnelle l’entraînant à mentir et même à tuer. L’évocation de Hal en tant que personne est manifeste lorsque son concepteur, le docteur Chandra, pleure à la suite de sa réanimation (le chapitre se nomme « Ressurection »). Le religieux est partie prenante de ces réflexions (et peut-être plus encore dans le film de Stanley Kubrick ou le symbole de la Trinité revient souvent), notamment dans le roman d’Harry Mulish, La découverte du ciel. Ce livre, qui fait référence à l’Odyssée de l’espace, peut-être compris comme la découverte scientifique de l’espace et comme la découverte que font les anges (les « extraterrestres ») de la réalité de la Terre. Ce n’est pas un hasard si, lors d’une conversation entre les deux personnages principaux (Max et Onno), le premier associé le nom de Hal à l’anglais « hell ».

C’est avec des figures comme Hal, le monolithe et Bowman que l’œuvre d’Arthur C. Clarke est devenue un mythe, exprimant les fantasmes qui agitent l’inconscient de l’homme de la seconde moitié du XXème siècle. Cet accès à l’universel se cristallise dans trois scènes emblématiques : Bowman prenant conscience de l’irrationalité de Hal et voyant par conséquent la créature échapper au créateur ; le tournant quasi-religieux de Bowman, à travers la musique classique (de l’opéra celui-ci passe à la Messe de requiem de Verdi), pour pallier à sa solitude dans l’espace ; la colonisation de nouvelles planètes pour faire face à la surpopulation de l’humanité et donc à sa survie. L’œuvre de Clarke permet d’illustrer les espoirs et les craintes de l’homme pris dans les méandres d’une civilisation basé sur le développement technologique. Et de par son incroyable succès populaire (grandement aidé en cela par le film de Kubrick), rends des interrogations déjà existantes (la quête de l’immortalité, la volonté de sauvegarder la mémoire des êtres, l’absolutisme de la réalité de l’homme…) plus accessibles que de lourdes dissertations philosophiques. En somme, comme l’affirme le philosophe Maurice Weyembergh : « la science-fiction maintient, avec des moyens techniques, la quête du salut propre aux religions ».

Sylvain Métafiot

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Abd Al Malik, les mots qui lient

Rappeur, slameur, écrivain, cinéaste, philosophe, il est difficile de catégoriser l’artiste Abd Al Malik, qui ne se définit ni par un vécu, ni par un style. D’une diction articulée et accrocheuse, le ton humble et lucide, il narre, sur fond musical sobre mais percutant, des petites histoires. Des histoires tragiques, des histoires politiques, des histoires anecdotiques. Mais qui, toujours, nous apprennent des choses et ne laissent pas indifférents.

abd-al-malik-a-fait-ses-premiers-pas-dansLe chanteur n’a pas besoin de charger ses textes de figures de style et de sous-entendus. Les mots sont simples, pragmatiques, légers. Et pourtant d’une telle justesse, qu’ils nous saisissent parfois de plein fouet, nous touchant en plein cœur. Ainsi en est-il lorsqu’on écoute Soldat de Plomb, Ces Gens-là, Il se rêve debout, L’Alchimiste, Saigne…, pour ne citer que quelques unes.

« C’est juste une métaphore qui pourrait être biblique comme le Veau d’or parce que notre époque est d’accord dans le désaccord.

 On est déchiré par l’absence et le vide.

 En prise avec nos paradoxes, le besoin d’amour complique.

 Il s’appelle Roméo, elle s’appelle Juliette. Roméo et Juliette. » 

(Roméo et Juliette, 2008)

Varier les styles

Pour lui, le rap ne devrait pas se cantonner à des codes et au superficiel, comme trop souvent aujourd’hui. Il montre que ce style musical permet, au contraire, une grande diversité.

scarificationsDu jazz à l’orchestre symphonique, il emprunte également au rock et aux sonorités africaines, ou encore à la musique électronique (en particulier dans son dernier album co-réalisé par Laurent Garnier, Scarifications, 2015). Il signe également une collaboration avec Gerard Jouannest, le pianiste de Jacques Brel, dans son album Château Rouge (2012).

On peut tout de même reprocher à certaines chansons d’être un peu plates, d’autres difficiles à apprécier aux premières écoutes. Ceux qui le trouvaient trop « politiquement correct », voire moralisateur dans les albums Gibraltar (2006) ou Dante (2008), trouveront peut-être leur compte dans Scarifications (2015), plus sombre, plus colérique. Mais on y regrettera cependant la légèreté des anciennes chansons, dont manque cruellement cet album : la techno de Garnier rend le texte quasiment inaudible.

