Hic & Hec de Mirabeau : gîte en bois pour un feu de poutre

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« Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux
C’est être libertin que d’avoir de bons yeux. »
Molière

Du comte de Mirabeau (1749-1791) nous connaissons surtout le personnage révolutionnaire, le tribun parlementaire, auteur d’essais politiques contre le despotisme et de discours enflammés. Pourtant, à l’égal de certains de ses plus illustres contemporains (Laclos, Casanova, Sade, Diderot, Crébillon) Mirabeau excella dans le genre du roman libertin, souvent sous couvert d’anonymat. Publié après la mort de l’écrivain, Hic & Hec s’inscrit dans la lignée d’Erotika Biblion et du Rideau levé, ou l’éducation de Laure. Un petit roman licencieux dont Apollinaire affirmait qu’il « a été écrit avec une grâce et un esprit qui sont rares » et dont la lecture peut redonner son ardeur d’antan au plus frigide des ancêtres.

Ici l’on s’égare

9782844859686Hic-et-Hec c’est ainsi que se nomme le héros de cette histoire. Jamais appelé autrement que par « ceci et cela », ce jeune androgyne délicat goûtera ainsi aux divers plaisirs de la chair, tant avec les femmes qu’avec les hommes, dans des bras novices autant que dans ceux de ses ainés, alternant les jeux et les joutes sexuelles avec la même avidité. Puritains, détournez les yeux ! L’éloge des amours interdites commence dès les premières pages de cette douce aventure dévergondée.

Les mains baladeuses de son maître d’école seront ainsi les premières à éveiller les recoins mystérieux du corps du jouvenceau. Tantôt par d’indécentes caresses, puis par des coups de verges bien senties que le jeune écolier retournera, avec la même « tendresse », à son régent Jésuite : « Enfin je m’enhardis et, empoignant son sceptre comme il avait fait du mien, je le fustigeai si vertement qu’il versa des larmes de plaisir. […] Il fut mon Socrate, je fus son Alcibiade ! Tour à tour agent et patient, il mit sa gloire à perfectionner mon éducation. »

Instruit des notions de théologie c’est en tant qu’abbé qu’il se présente au domicile des bien-nommés de Valbouillant en vue de prodiguer son savoir au jeune fils de madame. Cette dernière, belle bourgeoise aux formes charnues, ne tarde pas à évaluer personnellement les compétences intellectuelles, mais surtout physiques, du jeune précepteur. Pour sûr, il court, il court, le furet ! Quant au mari, revenant d’un voyage en Italie et découvrant les loisirs de sa femme, pensez-vous qu’il s’époumone de jalousie ? Au contraire, cet ancien capitaine des dragons souhaite ardemment participer aux ébats : « Comment rester fâché contre de si chers coupables ? Ce sein, dit-il en le baisant, et elle l’avait superbe, et ces jumelles, ajouta-t-il en frottant de la main l’autel où il venait de sacrifier, attendriraient un tigre ; de plus, je n’ai pas compté que tu pusses rester fidèle pendant une si longue absence. J’ai gagné dans mon voyage une bonne succession et des cornes. La première me fait plus de bien que les autres ne me feront de mal. N’apprêtons point à rire, soyons discrets et jouissons sans scrupule de tous les plaisirs que notre âge et notre fortune nous offrent ; évitons le scandale et moquons-nous du reste. »

Puis, c’est au tour de la jeune Babet, la filleule de Mme de Valbouillant de passer à la casserole. Là encore le partage est de mise et, à l’instar du coït pratiqué entre l’abbé et le mari, madame tombe sous le charme de sa servante : « Elle la déshabilla totalement et nous fit voir un corps dont Hégé aurait été jalouse. Aux caresses que Mme de Valbouillant prodiguait à chacun des charmes de sa filleule à mesure qu’elle les découvrait, je reconnus aisément que, quelque goût qu’elle eut pour le solide, elle pouvait, voluptueuse émule de Sapho, savourer avec une jolie nymphe les agréables dédommagements dont la Lesbienne usait en l’absence de Phaon. Je voyais son front s’animer, sa gorge se gonfler et ses yeux pétiller à mesure que ses mains parcouraient les charmants contours de ce corps pétri par les Grâces. »

Viendront encore de nombreux batifolages entrecoupés, çà et là, par de petites histoires coquines racontées par les protagonistes eux-mêmes. Leur permettant de reprendre leur souffle entre deux fouteries, ces courts récits – n’ayant pas la complexité narrative des Mille et Une Nuits – servent également à conserver l’excitation des sens en relatant leurs premiers émois sexuels, leurs truculentes déflorations.

