Abd Al Malik, les mots qui lient

Rappeur, slameur, écrivain, cinéaste, philosophe, il est difficile de catégoriser l’artiste Abd Al Malik, qui ne se définit ni par un vécu, ni par un style. D’une diction articulée et accrocheuse, le ton humble et lucide, il narre, sur fond musical sobre mais percutant, des petites histoires. Des histoires tragiques, des histoires politiques, des histoires anecdotiques. Mais qui, toujours, nous apprennent des choses et ne laissent pas indifférents.

abd-al-malik-a-fait-ses-premiers-pas-dansLe chanteur n’a pas besoin de charger ses textes de figures de style et de sous-entendus. Les mots sont simples, pragmatiques, légers. Et pourtant d’une telle justesse, qu’ils nous saisissent parfois de plein fouet, nous touchant en plein cœur. Ainsi en est-il lorsqu’on écoute Soldat de Plomb, Ces Gens-là, Il se rêve debout, L’Alchimiste, Saigne…, pour ne citer que quelques unes.

« C’est juste une métaphore qui pourrait être biblique comme le Veau d’or parce que notre époque est d’accord dans le désaccord.

 On est déchiré par l’absence et le vide.

 En prise avec nos paradoxes, le besoin d’amour complique.

 Il s’appelle Roméo, elle s’appelle Juliette. Roméo et Juliette. » 

(Roméo et Juliette, 2008)

Varier les styles

Pour lui, le rap ne devrait pas se cantonner à des codes et au superficiel, comme trop souvent aujourd’hui. Il montre que ce style musical permet, au contraire, une grande diversité.

scarificationsDu jazz à l’orchestre symphonique, il emprunte également au rock et aux sonorités africaines, ou encore à la musique électronique (en particulier dans son dernier album co-réalisé par Laurent Garnier, Scarifications, 2015). Il signe également une collaboration avec Gerard Jouannest, le pianiste de Jacques Brel, dans son album Château Rouge (2012).

On peut tout de même reprocher à certaines chansons d’être un peu plates, d’autres difficiles à apprécier aux premières écoutes. Ceux qui le trouvaient trop « politiquement correct », voire moralisateur dans les albums Gibraltar (2006) ou Dante (2008), trouveront peut-être leur compte dans Scarifications (2015), plus sombre, plus colérique. Mais on y regrettera cependant la légèreté des anciennes chansons, dont manque cruellement cet album : la techno de Garnier rend le texte quasiment inaudible.

Il y en a finalement pour tous les goûts et Abd Al Malik montre ainsi que son talent ne se résume pas à une seule forme d’art.

Faire le lien

Au-delà d’une valeur artistique indéniable, les productions de l’artiste ont également une vocation pédagogique.

Affiche_du_filmDans son livre et son film autobiographiques Qu’Allah bénisse la France, il raconte sa jeunesse passée dans une banlieue strasbourgeoise. Il y a connu la délinquance, et a vu plusieurs de ses proches succomber à la suite d’overdoses. Enfant d’une famille d’immigrés, il a également connu le fait de grandir entre deux cultures, et de se voir parfois stigmatisé. Il aurait pu se cantonner à des stéréotypes et se définir vis-à-vis eux. Mais le rappeur, tout en assumant son  histoire, parvient à transcender sa condition et transmettre des messages à vocation universelle. Il montre que nous vivons tous les mêmes choses : la tristesse, la colère, l’amour, la joie…

Il se fait ainsi le porte-parole de ces jeunes vivant en banlieues dites difficiles – sujet récurrent dans ses chansons (Dynamo, Château rouge…) – à qui il sert d’exemple, et souhaite favoriser le lien entre les milieux sociaux. Intellectuel depuis l’enfance, élève brillant, il se nourrit de philosophie et de littérature, et souhaite décloisonner les styles en s’inspirant de Jacques Brel dont il donne, par ailleurs, sa version de Ces gens-là et du Port d’Amsterdam dans la magnifique chanson Gibraltar, qui symbolise le lien. Il s’inspire également de Juliette Greco et de Claude Nougaro, montrant qu’il n’y a pas de réelles barrières.

« Derrière le statut, le vêtement, la couleur de peau

 N’est-ce pas qu’on est semblables, tous ?

 Les mêmes préoccupations

 Qui suis-je, où vais-je, que n’ai-je, m’aime-t-il, m’aime-t-elle ? »

(saigne, 2006)

Abd Al Malik n’hésite pas non plus à parler de politique ou encore de la religion musulmane (qu’il a préférée au catholicisme qui se pratiquait dans sa famille) et à débattre de la laïcité en France. Il a d’ailleurs fait récemment l’objet d’une polémique à ce sujet. Mais penser que le chanteur puisse troubler l’ordre public, c’est ne pas comprendre son message. Car, s’il fut dans sa jeunesse passé par une phase de radicalisation avant de se convertir au soufisme (branche de l’islam plus axée sur l’aspect spirituel), il affirme, à travers ses textes, que la religion musulmane n’est qu’une parmi d’autres, que le but profond des religions, au-delà du dogme, est de faire ressortir ce qui est universel chez l’être humain.

