Histoires de La Terre du Milieu

« Un magicien n’est jamais en retard, Frodon Saquet, ni en avance d’ailleurs. Il arrive précisément à l’heure prévue » J.R.R Tolkien, Le Seigneur des Anneaux.

Ces quelques mots vous disent sans doute quelque chose, et c’est normal. Il s’agit des premiers mots prononcés par le magicien Gandalf  au jeune Frodon Saquet dans le roman Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien. Ces romans font partie des plus célèbres au monde malgré leur âge et dépassent de loin la notoriété obtenue par les romans de la saga Harry Potter, écrits par J.K. Rowling.

Mais avant de nous intéresser aux romans et à leur adaptation cinématographique, intéressons-nous plutôt à l’homme qui se trouve être à l’origine de ce phénomène mondial.

L’auteur

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J.R.R Tolkien (John Ronald Reuel Tolkien) n’est pas seulement un écrivain, il est aussi poète et professeur d’université. Et c’est en 1910 qu’il crée La Terre du Milieu, univers fantastique où se dérouleront par la suite les aventures des personnages de ses romans les plus connus, que sont Le Hobbit et le Seigneur des Anneaux. Tolkien ne se contente pas seulement de créer tout un univers, il invente aussi une langue et une mythologie propres à son monde. C’est grâce à cela qu’il sort en 1937 Le Hobbit qui connaîtra une suite en 1954 avec Le Seigneur des Anneaux. Ces romans deviennent un véritable phénomène de société. Par la suite, il commencera l’écriture d’un recueil sur les légendes de La Terre du Milieu qui ne sera malheureusement jamais achevé, car Tolkien meurt en 1973 sans avoir terminé son œuvre, et c’est son fils qui fera paraître à titre posthume en 1977 le recueil appelé Silmarillion.

Aujourd’hui, J.R.R. Tolkien est considéré comme l’un des « pères » de la fantasy moderne, et nombreux sont les auteurs qui se sont inspirés de lui, et notamment de la manière dont il a créé son univers.

Les romans

Le Hobbit est la première œuvre qui se déroule en Terre du Milieu, et nous présente pour la première fois des personnages comme Bilbon ou Gandalf, que nous aurons le plaisir de redécouvrir dans la suite ainsi que dans les adaptations cinématographiques.

Ce roman nous raconte les aventures de Bilbon qui se retrouve embarqué par le magicien Gandalf dans un voyage vers la Montagne Solitaire au côté d’une compagnie de treize nains aux caractères bien trempés. Ils ont pour seul but de vaincre le dragon Smaug et ainsi récupérer le royaume qui leur appartenait jadis. Mais leur voyage ne sera bien entendu pas de tout repos car ils croiseront entre autres le chemin de Trolls,  de gobelins et d’araignées géantes.

Ce premier roman mettant en scène des hobbits, des nains et des elfes a connu un grand succès lors de sa sortie. Ce succès incite l’auteur à écrire une suite : Le Seigneur des Anneaux qui devient vite son roman le plus connu.

L’histoire reprend certains des personnages du roman précédent mais l’œuvre est bien plus sombre. Cette œuvre possède une place fondamentale dans la littérature fantasy. Les événements se déroulent bien après ceux présentés dans Le Hobbit, Bilbon a vieilli et c’est donc son neveu Frodon qui partira à l’aventure aux côté de Gandalf, emmenant avec lui trois autres amis hobbits : Sam, Pippin et Merry. Leur petite troupe va peu à peu s’agrandir au fil de l’histoire, accueillant Aragorn, l’elfe Legolas, le nain Gimli et Boromir. Tous ensemble, ils formeront « la communauté de l’Anneau » et partiront pour le Mordor, espérant ainsi détruire l’anneau unique et vaincre Sauron. Entre batailles, morts et séparations, de nombreuses épreuves les attendent car nombreux sont leurs ennemis.

