Les Culs d’Arthur Lebraud : le poème gagnant de la Veillée poétique de novembre

discutiondecul-imgAnd the winner is…. Des culs ! Tout simplement. Si le terme fait écho à de nombreuses représentations dans nos esprits, il devient ici matière à poésie. Poésie qui s’invente et se réinvente autour du corps. Un corps morcelé par le langage poétique, par les mots qui deviennent l’expression directe d’un regard curieux. Ce regard attentif au moindre petit détail s’amuse du spectacle quotidien. Il est entièrement happé par un spectacle d’un grotesque touchant.

En effet, ces morceaux de corps anonymes et étranges provoquent perplexité lorsque l’imagination du poète les met en scène, les anime et leur donne vie. Charmant et innocent spectacle… Mais survient… La Rencontre. Un de ces hasards, de ces moments percutants qui changent tout. Au tour de la langue poétique de venir retranscrire le plaisir des sens… Avec humour s’il-vous-plaît. Quoi de plus naturel alors que de citer le jeune poète Arthur Lebraud. Il nous fait ainsi part de son choix poétique singulier et nous invite à rentrer dans l’intimité du poème. Toute une histoire.

Eh bien oui, des Culs !

À chaque instant, nos actions, nos pensées sont influencées par ces Culs.

Mais qui sont-ils ? Des entités sans nom, sans identité que nous ne connaissons pas mais qui s’imposent à nous indépendamment de notre volonté.

afficheJe crois qu’en réalité ces Culs sont la personnification des quidams insignifiants que nous croisons tous les jours dans la rue, à l’université, dans les salles d’attente des médecins, dans les gares, dans tous les endroits où notre rêverie vient s’adoucir sur une personne choisie qui perd dès lors ce statut de quidam.

Quand nous trouvons le précieux objet de notre attention, se met en place le processus d’imagination. C’est à partir de ce moment que la présence des Culs commence à devenir gênante voire irritante : ils s’immiscent poisseusement dans l’intimité fébrile que nous essayons de créer avec l’être convoité.

Peu à peu cette gêne se transforme en une scabreuse impudence dont nous tentons tant bien que mal de faire abstraction, mais sans y parvenir, car ceux-ci demeurent.

Ce texte est une fiction qui raconte ma curiosité sensuelle pour une jeune femme. Malheureusement, elle n’a pu être épanchée en raison d’une vive altercation avec un Cul ankylosé. J’y suis aussi un peu pour quelque chose, il faut avoir le courage de leur tenir tête et de combattre leur égoïsme et leur égocentrisme jaloux.

Mais il ne faut pas les condamner ! Il est aisé de les comprendre car l’égoïsme et l’égocentrisme sont faciles à comprendre. Lorsque nous devenons le Cul de quelqu’un d’autre, nous trouvons notre volonté légitime, et c’est bien normal puisqu’elle l’est parfaitement !

Cette histoire n’a aucune prétention, à part peut-être celle de vous faire sourire. Et même si elle ne parvient à vous faire sourire à pleines lèvres, j’espère au moins qu’elle vous en fera esquisser l’ombre.

Place au poème

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Les formes concentriques de cuir coloré accueillent contre leur gré n’importe quel cul.

Ils viennent s’y déposer un court instant pour que leurs contours et leur chaleurs éphémères modèlent la matière. Et tout ceci pour la postérité, de peur d’être à jamais oubliés des mémoires. C’est un véritable défilé de postérieurs qui s’offrent à mes yeux éberlués de voir autant de paires de fesses. Qu’ils soient petits ou gros, laids ou beaux, contrits ou détendus, ils n’ont qu’un seul but : marquer leur territoire.

Seulement, assis entre tous ces culs sans visages, j’aperçois un vrai visage, que je regarde et qui m’a regardé. À quelques mètres en face de moi, je peux voir sa chevelure vivante, blonde et ondulée. C’est une cascade d’or liquide qui coule à chacun de ses gestes.