La morale au bordel

MirabeauMirabeau, en bon libertin physiocrate, n’hésite pas à insérer dans son récit des pratiques aussi scandaleuses que l’inceste et la pédophilie, voire l’homosexualité pour l’époque (et sans parler des sex-toys utilisés par les nonnes !). Mais son érotisme demeure joyeux, jamais amer. Prenant le parti de Boccace ou de Pétrone (qu’il cite explicitement), et contrairement aux cruautés répétitives de Sade, ses orgies baignent dans un bain doucereux de tendresse, de complicité et de liberté. La caresse émancipe, le plaisir confine à la joie. Et c’est avec amusement que l’on découvre des pratiques aussi saugrenues que « le cheval fondu », « la main chaude » et « le pet-en-gueule ». Même les plus insensibles sont pris d’une fièvre concupiscente. Ainsi de la mère de Babet dénonçant les activités de sa fille à l’évêque de la ville et qui se retrouve, bien malgré elle, dans le feu de l’action :

« La vieille, qui dans l’abord voulait me mordre, me dévisager, prit enfin son mal en patience :
– Bonté divine ! s’écria-t-elle en remuant la charnière, ah ! chien… mon doux Jésus… quel dommage que ce soit un péché…
– Dis plutôt quel bonheur ! criait le prélat, me rendant les mouvements de Valbouillant, va, rien ne vaut le fruit défendu…
– Je me damne, répliquait la vieille toujours tordant le croupion.
– Va toujours, j’ai les cas réservés. »

On pourra toujours tiquer sur l’éclatement des tabous et de toute morale – caractéristique essentielle de la tradition du libertinage du XVIIIème siècle où l’hédonisme charnel est érigé en idéal libérateur contre le joug rigoriste de l’Église – transformant, dans sa logique extrême, les individus en objets sexuels : « La signora Magdalani observa que la société, toute charmante qu’elle était, péchait en ce qu’il y avait plus de consommatrices que d’objets de consommation. » Mais il faut prendre les choses en riant, notamment le renversement des mœurs des gardiens spirituels. Ce que fait le jeune abbé, avec esprit et roublardise : « – Comment, dit-elle, la mère dans les bras du fils, la fille dans ceux du père !…
– Eh ! madame, rappelez-vous d’avoir lu quelque part : « Qui doit goûter des fruits d’un arbre, si ce n’est celui qui l’a planté. »
– Il est vrai, mais le préjugé ?
– Le préjugé tient-il contre la loi du Créateur ?
– En est-il qui permette à un père, à une fille, à un frère, à une sœur ?… Fi donc, cela répugne.
– À qui donc a-t-il dit : Croisez et multipliez ? N’est-ce pas à Adam, à Ève, à ses fils, à ses filles, il ne regardait donc pas l’inceste comme un crime, puisqu’alors il le commandait. »

Mirabeau7Prenant également le contre-pied du puritanisme religieux, l’évêque (« l’Apollon du Vatican ») n’hésite pas à vanter auprès de sa sœur les mérites de l’éducation charnelle sous l’égide de la responsabilité individuelle. Le souci philosophique de Mirabeau : l’éducation des jeunes filles. Sa conviction : les rapports sociaux doivent être guidés par les lois de la nature. La majorité veut se gargariser d’une fausse morale alors que chacun, en son for intérieur, cherche l’extase luxurieuse :