Les œuvres de Tolkien, dont l’univers est très vaste, a su séduire de nombreux lecteurs et l’un d’entre eux n’est autre que le réalisateur Peter Jackson, qui se lance dans le projet d’adapter ces romans en films. Il s’attaque tout d’abord à la trilogie du Seigneur des Anneaux, dont le premier volet qui sort en 2001 a connu un succès mondial dès sa sortie et remporte également de nombreuses récompenses – notamment quatre Oscars et quatre Awards. Malgré les différences qui existent avec le livre, le film est une réussite, les acteurs sont bien choisis et les fans de l’univers Marvel ont sans doute eu la bonne surprise de voir l’acteur interprétant le fameux « Magnéto » de la saga X-Men dans le rôle de Gandalf.

Pour tous les petits curieux, de nombreuses anecdotes entourent le tournage du film et il est toujours drôle et intéressant de les découvrir car certains des acteurs ont fait preuve de beaucoup d’imagination et de persévérance pour rentrer dans leur rôle et pour faire du film un succès.

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Il faut attendre 9 ans après la sortie du dernier film de la trilogie Le Seigneur des Anneaux pour voir apparaître l’adaptation cinématographique du Hobbit, toujours sous la direction du réalisateur Peter Jackson.

Pour cette trilogie, il s’agit d’un retour en arrière. Le début du film est identique ou presque au premier Seigneur des Anneaux : c’est le jour la fête d’anniversaire de Bilbon et on voit ce dernier (vieux) écrire, assis à une table, son histoire. Puis le retour en arrière s’effectue et on se trouve alors plongé dans le passé de Bilbon, prêt à vivre à travers son récit ses aventures de jeunesse.

On retrouve avec plaisir deux des acteurs déjà présents dans la trilogie précédente : Ian MacKellen dans le rôle de Gandalf et Orlando Bloom dans celui de Legolas. Et c’est aussi avec plaisir que l’on découvre la compagnie des treize nains dont les caractères tous très différents créent une petite troupe très surprenante.

Peter Jackson réalise encore une fois une trilogie à succès qu’on ne se lasse pas de regarder, tout comme celle du Seigneur des Anneaux, malgré la longue durée des films qui atteignent parfois 3 heures. Heureusement, cette durée est compensée par des paysages à couper le souffle qui ne cessent de nous émerveiller visionnage après visionnage, et par une bande originale tout simplement merveilleuse.

Léonore Boissy

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XXI° siècle : le nouvel âge de fer ? Littérature & Métal

À lire d’urgence sous peine de rouiller !


Faits et méfaits du Métal à l’ère 2.0

 

45_Barbara_metal-cats-1Depuis quelques temps, il semblerait que le Métal soit fort à la mode. Mardi dernier, par exemple, le Hellfest lançait en grande pompe sa nouvelle application, alors que la presse – des Inrocks à la Revue Fnac en passant par Le monde de l’édition – s’amuse depuis déjà un mois du Metal Cats book !

Au-delà de la facilité procurée par Internet pour trouver les articles les plus loufoques (déboursez 87€ pour le Monopoly Metallica !), il semblerait que le caractère de moins en moins interlope du Métal véhiculé sur Internet encourage le monde du livre à s’y intéresser. Les plus grandes librairies proposent ainsi depuis quelques mois un rayon « littérature métal », où l’on trouve de tout : beaux livres (True Norwegian Black Metal de Peter Beste), romans (Fargo Rock City de Chuck Klosterman) ou encore Bandes Dessinées (Metal Maniax de Slo&Fef).

Alors, effet de mode, littérature de fans ou ouvrages à recommander ? Pour mener l’enquête, nous nous sommes penchés sur les relations qu’entretiennent ce genre musical méconnu et notre mère patrie Littérature !


« Le poème – cette hésitation prolongée entre le son et le sens » (Valéry) : brève histoire de poétique partagée entre la littérature et le Métal

 

De l’art de la fracture

Nous sommes en 1958, Link Wray – l’instigateur du genre pour la doxa des historiens du Métal – invente le principe musical de « distorsion » : la dynamique sera celle du distordu, de l’atonalité mélodique, du trope musical, ou ne sera pas ! D’un son clair et propre, nous voila passés à un son saturé, rugueux, intelligible. Pour le chercheur Nicolas Darbon (Les Musiques du Chaos), la « complexité musicale » est dès lors celle de la fracture, de même que dans les mouvances initiées par la Seconde École de Vienne, autour de Schönberg (1920).