Son nom, peu m’importe, pour l’instant, son visage me suffit. Il n’y a rien de plus apaisant que de contempler une beauté qui ignore tout de nous et dont nous ignorons tout. L’anonymat embellit. Emmitouflé dans mes délicieuses dégustations visuelles, je me demande ce qu’elle dirait si elle savait que j’écris ça sur elle. Ses jambes croisées l’une sur l’autre, sensuellement étreintes, voudraient, je le sais, me botter le cul si elles étaient pourvues de la vue. Il est vrai, même si elle ne le sait, que mon regard est intense et audacieux, mais il pourrait l’être davantage si elle daignait croiser mes yeux…

Dans cette auto-fusion à distance, je ne m’aperçois presque plus de cet écoulement incessant de fesses apprêtées. Il n’y a qu’elle, elle seule que demain, j’aurai sûrement oublié. La mémoire est ingrate. De peur qu’elle ne disparaisse instantanément, je remplissais mes yeux avec ses gestes et ses reflets. Ils enregistraient de plus en plus vite ; au fur et à mesure que je la regardais, mes paupières se fermaient de moins en moins. Je ne savais plus si mes yeux brûlaient à cause de mes paupières ou grâce à cette beauté de sang et de chair. Il fallait désormais que je la voie de plus près, que j’entende sa voix, que je connaisse son nom ; je me lève éperdu, perdu, bouleversé ; d’un pas décidé, j’emprunte le chemin qui mène à elle, la voie qui me conduira jusqu’à sa voix.

J’allais l’atteindre quand brusquement, en un instant, je me fis bousculer par un cul dévergondé ; je titube, m’apprête à enlacer le sol ; à ce moment précis, je les vois tous qui me regardent, tous ces culs qui me regardent. L’adipeuse opulence ainsi matérialisée me foudroie de ses deux grands yeux laiteux, c’est ainsi que je compris que la situation n’était pas adaptée à mon désir hasardeux. Je courbe l’échine, rabats ma vigueur et ma joie, saisis mon manteau, mon chapeau et tous mes trucs, prends la porte, et l’emporte avec moi, vers une terre sans cul, vers une terre sans stress. J’ai senti, sans me retourner que je laissais derrière moi un rêve à peine commencé, une pomme à peine croquée, un atome à peine excité.

Il n’y a pas d’imagination possible, entouré de culs nombrilistes et jaloux, surtout quand ils n’ont à cœur que de briller dans une vie postérieure.

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Ecrire à l’heure du Postmodernisme

chapter one 02Combien de grands auteurs, de grands courants littéraires avons-nous rencontré durant notre scolarité ? Des dizaines, des centaines peut-être, que nous avons aimé apprendre, que nous avons aimé imiter, et qui nous ont finalement formés, inspirés. Nous entendons pourtant dire qu’il faut sortir de l’éternel hommage aux anciens, abandonner  les formes littéraires qui leur ont donné leurs lettres de noblesse.

« Je sais que votre génération est encore toute imprégnée des notions romantiques », clamait la semaine dernière mon professeur d’Analyse du Discours, « mais le passé simple, c’est désuet ! C’est là le grand malheur des études de Lettres. Vous devriez être les étudiants les plus au fait de l’actualité littéraire, mais c’est tout l’inverse qui se produit tant on vous accable de lectures classiques. Voyez, combien d’entre vous ont lu ne serait-ce qu’un seul des romans parus lors de la dernière rentrée littéraire ? C’est bien ça, oui, trois élèves seulement sur une classe de trente. Et on espère faire de vous les écrivains, les journalistes, les scénaristes de demain ! De vous qui êtes paralysés, coincés par des règles dépassées, vous qui vous autocensurez ! Il faut en finir avec l’esthétique de la nostalgie. Osez, vous dis-je ! Osez l’anglicisme et le néologisme ! Osez l’écriture de 2014 ! »

La postmodernité : un flou problématique

ecrire-pour-le-web2014 ou la postmodernité. Le nom de cette nouvelle ère dans laquelle nous prétendons nous inscrire est déjà lourd en présupposés. Le préfixe « post » nous indique que nous savons ce que nous quittons, mais pas où nous entrons. Comment la littérature évolue t-elle ? Mais peut-être est-il dépassé d’envisager les lettres comme une entité à part entière meut par une énergie mystérieuse. Dès lors, vers quoi désirons-nous faire tendre la littérature postmoderne ? Quelle Histoire de la Littérature voulons-nous écrire ? L’écriture postmoderne doit-elle être « plus actuelle que l’actuelle », comme le suppose l’étymologie du mot ou bien radicalement antimoderne ?