« – Quelle enfance ! elle est d’âge à tout savoir et je dis plus : il peut être dangereux de ne pas l’éclairer : que de fautes l’ignorance ne fait-elle pas commettre ? Une jeune fille à qui on ne cache rien est plus en état de repousser la séduction, et, si elle y cède, du moins elle évite le scandale qui, je le dis entre nous, est le plus grand mal moral. Qu’importe à la société que je satisfasse mes besoins physiques ou que je m’en prive, pourvu que je ne nuise pas au bonheur d’autrui, que je ne lui enlève pas sa propriété, que je n’altère pas ses jouissances et que je ne lui cause ni chagrin ni douleur ?
– Mon frère, dit-elle en souriant, diriez-vous cela dans une de vos homélies ?
– Oui, quand je parlerais à des gens que je voudrais éclairer ; mais en chaire, non, le peuple en masse veut être trompé, l’ignorance aime les prodiges ; une religion sans miracles trouverait peu de sectaires et les mystères qui répugnent à la raison entraînent la crédulité du grand nombre ; je continuerai à jeter de la poudre aux yeux du peuple ; mais je serais loyal et sans scrupules avec mes amis. »

Ici l’on se retrouve

Reprenons un verre de vieux vin d’Alicante et écoutons ce que disait Nietzsche dans ses Flâneries inactuelles : « Toute la haute civilisation et la grande culture littéraire de la France “classique” se sont développées sur des intérêts sexuels. On peut chercher partout chez elles la galanterie, les sens, la lutte sexuelle, “la femme” – on ne les cherchera pas en vain. » Admirable représentant d’un certain « esprit français » Mirabeau marie jovialement la pornographie et la philosophie. Nous l’avons vu, son beau style exclu l’ordurier et ouvre à la réflexion. Quel contraste avec l’indigence glauque de Christine Angot et consorts, ou de la mièvre collection Harlequin !

A6864L’orateur de la Révolution nous abreuve de métaphores : les fesses sont des jumelles, le pénis un bijou ou un plantoir, les tétons des fraises, le vagin une fontaine… Et n’est pas non plus avare en comparaisons bibliques et mythologiques. C’est aux antiques figures que sont assimilés les ébats amoureux du jeune abbé et de ses partenaires. Diane, Jupiter, Sapho, Ganymède, Phaon et bien d’autres sont convoqués au banquet des plaisirs : « Des soupirs enflammés se faisaient entendre, on eût dit Vénus se consolant dans les bras d’Euphrosine en l’absence de Mars. » « Il faisait chaud, nous étions dans l’état de nos premiers pères dans l’Éden : nos serpents orgueilleux levaient une tête altière, et l’aspect des pommes que nous présentaient nos Èves nous faisait frémir de désir. »

Le récit se clôt sur l’évocation d’une nouvelle aventure polissonne dont nous ne saurons rien mais en imaginons aisément la tournure… Les variations des délices de l’amour sont aussi vastes que le permet notre fantaisie. Deux siècles après sa parution l’odeur de soufre d’Hic & Hec n’a pas disparue mais les censeurs atrabilaires et les vieilles mégères ne sentent que leur propre fiel. Nous laissant le loisir d’humer les délicats effluves de la sensualité. Et c’est d’un sourire bienheureux, l’âme comblée par tant de volupté, que l’on referme ce livre avec la seule main nécessaire à sa lecture.

Sylvain Métafiot

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Raconter la vie d’aujourd’hui

De l’ère du témoignage au monopole du témoignage

logo-raconter-la-vieIl fut un temps où l’éducation reposait sur des ouvrages de philosophie. Il fut un temps où nous abreuvions les jeunes gens avec des mémoires et des biographies de grands hommes afin qu’ils s’en inspirent. Il fut un temps où les fables et les contes mimaient la vie afin d’y préparer les enfants. Dans la plupart des cas, les livres étudiés étaient écrits par des individus favorisés pour d’autres individus favorisés. L’Histoire Littéraire ne nous a légué que bien peu de textes écrits de la main de paysans, de femmes de chambre ou de nourrices et narrant leur vie, leur véritable vie intérieure, et non celle fantasmée par des élites. Ce n’est qu’aujourd’hui, à l’heure du smartphone et de l’ordinateur portable, que nous entrons dans l’ère du témoignage. On pourrait croire que chacun, avec la démocratisation de l’accès à Internet, est désormais en mesure de laisser une trace, de témoigner de son passage sur terre, de raconter la vie. Pourtant le monopole du témoignage est aux mains d’une poignée de personnes : personnalités politiques, stars, journalistes, ou encore certains grands entrepreneurs. Le site Raconterlavie.fr et sa collection éponyme (publiée au Seuil) pensent quant à eux que l’éducation n’a pas d’âge pour être acquise et qu’il n’est pas nécessairement besoin d’aller la chercher dans de grands voyages initiatiques. Pour Raconterlavie.fr, le voyage initiatique commence sur le seuil de votre logis, à la limite de votre zone de confort.