Il y en a finalement pour tous les goûts et Abd Al Malik montre ainsi que son talent ne se résume pas à une seule forme d’art.

Faire le lien

Au-delà d’une valeur artistique indéniable, les productions de l’artiste ont également une vocation pédagogique.

Affiche_du_filmDans son livre et son film autobiographiques Qu’Allah bénisse la France, il raconte sa jeunesse passée dans une banlieue strasbourgeoise. Il y a connu la délinquance, et a vu plusieurs de ses proches succomber à la suite d’overdoses. Enfant d’une famille d’immigrés, il a également connu le fait de grandir entre deux cultures, et de se voir parfois stigmatisé. Il aurait pu se cantonner à des stéréotypes et se définir vis-à-vis eux. Mais le rappeur, tout en assumant son  histoire, parvient à transcender sa condition et transmettre des messages à vocation universelle. Il montre que nous vivons tous les mêmes choses : la tristesse, la colère, l’amour, la joie…

Il se fait ainsi le porte-parole de ces jeunes vivant en banlieues dites difficiles – sujet récurrent dans ses chansons (Dynamo, Château rouge…) – à qui il sert d’exemple, et souhaite favoriser le lien entre les milieux sociaux. Intellectuel depuis l’enfance, élève brillant, il se nourrit de philosophie et de littérature, et souhaite décloisonner les styles en s’inspirant de Jacques Brel dont il donne, par ailleurs, sa version de Ces gens-là et du Port d’Amsterdam dans la magnifique chanson Gibraltar, qui symbolise le lien. Il s’inspire également de Juliette Greco et de Claude Nougaro, montrant qu’il n’y a pas de réelles barrières.

« Derrière le statut, le vêtement, la couleur de peau

 N’est-ce pas qu’on est semblables, tous ?

 Les mêmes préoccupations

 Qui suis-je, où vais-je, que n’ai-je, m’aime-t-il, m’aime-t-elle ? »

(saigne, 2006)

Abd Al Malik n’hésite pas non plus à parler de politique ou encore de la religion musulmane (qu’il a préférée au catholicisme qui se pratiquait dans sa famille) et à débattre de la laïcité en France. Il a d’ailleurs fait récemment l’objet d’une polémique à ce sujet. Mais penser que le chanteur puisse troubler l’ordre public, c’est ne pas comprendre son message. Car, s’il fut dans sa jeunesse passé par une phase de radicalisation avant de se convertir au soufisme (branche de l’islam plus axée sur l’aspect spirituel), il affirme, à travers ses textes, que la religion musulmane n’est qu’une parmi d’autres, que le but profond des religions, au-delà du dogme, est de faire ressortir ce qui est universel chez l’être humain.

« Dans un jardin les fleurs sont multiples mais l’eau est unique »

(Ode à l’amour, 2004)

Ainsi dans L’Alchimiste, Ode à l’amour, ou encore 21 septembre 2001, il nous rappelle qu’avant de diviser, la religion peut aussi apporter du lien entre les Hommes.

« J’étais mort et tu m’as ramené à la vie.

 Je disais « j’ai, ou je n’ai pas »; tu m’as appris à dire « je suis ».

 Tu m’as dit: « le noir, l’arabe, le blanc ou le juif sont à l’homme ce que les fleurs sont à l’eau. »

(L’Achimiste, 2006)

À travers ses chansons, son livre et son film, Abd al Malik fait de sa propre histoire un support pour véhiculer des messages à vocation universelle. Quel que soit notre vécu, nos origines ou nos croyances, l’artiste nous rappelle que nous sommes avant tout des Hommes.

Eléonore Di Maria

Les Thanatonautes ou l’apprentissage de la mort

À raison d’un livre par an en moyenne, Bernard Werber nous offre des sagas toutes plus captivantes les unes que les autres, nous transportant dans des mondes si proches mais si lointains. Mademoiselle Descubes nous en a donné un premier aperçu en mai dernier avec son article sur Les Fourmis. Aujourd’hui, nous ne nous intéresserons pas au monde souterrain, mais à un monde encore méconnu de tous : celui de la mort.

les-thanatonautes-187On reprend du début. « Thanatos », en grec signifie la divinité de la mort et « nautès » désigne les navigateurs. En somme, ces hommes seraient des navigateurs, ou explorateurs, de la mort. C’est bien joli d’étaler sa science pour expliquer l’étymologie d’un mot un peu plus compliqué que les autres, mais qui sont-ils exactement ces Thanatonautes, me diriez-vous ? Et comment peuvent-ils visiter la Grande Faucheuse ? Pour le savoir, Werber nous transporte quelques années dans le futur. Attention ; 6, 5, 4, 3, 2, 1… Décollage !