Il semble qu’une mutation soit en train de s’opérer sans que la critique, dont les outils demeurent traditionnels, ne parvienne à en prendre la mesure. D’autres voient dans la postmodernité de la littérature une chimère, comme Pierre Lepape l’entendait, niant toute notion de futur dans l’écriture dite postmoderne, lorsque qu’il écrivait dans l’édition du Monde du 6 Octobre 1995 « nos écrivains, désormais convaincus de ne pas pouvoir changer le monde, auraient en quelque sorte, théorisé leur désarroi, en faisant passer l’avenir à la trappe ». Même s’il reste très flou, le terme est brandit comme un étendard sur les couvertures d’œuvres fraichement imprimées. Ne s’agirait-il pas que d’un slogan vide, d’un simple outil de plus-value marchande ? Essayons un instant de mettre de côté nos observations pessimistes sur le milieu de l’édition.

Re-Penser  l’écriture aujourd’hui

librairie_des_nouveauts_3Voici les questions que pourraient se poser les auteurs : comment écrire l’après ? Comment textualiser l’hétérogène sans retomber dans l’avant-gardisme expérimentaliste ? Comment renarrativiser le récit sans retomber dans la psychologisation des personnages ? Quelles sont les écritures alternatives ?

Au lendemain de la première veillée poétique de la saison organisée par le Cercle des Poètes Apparus du Littérarium – où nous avons eu le plaisir d’entendre la Réponse à un poète pédant de Grégory Parreira (le citadin filiforme), véritable pamphlet pour la sauvegarde de l’Alexandrin – et alors que le concours de nouvelles du Littérarium occupe tous les esprits, émerge une interrogation à laquelle tous les jeunes auteurs devraient réfléchir : comment allons-nous écrire 2014-2015 ?

Un Nouveau roman : de l’universel au diversel ?

ecrire_articleLe roman postmoderne, en ce qu’il est impossible à conceptualiser, se caractérise par le principe d’altérité qui imprègne notre quotidien par les questions d’identité collective (ex : leitmotiv de l’identité nationale) et d’identité personnelle (ex : polémique sur la théorie du genre). En effet, le principe d’altérité se matérialise sous les traits  du réseau (social).  Si la modernité a rêvé  l’universel, la postmodernité affirme la discontinuité, la fragmentation, l’hétérogène, en un mot : le diversel. Le roman postmodernisme se veut pluriel, ouvert sur la diversité dans la mesure où il est impossible d’identifier le Postmodernisme, mais où les contours des Postmodernismes sont, eux, apparents.

De l’idée de diversel découle celle de ruptures (sociales, économiques, culturelles…), c’est-à-dire l’idée de crise, que nous connaissons bien par les temps qui courent. Une idée en apparence simple, utilisée au quotidien, et dont le sens Français a pourtant subit une évolution majeure dans l’imaginaire collectif. La crise ne désigne plus chez nous un pic de turbulence ou une brutale dépréciation. La crise nous apparaît désormais comme un processus lent, gradation vers la violence, ou dégradation du niveau de vie, la crise est un état progressif : un horizon.

Voici donc les questions que je vous invite à vous poser avant de prendre la plume (ou le clavier, soyons actuels !). Quel sera votre horizon pour l’édition 2014-2015 du concours d’écriture des étudiants de Lyon 2 du Littérarium ?