Le Parlement des Invisibles

le-parlement-des-invisibles-395544Vous ouvrez la porte de votre appartement, mallette à la main, déjà en retard et terriblement stressé. C’est à peine si vous remarquez la femme qui se trouve dans le hall d’entrée en train de changer une ampoule. La concierge, cette vieille femme un peu aigrie dont vous évitez soigneusement le regard. « Pourvu qu’elle ne me demande pas de l’aider, je n’ai vraiment pas le temps… » Pourtant, elle en aurait des choses à vous dire, cette vieille bigote bougonne. Vous la connaissez à peine, mais elle vous connait bien : elle vous voit vivre, elle vous voit mal vivre. Il se trouve qu’elle a écrit un livre récemment. Oui, un récit dont vous faîtes partie. Ah, ça y est, vous ralentissez enfin le pas pour vous arrêter. « Mais que dit-elle ? » ça y est, vous êtes disposé à l’écouter ? Les joggeurs, les éboueurs, votre professeur de mathématiques, votre banquière, votre esthéticienne, toutes ces personnes dont la vie a croisé la vôtre et qui en font tourner les rouages sans que vous vous en rendiez compte, ont quelque chose à écrire.

Raconterlavie.fr est née d’une « impression d’abandon [qui] exaspère aujourd’hui de nombreux Français. Ils se trouvent oubliés, incompris, pas écoutés. Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté. » Il s’agit d’une « entreprise […] intellectuelle et citoyenne […] pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays, […] mine la démocratie et décourage les individus. » C’est « un mouvement social d’un nouveau type, fondé sur l’interaction et l’échange, […et qui] veut former, par le biais d’une collection de livres et d’un site internet participatif, l’équivalent d’un Parlement des invisibles. Il répond ainsi au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne prise en compte. » Raconterlavie.fr est un « espace d’expérimentation sociale et politique, autant qu’intellectuelle et littéraire. » (Propos de Pierre Rosanvallon, auteur du Parlement des invisibles, manifeste de Raconterlavie.fr)

Pourquoi et comment raconter la vie ?

« Raconter la vie est la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres. […] En faisant sortir de l’ombre des existences et des lieux, Raconter la vie veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective. […] Raconterlavie.fr invite chacun d’entre nous à relater une facette de son existence, à échanger avec ceux avec lesquels il partage une communauté d’expérience et à écouter ceux dont il est éloigné, dans un but de connaissance mutuelle. […] Cet espace d’échange et d’édition virtuelle accueille à part égale et dans les mêmes conditions tous les récits de vie. En les faisant connaître et reconnaître, il leur restitue leur dignité. […]

Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples – celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature. […] Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit. »

Web éditeur : ce métier qui n’existe pas

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Pauline Miel

C’est sur le mode de la master class que l’Université Lumière Lyon 2 nous a offert une rencontre avec Pauline Miel, web éditrice de Raconterlavie.fr. Lorsqu’on tente de se représenter un éditeur, on s’imagine un individu grisonnant vous regardant avec condescendance. La web éditrice, jeune de surcroît, brise cette image en nous parlant de son travail de mise en valeur des textes qu’elle reçoit. De la correction au marketing, Pauline Miel est sur tous les fronts mais regrette qu’on ne retienne que ces aspects de son travail. Elle explique, par exemple, que l’éditeur a le dernier mot concernant le titre d’un ouvrage pour des raisons marketing : le livre ne doit pas pouvoir être confondu. Elle se trouve ainsi dans une position délicate vis-à-vis de l’auteur, généralement très attaché au titre initial de son texte. Pauline Miel rappel cependant que son rôle ne se limite pas à contraindre l’auteur et que, loin d’en être le bourreau, elle en est avant tout la gardienne et la protectrice face aux assauts médiatiques des journalistes, blogueurs et autres fans.