C’est d’ailleurs la même année, en 1958, que l’écrivain et compositeur Pierre Scaeffer fonde auprès du Conservatoire du patrimoine le Groupe de recherches musicales. Il expliquera plus tard dans ses écrits sa nécessaire implication d’un point de vu poétique :

« Le miracle de la musique concrète, que je tente de faire ressentir à mon interlocuteur, c’est qu’au cours des expériences, les choses se mettent à parler d’elles-mêmes, comme si elles nous apportaient le message d’un monde qui nous serait inconnu. »

Car quelques quarante ans après les tâtonnements de la quête de Proust, c’est bien À la Recherche de la musique concrète que part l’auteur dans le monde contemporain. Musique concrète ou poésie abstraite, tout se passe comme si la musique (étymologiquement « l’art des Muses », donc poïesis en général), cette poésie que nous restreignons si souvent au lyrisme littéraire, prolongeait les possibles poétiques de la Sénéfiance des Lettres.

À l’opposé de la chanson à texte la musique savante va proposer une prosodie aux confins de l’atonalité et de l’hermétisme : aujourd’hui, c’est bien dans le Métal que survit cette esthétique puisque la voix y est vectrice de sens en tant qu’instrument (a)mélodique bien plus qu’en tant qu’outil de communication verbale.

Élitisme, herméneutique et érudition

John Cage, le compositeur, poète et philosophe américain le plus récompensé à l’heure actuelle (notamment lauréat du prestigieux prix de Kyoto en 1989) va plus loin. Pour lui, il ne s’agit pas de considérer le matériau littéraire, le matériau musical et le matériau scénique comme des éléments distincts, mais comme un tout : le concert de véritable musique est nécessairement happening, il exprime la violence de la rencontre entre l’entendement et l’émotion brut par tous les éléments scéniques et poétiques à sa portée.

Dans leur dossier pour les ressources de l’École Normale Supérieur et le Centre Pompidou consacré au poète en 2010, Norbert Godon et Jacques Amblard reviennent sur la catharsis nouvelle et le viol sensoriel qu’elle nécessite pour Cage dans la musique, à l’instar du « théâtre de la cruauté » : « S’inspirant du Théâtre et son double d’Antonin Artaud, John Cage souhaitait mettre en application cette idée d’un théâtre de « choses » simultanées laissant une large part non à l’improvisation mais à l’indéterminé. (…) Il défendit une esthétique souvent minimaliste associée à des émotions  »essentielles » ».

45_Barbara_hellfest 2014Or, il faut bien avouer que peu de compositeurs contemporains ont entretenu ce goût de l’émotion extrême, du cri, de la violation enfin ! Il semble néanmoins que la musique savante n’ait pas abandonné complètement cette poétique du spectacle pourtant si conceptuelle dans sa concrétude : il suffit de voir quelques images des concerts qui répondent aux canons de la musique Métal pour s’en rendre compte.

Il s’agit peut-être d’un premier élément de réponse quant à la méconnaissance du littéraire en matière de Métal : savoir apprécier aussi bien l’Ulysses de Joyce ou The She-Wolf de Pollock qu’une symphonie conceptuelle progressive de soixante-quinze minutes, telle qu’Awake (Dream Theater, 1994), est probablement un don rare. Car il faut bien comprendre que le Métal est un genre musical appartenant aux arts érudits pour les théoriciens de l’art contemporain.

Aussi Adorno, tout autant compositeur que philosophe, propose-t-il dans sa Théorie Esthétique une véritable analyse de l’art au XX° siècle et introduit la notion d’industrie culturelle, productrice de « culture populaire », par opposition à la culture savante, peu accessible aux masses. Selon lui, la crise de la « musique savante » constitue une seule et même dynamique avec la crise des arts plastiques (l’expressionnisme abstrait partage en particulier de nombreux trais communs avec la théorie de la musique post-Seconde École de Vienne et de la Métal) et littéraires (notamment ici la Lost Generation d’Hemingway). D’après Adorno, le monde contemporain est fait d’antagonismes, ainsi l’ « art authentique » est-il précisément celui qui rend compte de ce caractère conflictuel par la dissonance : l’art contemporain est « image de la ruine ; (il) n’exprime l’inexprimable, l’utopie, que par l’absolue négativité de cette image » et cela sans autre but que lui-même.