Céleste Chevrier

Source : https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/29666/filename/Le_Roman_postmoderne.pdf

Les Thanatonautes ou l’apprentissage de la mort

À raison d’un livre par an en moyenne, Bernard Werber nous offre des sagas toutes plus captivantes les unes que les autres, nous transportant dans des mondes si proches mais si lointains. Mademoiselle Descubes nous en a donné un premier aperçu en mai dernier avec son article sur Les Fourmis. Aujourd’hui, nous ne nous intéresserons pas au monde souterrain, mais à un monde encore méconnu de tous : celui de la mort.

les-thanatonautes-187On reprend du début. « Thanatos », en grec signifie la divinité de la mort et « nautès » désigne les navigateurs. En somme, ces hommes seraient des navigateurs, ou explorateurs, de la mort. C’est bien joli d’étaler sa science pour expliquer l’étymologie d’un mot un peu plus compliqué que les autres, mais qui sont-ils exactement ces Thanatonautes, me diriez-vous ? Et comment peuvent-ils visiter la Grande Faucheuse ? Pour le savoir, Werber nous transporte quelques années dans le futur. Attention ; 6, 5, 4, 3, 2, 1… Décollage !

Nous sommes en 2062. L’Homme a toujours voulu tout connaître, tout savoir et tout voir. Après avoir exploré chaque recoin de la Terre, il a cherché plus loin et s’en est pris à la Lune. Mais après ? Allait-il en rester là ? Il l’aurait sûrement fait, si un groupe de chercheurs français n’avait pas souhaité atteindre l’ultime destination de tout être humain : le continent des morts.

La mort comme objet scientifique

Les pionniers de la recherche sur la terra incognita comprenaient Amandine, une douce infirmière ayant un penchant certain pour tous ceux qui défient la mort ; Félix Kerboz, un prisonnier qui encourt une peine de deux cent quatre-vingt-quatre ans de réclusion criminelle, mais surtout le premier thanatonaute ; et enfin deux grands amis : Michael Pinson, chirurgien-anesthésiste et Raoul Razorbak chercheur au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique). La bande se retrouve à faire des expériences pour visiter ce continent métaphysique. Mais sur quoi se fondent-ils pour prétendre y accéder sans perdre la vie ?

C’est là toute la richesse de ce livre. Après deux ans et demi de recherches sur la mort, l’auteur s’est lancé dans son écrit. Alors il se fonde sur tout : le livre des morts égyptien, celui des morts tibétain, la mythologie sud-africaine, mésopotamienne, australienne, celte, rosicrucienne… Bien entendu, les écritures bibliques, coraniques, la Thora ou le Zabur sont utilisées. Mais aussi les philosophies bouddhiste, chinoise ou encore persane. Rien ne semble avoir échappé à l’auteur.

Des tabous et des hommes

020« C’est là d’ailleurs que j’entendis pour la première fois la fameuse expression: « Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. » Je n’avais que huit ans mais je ne pus m’empêcher de penser : « Alors là, tout autour, il ne reste que les mauvais ? » »
Michael Pinson nous prend sous son aile à travers ses questionnements et ses idées sur le sujet intangible qu’est la mort. Il s’exprime sur ce qu’on n’a jamais osé dire tout haut, ce qu’on n’a jamais osé penser. Au fur et à mesure que l’histoire avance, on en apprend un peu plus sur cette inconnue. On voit à quel point l’Homme a pris à cœur ce sujet depuis des milliers d’années. Cela peut paraître logique, puisque ce voyage est le dernier de chaque être humain. Chacun le voit donc à sa façon : il peut être une libération, une crainte ou un passage vers une vie postérieure. Quoi qu’il en soit, la mort fait partie des questions existentielles de l’Humanité.