Pauline Miel nous raconte qu’au commencement de Raconterlavie.fr, le métier de web éditrice n’existait pas. Réflexion intéressante pour les étudiants en Lettres présents qui s’entendent souvent dire que le secteur est vieillissant et sclérosé. Son apprentissage s’est donc fait en temps réel, au rythme cadencé de soixante récits par jours, qui l’a forcée à revoir petit à petit la charte éditorial du site. C’est ainsi qu’elle en est arrivée à imposer aux auteurs contributeurs du projet les limites de leurs textes : entre 5 000 et 40 000 signes. Pauline Miel recevait alors un grand nombre d’autobiographies et du s’interroger sur la direction qu’elle voulait donner à l’entreprise. Elle conclut que Raconterlavie.fr consistait moins à raconter UNE vie qu’à raconter un à un les fragments qui la constitue.

Quels nouveaux supports et modes d’écriture dans l’édition aujourd’hui ?

Cette événement nous a également permis de rencontrer Omar Benlaala, auteur de la Barbe, publié dans la collection Raconter la vie des éditions du Seuil, et qui a évoqué son parcours de jeune déscolarisé venu à l’écriture en autodidacte, et remarqué sur le Net. Lorsque nous lui demandons pourquoi il a choisi Internet, Omar Benlaala nous répond tout simplement qu’il ignorait comment contacter une maison d’édition et qu’était concrètement une maison d’édition. C’est donc par facilité qu’il s’est tourné vers ce support. Il ajoute également que le web permet de « communiquer sans forcément vouloir être entendu, à la manière d’un exutoire ou d’un journal intime. »

Favorable au développement des liseuses électroniques, Omar Benlaala promeut une écriture participative avec ce qu’il appelle son cyberoman dont le principe est, à terme, de laisser participer les lecteurs en leur permettant d’ajouter au texte initial du contenu audiovisuel et des textes annexes. Pour lui, il est important de « rajouter un corps à l’esprit, surtout quand l’esprit est beau », et c’est ce qu’il entend faire en étendant les limites du roman pour le rendre plus matériel/physique.

Les limites du projet

Omar Benlaala

Omar Benlaala

Créé en septembre 2014, Raconterlavie.fr a encore du chemin à parcourir. Lorsqu’on interroge Pauline Miel sur les limites du projet, elle nous confie que l’origine des auteurs, en majorité des retraités, des étudiants et des professeurs de français, en est une. En somme, les auteurs contributeurs sont avant tout ceux qui en ont le temps, et qui croient avoir la légitimité nécessaire pour témoigner : une bonne connaissance de la langue ou un parcours de vie intéressant. Le problème du monopole du témoignage demeure entier tant que le projet n’est pas mieux médiatisé.

La place de la fiction et de sa limite avec la sociologie est, elle aussi, une des limites de Raconterlavie.fr. Peut-on raconter la vie qu’on n’a pas vécue ? La recherche de documentation légitime-t-elle suffisamment le récit, comme dans l’entreprise de Zola ? La question se pose d’autant plus que le site ne demande qu’un pseudo et une adresse mail pour s’inscrire, et est ainsi dans l’incapacité de vérifier l’identité des auteurs et l’authenticité des récits. Pauline Miel admet cependant que, dans le cas où de thèmes manquant à la collection, les fictions sont acceptées mais présentées comme telles afin de ne pas tromper les lecteurs.

Enfin, la web éditrice reconnait avoir, pour des raisons morales, refuser des textes traitant de racisme ou d’homophobie. On comprend qu’il est difficile d’écrire sur ces thèmes sans les exhiber, les prêcher ou des dénoncer. Pourtant, l’homophobie et le racisme font partie de la vie, et on peut réfléchir à des manières d’aborder ces thèmes sans choquer.

Céleste Chevrier