Nous sommes en 2062. L’Homme a toujours voulu tout connaître, tout savoir et tout voir. Après avoir exploré chaque recoin de la Terre, il a cherché plus loin et s’en est pris à la Lune. Mais après ? Allait-il en rester là ? Il l’aurait sûrement fait, si un groupe de chercheurs français n’avait pas souhaité atteindre l’ultime destination de tout être humain : le continent des morts.

La mort comme objet scientifique

Les pionniers de la recherche sur la terra incognita comprenaient Amandine, une douce infirmière ayant un penchant certain pour tous ceux qui défient la mort ; Félix Kerboz, un prisonnier qui encourt une peine de deux cent quatre-vingt-quatre ans de réclusion criminelle, mais surtout le premier thanatonaute ; et enfin deux grands amis : Michael Pinson, chirurgien-anesthésiste et Raoul Razorbak chercheur au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique). La bande se retrouve à faire des expériences pour visiter ce continent métaphysique. Mais sur quoi se fondent-ils pour prétendre y accéder sans perdre la vie ?

C’est là toute la richesse de ce livre. Après deux ans et demi de recherches sur la mort, l’auteur s’est lancé dans son écrit. Alors il se fonde sur tout : le livre des morts égyptien, celui des morts tibétain, la mythologie sud-africaine, mésopotamienne, australienne, celte, rosicrucienne… Bien entendu, les écritures bibliques, coraniques, la Thora ou le Zabur sont utilisées. Mais aussi les philosophies bouddhiste, chinoise ou encore persane. Rien ne semble avoir échappé à l’auteur.

Des tabous et des hommes

020« C’est là d’ailleurs que j’entendis pour la première fois la fameuse expression: « Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. » Je n’avais que huit ans mais je ne pus m’empêcher de penser : « Alors là, tout autour, il ne reste que les mauvais ? » »
Michael Pinson nous prend sous son aile à travers ses questionnements et ses idées sur le sujet intangible qu’est la mort. Il s’exprime sur ce qu’on n’a jamais osé dire tout haut, ce qu’on n’a jamais osé penser. Au fur et à mesure que l’histoire avance, on en apprend un peu plus sur cette inconnue. On voit à quel point l’Homme a pris à cœur ce sujet depuis des milliers d’années. Cela peut paraître logique, puisque ce voyage est le dernier de chaque être humain. Chacun le voit donc à sa façon : il peut être une libération, une crainte ou un passage vers une vie postérieure. Quoi qu’il en soit, la mort fait partie des questions existentielles de l’Humanité.

En pleine lecture, on est surpris par le discours cohérent des chercheurs. L’emploi de termes scientifiques parfois même liés à la mythologie nous déroute : « Et si c’était la solution ? ». Comme par exemple cet extrait qui prend ses sources dans le Livre des morts Tibétain :
« Chapitre 155 – MYTHOLOGIE TIBETAINE
Vibration : Tout émet, tout vibre. La vibration varie selon le genre.
Minéral : 5 000 vibrations par seconde.
Végétal : 10 000 vibrations par seconde.
Animal : 20 000 vibrations par seconde.
Humain : 35 000 vibrations par seconde.
Âme : 49 000 vibrations par seconde.
Au moment de la mort, le corps astral se sépare du corps physique car il ne peut supporter l’abaissement des vibrations de son enveloppe charnelle.
Enseignement du Bardo Thödol
Extrait de la thèse La Mort cette inconnue, par Francis Razorbak. »

Levons l’ancre

3453012969_984f9c50fdN’ayant rien de plus concret sur ce qu’il y a après la vie, on accepte leur vision de la mort. La manière dont est tourné le récit nous permet de concevoir que l’âme se rattache à son corps par une espèce de cordon ombilicale et vogue à la vitesse de la pensée dans l’univers pour atteindre un territoire en forme d’entonnoir.
Nous sommes présents du début à la fin, nous ressentons leurs angoisses avant chaque décollage, leurs frayeurs à chaque contretemps. Finalement, il y a un peu de ces explorateurs de la mort en nous.

En fin de compte, c’est comme si nous lisions un livre d’Histoire, que nous étions en 2062 et que nous disions à notre camarade de classe : « Tu arrives à t’imaginer qu’il y a cinquante ans, personne ne savait ce qu’il y avait après la mort ? ». Au fil des pages on se surprend à se questionner sur l’après, à accepter que nous ne sommes que de passage. Mais bizarrement, ce livre sur la mort nous fait aimer la vie.

Perrine Blasselle