En pleine lecture, on est surpris par le discours cohérent des chercheurs. L’emploi de termes scientifiques parfois même liés à la mythologie nous déroute : « Et si c’était la solution ? ». Comme par exemple cet extrait qui prend ses sources dans le Livre des morts Tibétain :
« Chapitre 155 – MYTHOLOGIE TIBETAINE
Vibration : Tout émet, tout vibre. La vibration varie selon le genre.
Minéral : 5 000 vibrations par seconde.
Végétal : 10 000 vibrations par seconde.
Animal : 20 000 vibrations par seconde.
Humain : 35 000 vibrations par seconde.
Âme : 49 000 vibrations par seconde.
Au moment de la mort, le corps astral se sépare du corps physique car il ne peut supporter l’abaissement des vibrations de son enveloppe charnelle.
Enseignement du Bardo Thödol
Extrait de la thèse La Mort cette inconnue, par Francis Razorbak. »

Levons l’ancre

3453012969_984f9c50fdN’ayant rien de plus concret sur ce qu’il y a après la vie, on accepte leur vision de la mort. La manière dont est tourné le récit nous permet de concevoir que l’âme se rattache à son corps par une espèce de cordon ombilicale et vogue à la vitesse de la pensée dans l’univers pour atteindre un territoire en forme d’entonnoir.
Nous sommes présents du début à la fin, nous ressentons leurs angoisses avant chaque décollage, leurs frayeurs à chaque contretemps. Finalement, il y a un peu de ces explorateurs de la mort en nous.

En fin de compte, c’est comme si nous lisions un livre d’Histoire, que nous étions en 2062 et que nous disions à notre camarade de classe : « Tu arrives à t’imaginer qu’il y a cinquante ans, personne ne savait ce qu’il y avait après la mort ? ». Au fil des pages on se surprend à se questionner sur l’après, à accepter que nous ne sommes que de passage. Mais bizarrement, ce livre sur la mort nous fait aimer la vie.

Perrine Blasselle

Les poètes réapparaissent : entrez dans le Cercle des Poètes Apparus

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« Toujours plus de Poésie, de Jazz et de Cookies ! » Que demander de plus ? Telle est l’injonction de Juliette Descubes qui entend, dans cette interview menée par Jérémy Engler pour le journal en ligne l’Envolée Culturelle, nous inviter au voyage. Un voyage poétique assurément !

Avant de parler de vos veillées poétiques, pouvez-nous dire ce qu’est le Cercle des Poètes Apparus du Litterarium ?

Le Cercle des Poètes Apparus est une commission que nous avons créée au sein de l’association le Litterarium en septembre 2013. Nous avons repris un concept qui avait déjà vu le jour dans l’association sous le nom de « Repoésie », créé par Eve Guerra, qui était une soirée organisée à l’Université Lyon 2 pendant laquelle les étudiants avaient l’occasion de lire leurs poèmes. Les objectifs du Cercle depuis sa création sont avant tout de dynamiser, de promouvoir et de diffuser la poésie estudiantine, mais également de favoriser les rencontres entre poètes amateurs et poètes confirmés en organisant des veillées poétiques.

Vous organisez donc des veillées poétiques, en quoi consistent-elles ? Quel en est le principe ? Et où se déroulent-elles ?

Les veillées se déroulent dans une salle de l’Université Lyon 2 et durent en général 1h30/2 heures. Le principe est simple : des poètes, leurs créations, leur voix et un public. Nous accueillons tous types d’auteurs, de l’étudiant poète en herbe au poète moult fois publié. Et il y en a pour tous les goûts : du sonnet le plus classique à la poésie expérimentale en passant par le slam ! Nous organisons aussi des jeux poétiques et du jazz est diffusé pour une ambiance suave et chaleureuse. En plus de ça, nous mettons à disposition un buffet de cookies gratuit autour duquel poètes et public se rencontrent, échangent et partagent. Notre but est de faire vivre un art que beaucoup aujourd’hui croient mort : la poésie c’est avant tout une voix, et le Cercle des Poètes Apparus vous offre la scène.

Comment sélectionnez-vous les textes des étudiants et ceux que vous lisez ?

Pour participer il vous suffit d’envoyer votre texte à l’adresse : lcpa-litterarium@outlook.com ! Notre seul critère se fait sur la longueur du poème qui ne doit pas dépasser les cinq minutes de lecture pour permettre à tous les participants un passage dans le temps imparti. Nous organisons ensuite un corpus que nous essayons de rendre le plus cohérent possible, les membres du Cercle des Poètes Apparus choisissent des textes d’auteurs publiés afin de créer un jeu d’alternance.