« Dans un jardin les fleurs sont multiples mais l’eau est unique »

(Ode à l’amour, 2004)

Ainsi dans L’Alchimiste, Ode à l’amour, ou encore 21 septembre 2001, il nous rappelle qu’avant de diviser, la religion peut aussi apporter du lien entre les Hommes.

« J’étais mort et tu m’as ramené à la vie.

 Je disais « j’ai, ou je n’ai pas »; tu m’as appris à dire « je suis ».

 Tu m’as dit: « le noir, l’arabe, le blanc ou le juif sont à l’homme ce que les fleurs sont à l’eau. »

(L’Achimiste, 2006)

À travers ses chansons, son livre et son film, Abd al Malik fait de sa propre histoire un support pour véhiculer des messages à vocation universelle. Quel que soit notre vécu, nos origines ou nos croyances, l’artiste nous rappelle que nous sommes avant tout des Hommes.

Eléonore Di Maria

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Le slam résonne à Lyon !

affiche de l'événement par l'artiste Zit ZitoonVoilà maintenant cinq mois que la première édition du championnat Rhône-Alpes de slam a pris place dans les bars lyonnais de L’Antre Autre, La Faute aux Ours et Le 6ème Continent.

Un événement « Ligue Slam de France » où l’on retrouve les « meilleurs slameurs de la région » pour une compétition alliant show et poésie. Tout ce qu’on aime au Litterarium !

Déjà cinq soirées que les slameurs, au nombre de 14, s’affrontent devant un public bouillant, néophytes comme amateurs de cet art qui mêle prose, lyrisme, oralité et rythmes.

Le particularisme mis à l’honneur

Sur scène on retrouve : Cocteau Mot Lotov, Barbie Tue Rick, Istock, Gabie Gaby, Zit Zitoon, Alidea, Zeno, Grisppal, Bastien Jules, Phosphore, Mehdi Krüger, Kevin, Kopodmo, et Lucarne.

Cocteau Mot Lotov à Antre Autre

Cocteau Mot Lotov à Antre Autre

Autant de poètes qui se distinguent par leur timbre, leur style, leur flow et leur plume, créant ainsi un melting-pot de voix qui vous transportent dans un monde et une atmosphère différents entre chaque slameur. Autant de particularismes, de personnages avec une identité propre, que ces challengers viennent défendre sur la scène avec pour seules armes leurs cordes vocales et leur présence. Mais attention, on est bien loin du simple égo-trip et des rap contenders ! Si l’objectif est le podium et la victoire qui mèneront aux tournois nationaux, l’ambiance reste à la tolérance et à la convivialité.

Ce pluralisme de personnalités donne ses raisons au succès du championnat : chaque soirée est un pur régal auditif, et un fabuleux voyage entre les différents univers poétiques des participants.

« La poésie c’est avant tout une voix, qu’il est dommage de garder pour soi »

La communauté slam l’a bien compris : c’est dans le partage des écritures et l’écoute de celles-ci que l’on s’enrichit. Et quel meilleur moyen qu’une scène et un public ?

Kopodmo au 6ème Continent

Kopodmo au 6ème Continent

Que ce soit dans l’intimisme des scènes de La Faute aux Ours et de L’Antre Autre où l’on déclame a capella, ou derrière le mic du 6ème Continent, quand les voix des slameurs s’élèvent, la poésie prend vie. Pas d’instru, pas de superflu, l’éloquence prime et c’est probablement à travers elle que l’on touche l’essence du texte. Le passage de l’état brut du travail d’écriture à l’oralisation apparaît à la fois comme un processus évident de transmission, d’appropriation, d’affirmation et d’expression.

C’est dans cette même dynamique que la scène ouverte proposée à la fin de chaque soirée prend son sens : un pur moment d’expression libre qui mélange une fois de plus les genres et offre à qui le souhaite une multitude d’oreilles des plus attentives pour exposer sa plume au monde. Une fantastique occasion pour les étrangers des scènes : faire le premier pas devant un public slam c’est d’abord être reconnu pour avoir fait ce premier pas !

La grande finale du 14 avril

Une soirée qui promet une explosion de saveurs poétiques, la finale de la compétition se déroulera à L’Antre Autre le 14 avril, suivie de la remise des prix le 15 avril à la Faute aux Ours ! Une dernière chance pour les curieux retardataires de faire l’expérience du Championnat slam Rhône-Alpes !

Plus d’informations sur la page Facebook du championnat

Retour de Céleste Chevrier sur la première soirée du championnat

Juliette Descubes

Les poètes réapparaissent : entrez dans le Cercle des Poètes Apparus

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« Toujours plus de Poésie, de Jazz et de Cookies ! » Que demander de plus ? Telle est l’injonction de Juliette Descubes qui entend, dans cette interview menée par Jérémy Engler pour le journal en ligne l’Envolée Culturelle, nous inviter au voyage. Un voyage poétique assurément !