On retrouve donc bien la poétique de distorsion, fracture, art pur.

METALittérature : le genre musical le plus ancré dans les Lettres

 

Si nous avons évoqué Link Wray, il ne faut pas ignorer pour autant que la « musique métallique » lui préexiste largement ! La première œuvre désignée comme telle est en effet la toute première œuvre publique (1939) d’un petit dramaturge et poète qui étudie auprès de Schönberg afin de venir compositeur… un certain John Cage.

 

Cette première composition, qui accorde la primauté à la structure musicale, la mélodie en tant que bruit et la notion de temps sur le système de cadence, brise très précisément la logique-même de la construction de « morceau » musical afin de privilégier le retour à la poésie pure, celle des sons, des mots, des silences, des bruits, des gestes. La conclusion est simple : la nécessité artistique de l’avènement du Métal fut poétique avant que d’être phonique – et cette origine n’est pas qu’anecdotique puisque les liens entre Métal et littérature demeurent !

 

Premièrement, la mythologie est indissociable du genre : qu’elle soit héritée de traditions orales (mythes nordiques par exemple) ou bien de cosmogonies littéraires, il est indéniable que le trope créatif passe souvent par le recours au mythique et au symbolique. Cet attrait pour le muthos témoigne de la vocation de récit mythique de la composition, et elle pourrait même expliquer en partie la posture surprenante de nombreux groupes de Métal européens en faveur de l’arianisme : le critique et écrivain Mireca Eliade note dès 1957 la constitution progressive d’une culture du mythe autour du nazisme en Europe de l’Est. Le cadre formel de la composition Métal étant une structure poétique à s’approprier émotionnellement, les analyses d’Eliade donne quelques clefs pour comprendre pourquoi toutes sortes de mythes s’y trouvent convoqués.

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Cela dit, l’univers le plus exploité est celui de Tolkien : ô combien nombreux sont les poèmes, mythes, alphabets et systèmes langagiers imaginés par le linguiste ! Cette ressource aussi riche qualitativement qu’inépuisable semble répondre à la perfection aussi bien aux aspirations mythiques qu’aux exigences poétiques – du moins c’est le cas pour le groupe Summoning, dont certaines compositions sont intégralement en noir parler ! Parmi les groupes les plus célèbres, Burzum et Gorgoroth tirent leur nom du dit-lexique, tandis que Led Zepplin et Black Sabbath y puisent l’inspiration. Black Sabbath, tout comme Metallica, ou encore le monde créé par Lovecraft.


Pour ce qui est d’auteurs plus traditionnels, Baudelaire, Rabelais et quelques poètes français ont également la côte (on les retrouve par exemple chez Peste Noire).
Mais ce sont d’autres personnalités qui suscitent le plus d’adaptations : les auteurs les plus cités sont tous des écrivains anglo-saxons du début du XX° siècle (à l’instar de Tolkien d’ailleurs), de grand renom (pris Nobel, Pulizer, Hawthornden) et au style original. On peut principalement citer Samuel Butler, spécialiste des récits homériques et de la poésie shakespearienne (cf. The Way of all flesh, album de Gojira) et Ernest Hemingway (« A farewell to arms », Machine head ; «  Fom Whom The Bell tolls », Metallica), ainsi que son disciple Alan Sillitoe (« The Loneliness of the Long Distance Runner », Iron Maiden).

Barbe Taillecrayon & Count Grishnackh

Quels événements à venir

Du 20 au 22 juin : Hellfest ; http://www.hellfest.fr/

Du 31 juillet au 02 août : Wacken ; http://www.wacken.com/fr/

Du 15 au 17 août : Motocultor Festival ; http://www.motocultor-festival.com/wordpress/home/