Quelle est la fréquence de vos veillées ?

L’année dernière nous avons organisé trois veillées poétiques mais cette saison sera un peu différente. La première veillée à lieu ce vendredi 14 novembre, ensuite il s’agira d’événements inédits sous des formes très différentes !

Combien de personnes s’occupent de l’organisation de la veillée et quels sont les rôles de chacun ?

Nous sommes dix membres cette année pour organiser les veillées. À part le responsable  qui doit gérer la coordination globale des actions et s’assurer une organisation efficace, il n’y a pas de rôles à proprement parler. Les choses se font en fonction des envies et des motivations de chacun. Et finalement, ça marche plutôt bien !

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Y’a-t-il quelque chose à gagner pour les poètes étudiants qui envoient des textes ?

En effet ! Un texte étudiant est sélectionné pour être publié dans le journal en ligne Le Gazettarium, journal du Litterarium. Nous avons également apporté une petite nouveauté cette année : la veillée sera entièrement filmée, et l’on élira à la fin de la soirée la meilleure performance qui sera publiée sur notre page Facebook !

La prochaine veillée poétique aura lieu ce vendredi 14 à 18h30. Pouvez-nous dire en exclusivité quand aura lieu la suivante ?

Le prochain événement du Cercle ne sera pas une veillée poétique mais un Levé de rideau au théâtre de la Renaissance à Oullins le mercredi 21 janvier à 19h ! En lien avec la pièce Batèches jouée du 18 au 20 mars où seront projetés des poèmes de Gaston Miron, Le Cercle des Poètes Apparus vous présentera pendant 45 minutes des créations exclusives. Plus d’information très prochainement !

Est-ce possible de rejoindre votre cercle pour participer à l’organisation de ses veillées poétiques ?

Tout nouveau membre est le bienvenue ! Il faut cependant adhérer à l’association Le Litterarium puisque nous sommes une commission de celle-ci. Si le Cercle a suscité votre intérêt, vous pouvez nous contacter à l’adresse : lcpa-litterarium@outlook.com ! On pourra alors discuter autours d’un vers.

Propos recueillis par Jérémy Engler

Rédacteur en chef du journal en ligne L’Envolée Culturelle

http://www.lenvoleeculturelle.fr/interview-de-juliette-descubes-responsable-du-cercle-des-poetes-apparus-qui-fait-vivre-la-poesie-a-luniversite-lumiere-lyon-2/

Soleil d’encre et fleurs de papier : un conte pour vous faire rêver

Septembre. Vous quittez les bancs de sable doré pour ceux de l’université. C’est un retour peu enthousiasmant malgré les quelques rayons de soleil qui pouvaient encore vous faire oublier les rideaux en plastique bleu de la fac. Vous pensiez pouvoir encore relire vos cours assis dans l’herbe autour d’un mauvais café ? Erreur ! Il fait gris, il fait froid. Vous buvez force de jus d’orange et autres pressés d’agrumineuses variées mais vous ne constatez aucune amélioration ? Vous êtes maussades et fatigués ? Une seule solution : Lire. Et quitte à choisir, lisez les aventures de Sindbad. Parce qu’avec Sindbad, y’a pas d’bad.

Les arabesques du voyage 

Cantique-des-Oiseaux1Sindbad n’est autre qu’un riche marchand originaire de Bagdad connu pour dresser de somptueux banquets. Au cours de l’un d’eux, il se lance dans le récit détaillé de ses aventures qui s’élèvent au nombre de sept voyages. La configuration rappelle l’ambiance de nos banquets médiévaux. Les festins sont largement arrosés, bien entendu, et les langues se délient, on livre plus facilement ce qu’on a sur le cœur. Le récit est riche des descriptions de Bagdad et de celles des pays visités par Sinbad. Depuis la beauté des jardins jusqu’aux parfums, il est facile d’imaginer alors quels ravissements la ville devait offrir aux notables. Ici on sait recevoir, on sait manger, on sait boire. C’est toute la culture orientale digne de ce nom qui est condensée dans cette capitale des plaisirs. Elle est comme ce chez-soi coquet qui s’oppose à l’ailleurs barbare anthropophage où l’on est seul contre une nature piégeuse et fourbe. L’Ailleurs est une épreuve qui semble renforcer l’amour que l’on a de son pays et des siens et permet ainsi d’enrichir les récits de voyages. D’ailleurs Sindbad le marin fait honneur à cette tradition narrative :