Avant de parler de vos veillées poétiques, pouvez-nous dire ce qu’est le Cercle des Poètes Apparus du Litterarium ?

Le Cercle des Poètes Apparus est une commission que nous avons créée au sein de l’association le Litterarium en septembre 2013. Nous avons repris un concept qui avait déjà vu le jour dans l’association sous le nom de « Repoésie », créé par Eve Guerra, qui était une soirée organisée à l’Université Lyon 2 pendant laquelle les étudiants avaient l’occasion de lire leurs poèmes. Les objectifs du Cercle depuis sa création sont avant tout de dynamiser, de promouvoir et de diffuser la poésie estudiantine, mais également de favoriser les rencontres entre poètes amateurs et poètes confirmés en organisant des veillées poétiques.

Vous organisez donc des veillées poétiques, en quoi consistent-elles ? Quel en est le principe ? Et où se déroulent-elles ?

Les veillées se déroulent dans une salle de l’Université Lyon 2 et durent en général 1h30/2 heures. Le principe est simple : des poètes, leurs créations, leur voix et un public. Nous accueillons tous types d’auteurs, de l’étudiant poète en herbe au poète moult fois publié. Et il y en a pour tous les goûts : du sonnet le plus classique à la poésie expérimentale en passant par le slam ! Nous organisons aussi des jeux poétiques et du jazz est diffusé pour une ambiance suave et chaleureuse. En plus de ça, nous mettons à disposition un buffet de cookies gratuit autour duquel poètes et public se rencontrent, échangent et partagent. Notre but est de faire vivre un art que beaucoup aujourd’hui croient mort : la poésie c’est avant tout une voix, et le Cercle des Poètes Apparus vous offre la scène.

Comment sélectionnez-vous les textes des étudiants et ceux que vous lisez ?

Pour participer il vous suffit d’envoyer votre texte à l’adresse : lcpa-litterarium@outlook.com ! Notre seul critère se fait sur la longueur du poème qui ne doit pas dépasser les cinq minutes de lecture pour permettre à tous les participants un passage dans le temps imparti. Nous organisons ensuite un corpus que nous essayons de rendre le plus cohérent possible, les membres du Cercle des Poètes Apparus choisissent des textes d’auteurs publiés afin de créer un jeu d’alternance.

Quelle est la fréquence de vos veillées ?

L’année dernière nous avons organisé trois veillées poétiques mais cette saison sera un peu différente. La première veillée à lieu ce vendredi 14 novembre, ensuite il s’agira d’événements inédits sous des formes très différentes !

Combien de personnes s’occupent de l’organisation de la veillée et quels sont les rôles de chacun ?

Nous sommes dix membres cette année pour organiser les veillées. À part le responsable  qui doit gérer la coordination globale des actions et s’assurer une organisation efficace, il n’y a pas de rôles à proprement parler. Les choses se font en fonction des envies et des motivations de chacun. Et finalement, ça marche plutôt bien !

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Y’a-t-il quelque chose à gagner pour les poètes étudiants qui envoient des textes ?

En effet ! Un texte étudiant est sélectionné pour être publié dans le journal en ligne Le Gazettarium, journal du Litterarium. Nous avons également apporté une petite nouveauté cette année : la veillée sera entièrement filmée, et l’on élira à la fin de la soirée la meilleure performance qui sera publiée sur notre page Facebook !

La prochaine veillée poétique aura lieu ce vendredi 14 à 18h30. Pouvez-nous dire en exclusivité quand aura lieu la suivante ?

Le prochain événement du Cercle ne sera pas une veillée poétique mais un Levé de rideau au théâtre de la Renaissance à Oullins le mercredi 21 janvier à 19h ! En lien avec la pièce Batèches jouée du 18 au 20 mars où seront projetés des poèmes de Gaston Miron, Le Cercle des Poètes Apparus vous présentera pendant 45 minutes des créations exclusives. Plus d’information très prochainement !

Est-ce possible de rejoindre votre cercle pour participer à l’organisation de ses veillées poétiques ?

Tout nouveau membre est le bienvenue ! Il faut cependant adhérer à l’association Le Litterarium puisque nous sommes une commission de celle-ci. Si le Cercle a suscité votre intérêt, vous pouvez nous contacter à l’adresse : lcpa-litterarium@outlook.com ! On pourra alors discuter autours d’un vers.

Propos recueillis par Jérémy Engler

Rédacteur en chef du journal en ligne L’Envolée Culturelle

http://www.lenvoleeculturelle.fr/interview-de-juliette-descubes-responsable-du-cercle-des-poetes-apparus-qui-fait-vivre-la-poesie-a-luniversite-lumiere-lyon-2/