« Ô maîtres, écoutez le récit de ce qui m’est arrivé au cours de sept voyages que j’ai entrepris. Je m’en vais vous détailler les peines et les difficultés que j’ai supportées, les milles situations auxquelles j’ai été confronté, les morts terribles et détestables qui ont failli m’anéantir et auxquelles j’ai échappé. Ce sont là histoires bien étranges, aventures stupéfiantes et merveilleuses… »

Digne d’une bande annonce américaine, voici un exergue qui annonce la couleur. On veut nous divertir, nous surprendre. Le pari semble ardu pour des lecteurs d’ aujourd’hui saturés de blockbusters. Il faut donc faire l’effort d’exercer son imagination. Ramassé sur votre couette, il n’existe plus rien que l’eau froide de la mer qui se ride ponctuellement sous l’impulsion d’un coup de nageoire. Enfouis sous le sol de votre chambre et menaçant de renverser votre lit, les monstres marins semblent être endormis. Idiot, vous vous irritez lorsque le même schéma narratif se répète et vous exultez lorsque le récit prend des tours inconnus. Vous vous prenez au jeu et il vous en faut toujours plus. Mais pour votre plus grand bonheur les chapitres s’allongent. Raconter ces voyages est également le moyen d’informer ceux qui ne sont pas partis, des nouvelles du monde extérieur. En témoigne les longues descriptions factuelles qui peignent des fresques aussi merveilleuses qu’exotiques. Où est la part de fantasme et de réalité ? Les deux s’entremêlent pour permettre le rêve.

«  Il m’a encore été donné de voir, toujours dans cette même presqu’île, des buffles dépourvus d’oreilles, et bien d’autres choses encore ; car les montagnes, les vallées et les promontoires de cette région regorgent de bizarreries et de merveilles que l’on serait bien en peine de trouver dans les contrées où nous habitons. »

Toute la richesse de ces contrées orientales est contenue dans une narration à tiroirs qui se courbe et se dentelle pour répondre aux exigences de liberté d’un récit qui s’enchâsse à l’infini. L’histoire cadre est celle de la rencontre entre les deux homonymes dans lequel viennent s’emboîter les récits de voyages de Sindbad le marin. Enfin, à l’intérieur même de ces récits de voyages, d’autres légendes sont narrées par des étrangers. Le narrateur Sinbad décrit des paysages merveilleux tantôt en prose, tantôt en vers. Ces schémas narratifs propres aux contes des milles-et-une-nuits n’ont pas perdu de leurs ressorts dramatiques. Peut-être est-ce grâce à la figure de Sindbad qui, comme le lecteur, refuse l’ennui.

Sindbad, un homme parmi les hommes en quête d’aventures

Maqamat_haririDeux homonymes vivant dans deux situations totalement différentes se rencontrent. À la manière d’une médaille symbolique des revers de la fortune nous avons d’une part, Sindbad le portefaix, homme pauvre qui mène une vie de labeur détruisant son corps et son esprit, et d’autre part son opposé en la personne de Sindbad, riche marin dont la vie est faîte d’opulence et de loisirs.

L’histoire débute lorsque Sinbad décide d’aller se reposer un moment après avoir travaillé longtemps sous la chaleur. Ses pas le conduisent dans un quartier cossu. Il passe alors sous les fenêtres d’une maison où semble se tenir une réception. Devant tant de luxe, il pousse une complainte contre le sort qui distribue injustement la fortune aux hommes. Le chef de la maison, l’entendant depuis la fenêtre, le convie à la réception, l’occasion pour lui de se lancer dans un récit long et dense de ses aventures afin de justifier sa situation :

« Et bien mon frère, as-tu jamais entendu dire que quelqu’un au monde ait eu à surmonter pareilles difficultés, ait enduré autant d’épreuves, se soit heurté à autant d’obstacles, ait souffert les mêmes tourments ? N’est-il pas juste, après cela, que quelques joies me soient réservées, qu’en permanence me soit accordé le repos, en échange des fatigues et des humiliations qui ont été mon lot, et qu’il me soit enfin permis de demeurer ici, chez moi, jusqu’à ma mort ? »

Si le premier voyage qu’entreprend le marin est nécessaire pour reconstituer son héritage dilapidé dans des futilités, il est aussi le début d’un engrenage sans fin. Comme s’il avait gouté à une drogue rare, l’Ailleurs le fascine mystérieusement et l’ensorcèle. Il ne peut y échapper, lui dont le nom semblerait signifier « l’homme attiré par la Chine » (de l’arabe « Sîn-dabâne »). Chacun des six autres voyages n’est donc que le fruit de son bon vouloir. Il cherche le danger ou plutôt le grand frisson : « Un poisson  gigantesque fondait sur le bateau, telle une vivante montagne ! Notre frayeur était indescriptible […] Et pourtant, dans le même temps ce poisson nous fascinait, émerveillés que nous étions devant une si glorieuse créature du dieu Très-Haut ! »

Il lui faudra désormais parcourir les mers, et ce malgré les tourments, malgré le risque de frôler la mort de près (c’est-à-dire à chaque voyage) qui le pousse à prier Dieu de toute ses forces afin d’être sauvé des périls et promettant que jamais au grand jamais il ne reprendrait la mer. Ce qui ne l’empêche pas de repartir :

« Ayant longuement profité des plaisirs de la table avec mes amis, m’étant abondamment adonné à toutes les joies et délices de l’existence, j’en vins tout naturellement à oublier les épreuves épouvantables et les périls que j’avais affronté, les douloureux tourments que j’avais subit jusqu’ici. Mon âme charnelle inclinait une fois de plus du côté des biens de ce monde et l’ambition de les posséder réapparut en moi, de même que se fortifiait mon désir d’aller de nouveau m’exposer aux dangers du voyage. J’accordai à mon âme ce qu’elle réclamait et oubliai les souffrances que m’avait occasionnées naguère mon entêtement. »

Contrairement à ce que peut dire Montaigne, le voyage ici ne rend pas plus sage. Il transforme Sindbad en enfant capricieux désirant toujours plus. Il est votre petit cousin, qui après l’histoire du soir vous regarde les yeux brillants en claironnant « Encore ! ». Sindbad n’est pas devenu plus tempéré. Il ne philosophe pas sur sa condition. En y regardant de plus près, on découvre une autre facette du personnage bien plus ambiguë et bien moins humaine. Certes, le marin est un homme comblé par le sort qui s’occupe de dépenser son argent en maints plaisirs mais il pratique également l’aumône et offre généreusement de l’argent au portefaix. Certes, il ne part jamais indéfiniment et il lui tarde de revoir sa patrie mais « il inspirait à son entourage autant de crainte respectueuse que de vénération » et finalement, il ressemble davantage à un vieux marchand « carriériste » pour qui le voyage est d’abord synonyme de commerce et d’enrichissement.

Les aventures de Sindbad le marin est un récit qui s’enroule et se déroule autour d’un schéma simple : la rencontre de deux hommes et les récits de voyages de l’un des deux. Un récit dans lequel vous vous perdez allègrement, dans lequel vous prenez peur jusqu’à manquer de vous noyer. Puis finalement vous buvez la tasse, vous posez le livre, vous le reprenez entre un cours d’histoire et un oreiller et comme par magie, vous devenez vous-même Sindbad et son équipage. Et quand le livre est finit, il vous tarde, à vous aussi, de prendre le large.

Margot Delarue